SI A LB 8PIR1TUAUSMB
VOUS, sinon de& mouvements^ et par suite des forces dont l'expansion et la oontraclion, la composition et la décompo*' sition^ la condensation ou la dispersion expliquent toutes les transformations et toutes les propriétés de la matière? Rien de plus simple alors et de plus intelligible. Aux gens qui ont rhabitude de tout voir, de tout juger par les yeux et les sens, les forces semblent de pures abstractions métaphysiques. Le savant, le physicien n*en juge point ainsi : les forces, ipmjt lui, sont des principes aussi pA^^t^ue^ que possible, c'est-àdire susceptibles, dans leurs manifestations diverses, de masse, d'étendue, de forme, de quantité, de tout ce qui peut être soumis à l'analyse et au calcul. Les corps conservent toutes leurs propriétés, comme dans la théorie des atomes; il n'y a de différence que dans Texplication. La masse n'est plus la quantité de matière inerte qui ne se meut que par une impulsion communiquée, hypothèse gratuite et absurde : c'est la quantité de forces vives qui se meuvent par àttraction. L'étendue n'est plus une continuité d'atomes juxtaposés, mais la simple coexistence des forces élémentaires dans l'espace. La forme n'est qu'une limitation de l'étendue, e'est-à-dire de l'espace , correspondante à telle ou telle direction des forces qui se combinent, Quant à la quantité réelle, c'«st une propriété qui ne se mesure que par la bt^ lance ; il faut se garder de la confondre avec cette quantité abstraite dont traitent les mathématiques, et qui n -en çst que le signe numérique ou géométrique.
Le Savant. *-- Je comprends bien tout cela; mais je ne puis m'expliqner comment de simples principes sans étendue , comme les forces , peuvent produire une réalité que l'imagination se représente étendue.
Le MÉTAPHYsicnEN. -~ Nous y voilà enfin ; oe n'est pas la
LCi &P1RITUAL1SME. 215
réalité elle-même que vous trouvez inexplicable par la théorie des forces, c'est seulement votre représentation. Je vous raccorde ; je ne vois pas plus que vous de rapport assignable entre la notion de force et la représentation d'étendue, Mais qu'en voulez-vous conclure? N'en est-il pas absolument de même de toutes nos autres sensations? Quel rapport ont les sensations d'odeur, de saveur, de couleur, ' de solidité, etc., avec les propriétés physiques et chimiques dont se compose la notion expérimentale des corps? Toutes pos sensations, aussi bien celles de la vue et du toucher que celles du goût, de l'odorat et de l'ouïe, sont des faits primi^ tifi^ et irréductibles, qu'il ne faut pas songer. à expliquer par les propriétés ou les principes des choses, et qui résistent aux tentatives de toute métaphysique, aussi bien mécanique que dynamique. Ce ne sont pas ces sensations qu'il s'agit d'expliquei[', mais la réalité elle-même avec ses véritables propriétés, ^s propriétés physiques et chimiques. Or vous venez de voir que rien n'est plus simple. Puisque la réalité se réduit à des mouvements, elle ne peut avoir pour principes que des forces.
Le Savant. — Votre assimilation des représentations de l'étendue aux autres sensations me paraissant parfaitement ^cte, je suis pleinement convaincu sur ce point, et je vous gecorde que la théorie des forces est conforme à l'expérience.
Le Métaphysicien^, -r* Et vous pourriez ajoutera la science. Pe mêfne que la philosophie mécanique trouve surtout ses arguments dans la vieille physique, de même la philosophie dynamique s'inspire des idées et des découvertes de la nouvelle, $i les géomètres ont été de tout temps des mécanistes^ depuis Pythagore jusqu'à Descartes, les physiciens ont toujours été plus 014 moins 4i^nam^(^, depuis Thaïes jusqu'aux
iia LE SPIRITUALISME.
naturulisles (le notre ten[ii>s. La philosophie naturelle s'est constamment développée sous les influences contraires de la géométrie et de la physique. Tous les philosophes dynamistes de la Grèce, Thaïes, Heraclite^ Empédocle, Anaxagore (dont ladoctrine n'est qu'un spiritualisme timide et inconséquent) et les autres philosophes ioniens se sont plus ou moins adonnés à des recherches physiques. Aristote, le premier physicien et le plus grand naturaliste de l'antiquité, est le père du dynamisme le plus original et le plus profond que le génie humain ait conçu. C'est par l'acte qH'i^ explique tout, depuis l'être le plus élémentaire jusqu'à l'être par excellence, l'Intelligence divine. Or cet acte dont il fait l'essence, la cause, la fin de toute chose, c'est l'être en action, tel que nous le révèle Texpériefice et surtout la conscience, ce sanctuaire intime de l'activité, de la force la plus parfaite, l'esprit. Tout être, oute réalité, dans la physique d'Aristote, est mouvement, acte, forme et forée. La matière des nfomistes et des géomètres, l'trf^edes platom'ciens, tout ce qui, chez les différentes écoles, était posé comme la substance même des choses, Aristote le considère comme une pure virtualité, c'est-à-dire comme une abstraction.
Le Savant. — J'ai beaucoup d'estime pour Aristote, surtout depuis que la critique moderne l'a montré sous son vrai jour. Mais enfin sa physique est bien vieille, et je voudrais des autorités plus modernes pour votre théorie.
Le Métaphysicien. — Si j'ai rappelé Aristote, c'est moins comme autorité que comme exemple de la profonde affinité qui existe entre les physiciens et les dynamistes. Mais si vous voulez dès autorités plus modernes, je n\nurais que l'embarras du choix. Je ne vous citerai que Lerbnitz, Tinventeur des monades, l'adversaire triomphant de la phy-
Le SHIRlTlJAlJSMiâ. !2lt
sique mécsiiiiquedc Uescartes et de Spinosu, le père Àndynamismej tel que nous venons de l*exposer. C*est celui-là quia gouHQé sur lés vaines substances de la physique carlésienne et sur les fausî^^ réalités de Tima^nalion, et par la puissante intuition de son génie a commencé dans la philosophie naturelle une révolution que tous les développements et tous les progrès des sciences physiques n'ont fait qu'accomplir! Après ses bettes discussions sur l'espace, qui ()eut soutenir aujourd'hui que Tespaceest autre chose que la simple coexistence des choses? Après ses profondes analyses de la substance, qui représenterait encore la matière comme un substrat inerte, fond immobile des mobiles phénomènes dont se compose la scène du monde? Qui a inieux montré que Leibnitz Torigine, la nature, le rôle de la notion de force partout substituée à une vague notion de substance^ comme le principe, la racine, Tessenc^ de toute réalité?
Le Savant. — Je vois que votre théorie a pour elle de nombreuses et graves autorités. Mais la philosophie mécanique n'en manque pas non plus, ainsi que nous l'avons vu. J'en voudrais une confirmation plus authentique.
Le Métaphysicien. — Ëh bien ! laissons l'histoire et prenons la science elle-même dans ses résultats les mieux acquis. Savez- vous qui a fuit justice de cette fausse dfstinction ^ des qualités premières et des qualités secondes des cor^, sur laquelle se fondait principalement là philosophie mécanique? Ce n'est pas la métaphysique, qui l'a soutenue et l'enseigne encore dans ses écoles à l'heure qu'il est ; c'est la science. Mettant de côté l'imagination et ses apparences, la géométrie et ses constructions, la physique moderne demande àTexpérience seule, à l'analyse, à l'induction les véritables propriétés des corps. C'est ainsi qu'elle renvoie à
SI 8 LE SPIRlTUAUSMfi.
la géométrie comme simples propriétés de Tespace, l'étenduei la figure, la divisibilité infinie des corps, el réduit la matière des corps à leur tnasse^ c'est-à-dire à la propriété pour les parcelles des corps prises dans leur totalité, soit d'opposer la même résistance à l'action des forces motrices, soH d'exî^ ger la même dépense de force pour prendre la même vitesse, quels que soient l'aspect et le mode d'agrégation des par^ eelles, et quelle que soit la nature de la force qu'on dépense pour leur imprimer Je mouvement. Ce fond invariable et ténébreux, cette mystérieuse substance qui a fait le tourment de. tant de grands et profonds esprits, et qui a été l'écueil de la métaphysique, la science moderne ii'y voit qu'une simple quantité de forcesi» toujours h même à travers les modifica* tions que le corps est susceptible, d'éprouver, Vous voyes que la physique parle absdument le langage de la philoso*phie dynamique. Comme tous les phénomènes qu'elle observe ne sont que des mouvements extérieurs ou intérieurs,. elle ne connaît ni ne comprend que des forjDCs. $i elle, parle ea^ core d'atomes, de molécules intégrantes et indivisibles, ç'eat uniquement pour exprimer les résultats de ses analyses. Il est clair que les corps ont des principes consliluafits, foix^es ou atomes, qui se^mélangent, se combinent dans certainei proportions, et sont soumis aux mêmes mesures delà balaope^ aux mêmes lois du calcul. Mais il n'y a pas un physicien de quelque portée aujourd'hui qui accepte la théwie des atomes comme l'expression des principes métaphysiques des choses. On s'en sert vomme d'un moyen plus ou moins commode de représenter et de coordonner les résultats de l'analyse, Ca n'est que réchafaudage tout extérieur et tout provisoire de k construction scientifique dont on n'empiimta les vérila-* blés matériaux qu'à l-expériencQ
us 8PUUTUÀUS1IE. 219
Lk Savant. — Je vois en effet que rexpérience et la acience sont d'accord avec la théorie des forces.
Lb Métaphysicien. — C'était le point capital à établir. Non que là solidité de cette théorie ne puisse résister à l'analyse la plus rigoureuse ; c'est là, au contraire , son triomphe. Mais nous avions à détruire un préjugé opiniâtre, d'autant plus dangereux qu'il se donne facilement un air de aenacommun devant les esprits qui ne voient et ne connaissent que par l'imagination, c'est-à-dire devant la foule. Maintenant que ce point est acquis, les autres mérites de la théorie (les forces sont trop évidents pour avoir besoin d'une longue discussion. Autant nous avons trouvé de difficultés et même d'impossibilités dans la philosophie mécanique pour ex|diquer le mouvement, les actions, les influences et les divers rapports des corps entre eux, les rapports de l'âme et du corps, de la matière et de l'esprit, l'origine du monde et le mystère do la création, autant la philosophie dynamique facilite la solution de tous ces problèmes. En effet, prenons d'abord le problème du mouvement de la matière ; c^est le premier et le plus simple, et pourtant il est insoluble dans les diverses théories de la {^ilosophie mécanique. Assurément le nK)uvement est un fait que toutes ces théories ne peuvent pas ne pas accepter. Mais soit que leur substance étendue se meuve elle-même, aoit qu'elle reçoive le mouvement d'ailleurs, il est imposfttbie de comprendre le phénomène du mouvement. Ces deux notions d'étendue et de force sont d'une nature si différente qu'on ne peut concevoir entre les deux propriétés ni rapport de dérivation, ni même un rapport de coexistence. Comn^ent la forée, principe immatériel, peut-elle engendrer la matièvBi principe matériel, ou ^n être engendrée ? Comment
220 LE SPIBITCALISMK.
peut-elle la modifier ou en être modffiée ? Comment peut-elle riiabiter ou ls( contenir? Autant de questions auxquelles la philosophie mécani()ue n'a jamais donné de réponses sérieuses. Elle est réduite tout d'abord à poser le dualisme de la matière et de la force, c'est-à-dire de commencer par un mystère. La philosophie dynamique supprime la difficulté, en supprimant l'un des termes. Du monient que toute substance se ramène à la force, rien de plus simple que le jeu des forces, leurs actions, leurs influences réciprocjues. Que ces forces si diverses d'intensité, de dh'ection, de composition, soient primitivement homogènes ou hétérogènes, peu importe. Par cela même que ce sont des forces, elles ont entre elles une affmité naturelle qui permet d'expliquer tous leurs rapports. Les phénomènes ont beau varier à l'infini, s^mir, se séparer, se distinguer et se confondre, s'opposer ou s'hariTK)niser, il n'y a plus de mystère dans toutes ces actions et réactions, dans toutes ces oppositions et ces harmonies, puisque le monde entier est fait de la même étoffe.
Le Savant. — C'est ce qu'on ne peut nier.
Le Métaphysicien. — Et si vous passez du monde des forces mécaniques, physiques et chimiques au monde des âmes et des esprits, la supériorité de la philosophie dynamique devient encore plus frappante. Quels efforts n'ont pas faits en vain de tout temps les'philosophes mécanistes pour expliquer l'action du corps sur l'âme et la réaction de celle-ci sur celui-là, comment le corps peut être le siège de l'âme, comment les facultés dé l'esprit peuvent avoir des organes de développement qui leur correspondent, comment le principe des êtres, Dieu, crée des substances qui n'ont absolument rien de commun avec sa propre nature , comment il agit sur ces substances, gouverne, dirige, administre
Lfi SflRItUALlSME.
l'univers qu'elles composent ? La métaphysique a eu beau se mettre l'esprit à la torture, entasser subtilités sur subtilités, abstractions sur abstractions, elle n'a jamais pu arriver à une solution intelligible de ces questions. La philosophie dynamique supprime d'un mot cette montagne de difficultés. Si tous les principes des êtres, matière, nature, âme, esprit, Dieu, sont des forces, quoi de plus facile à concevoir que les rapports de toute sorte qui les unissent ? I^urs actions, leurs influences, leurs inspirations, leurs communications n'ont [dus rien de mystérieux.
Le Savaut. — C'est encore ce qu'on ne peut contester., Je comprends mainlenant toute la simplicité, toute la beauté et la grandeur, de la théorie des monades. Quel dommage que Leibnilz ait gâté toute sa philosophie par son hypothèse Ae V harmonie préétablie? Qn'avdUtW besoin de nier l'action des substances les unes sur les autres, quand hmonadologie en rendait Texplicatiorï si facile ?
Le Métaphysicien. — Vluirmonie préétablie n'est que l'exagération d'une profonde vérité. Leibnitz était si frappé de l'activité intime, spontanée et naturelle de tous les êtres, qu'il la crut suffisante j>our expliquer toute espèce de mou* vement de relation et d'impulsion, attesté par l'expérience, ne tenant aucun compte de la loi A' inertie sur laquelle est fondée toute la mécanique. Mais si l'honneur d'avoir trouvé la formule rigoureuse (je dis la formule, C4)r la pensée est ancienne) du principe dynamique, appartient à Leibnilz, il faut reconnaître non-seulement qu'il a faussé cette philoso-* phie pr des hypothèses en contradiction avec les faits, mai^ encore qu'il Ta convi)liquée par des conceptions inutiles. Tout préoccupé d'éclectisme historique, il a vouly ratlaeber ^on dynamisme à te tradition, et y a mêlé les idées
SSa LE SPIRirUÂLiSlffi.
de Platon, les entéléchies à' Amtote et les /ôrtimt i%û>9km* tiellei de la seolastique. Dégagez cette philosophie de totit élémwit historique, réduisèz-la à son principe, en vous bornant à en tirer les conséquences naturelles, et votm en verrez sortir lé monde tout entier, matière, nature, âme^ esprit.
Lfr Savant. -*- VouIcë-vous m'expliquer conitneftl?
Le Métaphysicien. — Rien n^est plus facile. Vous avei vu que, dans la théorie des atomes, toutes les diiïérêhces de degré, de forme, décomposition, de constitution des corps, toutes les propriétés et facultés des êtres, depuis l'étendue jusqu'à la pensée, peuvent s'expliquer par la disposition ^ Tagencement des atomes. Il en est exactemen^t de même des forces; du moment que le principe est admis, tout s'explique par te jeu et le concours des forces primitives. Changez un seul mot dans la théorie mécanique^ mettez fm» au lidli à' atome; tout le reste peut être parfaitement conservé* Dans la théorie dynamique, les forces simples se cotnposetit et se décomposent, se condensent et se dilatent, se combinai et s'isolent absolument comme les atomes dans la théorie mé* canique, pour produire l'infinie variété de phénomènes et d'êtres dont l'univers est le théâtre, engendrant progressa vement le règne minéral, puis le règne végétal ^ puis le r^ne animal; puis le règne des esprits et des intelligences. Seule*^ ment cette transformation graduelle s'explique bien mieux dans lesystème des forces que dans celui des atomes^ l'union^ la-combinaison y la fusion de ceux-ci ne pouvant jamais étm aussi intime^ aussi complète que l'union^, la combinaison, la fusion de celles-4à.
Le SAVitfiT. — J'admets cela. Quant aux transformations pregretssives des forces simfdes débutant par 1« matière
inorganique et finissant par Tâme et Tesprit, c'est une hypothèse qui ne me semble pas plus vraie dans la théorie des forces que dans celle des atomes. Ne m'avezvaUB pas appris vous-même à ne pas confondre, dans le développement des êtres, les conditions avec les principes générateurs?
Le MÉTAPHTsicnEN. — ^ Cette distinction est en effet ca«* pitale, et d'une application fréquente dans toute philosophie qui suppose que les chose diffèrent entre elles de substance. L'fttne a pour condition le corps ; elle ne peut l'avoir pour principe, puisqu'elle est d'une autre essence. L'intelligence a pour point de départ la sensation ; elle ne peut l'avoir pour principe, puisqu'elle en diffère de nature, et non pas seulement de degré. Mais, dans la théorie des forces, la substance de tous les êtres étant identique, il n'y a plus de raison de contester l'axiome énoncé ci-dessus, qui est vrai alors dans toute sa généralité. Puisque tout est force dans le domaine de la Nature, comme dans celui de l'Esprit, puisque les (Hm*reS) les plantes, les animaux, les hommes sont également des forces, quelle ilinicullé y a-t-il à expliquer par une difS^nce de degré les propriétés diverses qui caractérisent (Des êtres ? Pourquoi ne pourrions-nous pas dire que la pierre, la plante, l'animal , l'homme sont , de même que le ga2 , le liquide, le solide, les divers états d'une même substance qui^ en se condensant, en se compliquant, en s'organisant de plus en pîus, acquiert successivement les propriétés physiques, ehimiques, physiologiques, psychologiques que constate l'expérience ?
Lfi Savant. -^ En effet, je ne vois plus dans le monde du dynamisme que des forces, c'est-à-dire des substances de m^e nature, qui ne diffèrent entre elles que du simple
au composé. La pierre la plante, ranimai, Tbomme ne sont <]ue la même force, à divers degrés de compo^tioD, s'enrichissant, à chaque degré, d*une propriété nouvelle qui en fidt un iype à part. Voilà le monde expliqué dans sa composition, ainsi que dans l'infinie diversité de ses phénomènes et de ses êtres. La théorie des forces est si simple, si claire, a solide que pour cette fois la métaphysique peut dormir eu paix. Il me semble qu'elle a trouvé la solution du problème. Mais je vous vois secouer la tête en signe d'incrédulité. Serait-ce encore une déception ? Si ce n'est qu'un révc comme le premier, je ne croirai plus, même à Tévidenee, dans les questions de ce genre.
Le Métaphysicien. — Rassurez- vous. Le dynamisme n'est point, comme le méc^misme et le matérialisme, une pure ima* ginalion. Comme il repose sur Texpérience, il a un fond de vérité qui est tout «à fait à l'épreuve de l'analyse et de la cri-^ tique. Ce n'est pas sur ce point que porte mon doute. Le dynamisme est une vérité ; mais est-il toute ta vérité? Estait le deiTiier mot de la métaphysique, suffitoil h l'explication complète des choses, répond-il à la question théologique comme à la question cosmologique, et dans cette dernière même, va-t-il au fpnd de 1 être, au principe absolu^ voilà le problème que je me pose et qu il nous fimt résoudre avant de Fnvoir si le but de notre recherche est atteint.
Le Sâyakt. -: Il me semblait que le principe dynamique^ la force, repondait à tout, aux problèmes de la fm, de l'essence, aussi bien que de la substance et de la cause des êtres.
Le Métaphysicien. — C'est ce qu'il faut examiner. N etesvous pas frappé comme moi de l'analogie des constructions xlynamiques et mécaniques? Sauf la ^ubslilulion de la force
LK SPlRitCALlftlIK. 2â5
à r«toine, dont je confesse Timportance, le dynamisme expfique toutes choses, comme le matérialisme^ par des compositions et des décompositions, des condensations et des dilatations, des combinaisons et des séparations, ramenant ainsi à la pure mécanique les principes des phénomènes physiques, chimiques, physiologiques et psychologiques. Or cette explication n'est pas plus légitime dans une théorie que dans Tautre. Que les principes des choses soient des atomes ou des forces, il n'y a pas plus de raison de transformer en une véritable génération la gradation des phénomènes naturels. Parce que la simple force est la base de Yàme et de Teifirif, on n est pas en droit d'en conclure qu'elle en est le principe; parce que les propriétés physiologiques et psychologiques des êlres supposent leurs propriétés physiques et chimiques, il ne s'ensuit nullement qu'elles en soient les produits.
Le Savant. — Ici vous me semblez en contradiction avec vous-même. Ne m'avez-vous pas dit tout à l'heure que, les forces étant toutes des substances de même nature, il ne pouvait plus y .avoir qu'une différence de degré entre les êtres qui forment l'échelle de la vie universelle?
Le Métaphysicien. -^ Je l'ai dit. Mais, en y regardant de près, je craindrais d'avoir tiré d'un principe vrai une conclusion hasardée, si ce point n'était éclairci p«nr une distinction. Tout phénomène étant un mouvement, toute cause étant une force dans la théorie dynamique, Tidenlité de substance s'ensuit nécessairement. Grave diificullé de moins pour l'explication des rapports qui lient les êtres entre eux! Mais cette identité de substance n'implique nullement l'identité de nature.
.}jE Savam. — Ceci me semble un peu subtil. Est-ce que
^âê LE SPiRiTUALISMfi.
substancêei mture d'un être ne sont point deux expressions d'une même notion?
Le MÉtAPHTsiciBH. — Pas tout à fait. La substanee d'un être est le principe élémentaire, la kase^ l'étoffe eo quelque sorte dont il est formé, tandis que sa nature est sa. forme, son essence propre, c'est-à-dire la propriété ou l'ensemble des pro^ priétés qui le caractérisent. C'est une distinction que j'ai déji développéedaiis ma réfutation du matérialisme. Ainsi, dails l'être humain, la substance proprement dite est reilsemMè des forces qu'on nomme le corps ou appareil organique, M Yessence est la force ou le système des forces qu'on appelkf dmeou esprit; d'où il suit que l'identité de subsêancè ù'ek^ dut point la différence de nature. En admettant que tous les êtres soient ou des forces ou des systèmes de forces, ces forces n'en sont pas moins hétérogènes, au témoignage de l'expérience dont l'autorité est souveraine en ce point. Or cette hétérogénéité des êtres qui s*^chelonnent de la pierre à l'homme^ n'est pas plus facile à expliquer par des opérai tiohs mécaniques que la différence de substance. Que le même système de forces qui fait la piefre^ fasse la plante^ fasse l'animal^ fasse l'homme, sans autre modiflfiation qu'une combinaison ou une constitution différente de ces forces, c'est ce que la théorie des forces n'est pas plus en mesure d'établir que la théorie des atomes. Ce progrès de la Nature ou reste ine^iplicable, ou s'explique par des {Aimdpes puisés à une autre source que l'expérience, et qbi dépastent le dynamisme aussi bien que le matérialisme. • Le Savant. — Il faut bien en convenir.
Le Métaphysicien. — Commençons dOnc pat* réduire la théorie des forces à sa véritable portée. Elle expliqué lès phénomènes et les êtres du mondé de la mécanique, d'est
qaelque diose sans doute; c'est beaucoup plus que ne peut faire la théorie des atomes, qui n'explique rien. Mais enfin Tenseoible des phénomènes physiologiques et psychologiques^ le monde de la vie, de Tâme et de l'esprit, c'est*à-dire la plus riche et la plus belle partie du Cosmos, échappe au dynamisme. Et encore ne puis-je vous accorder cela sans réserve.
Le Savawt.-* Comment! vous disputeriez au dynamisme l'empire de la mécanique? Où voulez-vous donc qu'il règne, 8i ce n'est là?
Lb MÉTAPHtsiciEN . — C'cst SOU mondc en effet. Mais il ti*y suffit point seul à tout expliquer. N'oubliez pas que c'est le monde de l'harmonie, et qu'une géométrie sublime eri règle tous les mouvements. Le système astronomique en est tin merveilleux exemple. Or comment en expliquer la régularité, la symétrie, l'ordre, l'unité, sans l'interventiort d'un principe supérieur qui, placé au sein ou en dehors de ce monde, enmirveille, en dirige, en gouverne les mouvements? Alle^-vous dire, comme on l'a fait pouf les atomes, que l'ordre universel est le résultat de la simple rencontre des forces qui se développent dans l'espace ? Alors, quelque idée qnë vods vous fassiez de cet ordre universeJ, vous vous mettez dans l'impossibililé absolue d'en rendre compte. Je veux bien que le dessein du monde ne soit point celd qne rêvent nos docteurs des causes finales, et que la Providence soit tout autre que ne la font nos théologiens anthropomorphistes ; j'admets que ce dessein ne soit pas autre chose que Y échelle des degrés que monte la Nature pour s'élever de la matière brute à l'âme et à l'esprit, que cette Providence ne se manifeste que par Tcnsemble des loi* univettelles qtri régissent le monde physique et l6
228 LE SPlRlTtî.VLlSMEi
monde moral. Toujours est-il que votre syslèmre de forces éparpillées à rinfmi dans l'espace, où elles se jouent capri* cieusement, n'explique pas mieux que les atomes d*Épieure la régularité des mouvements, la constance des types, le concours harmonieux des causes, le progrès universel de la Nature vers la perfection, tout ce qui mérite de plus en plus à l'univers le beau nom de Cosmos, à mesure que la science le connaît et le comprend davantage. Du moment que vous supposez la substance des choses, force ou matière, ainsi disséminée à l'infini, il vous devient impossible de concevoir l'ordre, riiarmonie, l'unité. de la vie universelle, à moins de i^courir à Tinter ven lion d'un moteur et d'un régulateiu* étranger. Que si vous répugnez au machina D'eus, comme à me hypothèse peu scientifique et qui soulève des diffi*> cultes d'un autre genre, il vous faut renoncer à voire théorie des forces multiples ou du moins ta ^bordonner à la conception d'une Substance unique, force, âme, esprit universel, par laquelle s'explique le système du monde. Vous voyez que, si le dynamisme n'est pas faux comnte le matérialisme, il est insuffisant.
Le Savant. — Je suis forcé d'en convenir.
Le Métaphysicien. — Ce n'est pa^ encore tout. Assurément la théorie des forces est un grand progrès sur la théorie des atomes, en ce qu'elle substitue a une notion ilhisoire et toute d'imagination une notion poràive et tout expérimentale; mais il ne faudrait pas la considérer comme le dernier mot de la théorie de la substance. Une force est bien quelque chose de plus que la cause inconnue d'un mouvement observé, puisqu'elle a son type dans la force intime el personnelle dont nous avons conscience. Mais enfin, en pénétrant jusque-là^ sommes-^nous bien sùr^ d'avoir atteint la limite
LE SPIRITtALiSMK. 229
extrême de Têti^e, Je dernier fond de la substance? En sommes-nous sûrs, même |X)or noire propre substance, noire âme, notre esprit? Cette force que nous sentons en nous, ces forces élrangères que par induction nous concevons dispersées dans toute la Nature, se suffisent-elles à dles-mêmes en tant que substances? Ne supposent-elles rien, absolument rien au delà, au fond de leur propre nature? Devons-nous y voir autre chose que les énergies diverses, individuelles, par conséquent essentiellement distinctes et formant autant d'êtres h part, mais enfîn les simples énergies delà Substance universelle, telle que la conçoit le panthéisme, ou les créations libres d'une Cause indépendante du monde, teHe que la comprend le théisme ordhiaire, ou enfin les émanations naturelles et incessantes d'un Principe iné-* puisable, tel que le rept*ésente l'imagination orientale? Voilà les difficultés que soulève la théorie des forces, présentée comme le dernier mot de la métaphysique. Elles sont graves et me semblent dépasser la portée du dynamisme, ainsi que de toute philosophie uniquement fondée sur Texpérienee.
Le Savant. — Vous semblez attribuer au mot substance une portée transcendante que je n'ai jamais trop comprise. Pour moi, je vous avoue que je n'y vois pas tant de mystère. Ijinotion de substance, si on la dépouille de son prestige onlologiquej me parait très simple et entièrement réductible à l'jBxpérienice. Prenonspour exemple la substance matérielle. La scolastique et même la métaphysique moderne ont entassé sur ce mot je ne sais combien de difficultés et de problèmes insolubles. Chaque système, avec la prétention d'éclaircir le nuage, n'a fait que l'épaissir. La physique est venue qui, par le seul procédé de l'analyse, a fixé le sens
2â0 LE SPIRlTIIALISMfi,
précis et la vraie portée de cette notion, Parmi leg propriétés des corps» elle en distingue une qui est invariable^ indes^ tructible, commune à, tous les corps, quels qu'm soient rétat, la forme ou le degré ; je veux parler de la fn(Wê^ c'est-à-dire de cette propriété qu'a la réalité ^^n^ibledene pouvoir être augmentée ni diminuée, quant à son poids total, quels que soient l'aspect et le mode d'agrégation des panselles qjui la composent, et quelle que soit la nature de la force qu'on dépense pour leur imprimer le mouvement. Or, comme cette propriété semble la seule qui persiste apr^ la destruction ou le changement .du corps, en restant inv»* riable dans la collection des parties, la physique en compose sa notion de la matière, Y a-t-il rien de plus clair) de plud précis, de plus expérimental, de moin& ontologique? Yoilà pour la substance matérielle. Ab uno disce omnes. Voulez^ vous un second exemple pris, dans un ordre d'idées toirt difCérent ? La métaphysique ne s'est pas moins exercée sur la questioade la substance spirituelle, et Dieu sait ce qu'elle a imaginé de subtilités et d'hypotbèses pour arriver à péaé<trer le secret qu'elle s'était plu à inventer. Que n'a"4*on pas dit sur la nature de l'dme et de V esprit? La raison humaine n'y ayant pas suffi, il a faUu recourir aux révélations mystérieuses. Ëtv pourtant quoi de plus simple que la notion d'esprit, telle que l'entend la psychologie, c'eet^a-dire la science expérimentale de la nature humaine? L'esprit est^ il autre chose que la force une , identique y personndle , libre, consciente et raisonnable, que chaque homme sent en soi? Que savez-vous, qu'avez-vous besoin d'en savoir davantage ? Or c'est l'expérience intime qui vous instruit de tous ces attributs, éléments constituants delà notion d'esprit. Yoilà. deux exemples qui me semblent démontrer que nous
n'avoDS nul besoin de recourir à une autre £acylté quie l'expérience, à une autre théorie que la dynamisme pour nous faire une idée juste, précise, complète de }a sub^r $tance*
Le AlÉTAFfiTsiaBM. -r- Je vois que pous ne nous entendons
fm parfaitement sur ce mot. Sans y attacher le sens mystéo
neux que Ini donne une science aussi vaine qu'ambitieuse,
qui s'e^ décoi:ée du nom pompeux d'ontologie^ je sens que
la notion de force, même de force vive, comme celles que
conçoit le dynamisme, n'épuise pas la potion de subs^çe*
l^'esprit humain serait trop heureux de voir si clair et si
ivaot au fond des choses. Certainement la philosophie dypa-*
(nique, par Texpérience et l'analyse, Tinilie à la vie, à I9
nature, à l'être des choses, bien autrement que }a philo^o-i
{diie mécanique qui le retient aux représentations illusoire^
de l'imagination) i)ien autrement que la métaphysique on(^*
logique qui.le repaît de creuses abstractions. Mais9^i précise
et si profonde qu'elle soit, la notion de force ne me ^onbie
point encore adéquate à l'idée de substance. Ainsi , pour
reprendre votre exemple de la notion expérimentale de la
matière, il ne faut point croire que la notion de masêe soit
identique* avec la conception de la substance des être$ nalii^
r^a, iGeibe massa est bien la matière proprement dite, et le»
physiciens ont raison de lui donner ce nom. Maisqu'est^Ue,
m dernière analyse, sinon une force simple ou composée?
C'est la force en tant qu'elle agit et o^erce une pression^
Jte même, c est aussi à une force plus intime, plus orga^
nique, plus june sans doule^ que se ramène la notioo
à'iêejmtéml la personne hutnaine nous offre le type, Or, si
Î6 vous aecorde que la notion de force ^suffit parfaitement à
imtctégit^ les êtres individuels, à en exprimer h n»iun
SSJ Lfi gPlRITOALISME
propre et l'essence intime, je n'admets pas qu'elle atteigne le fond et la racine nîêrae de la substance. Si rexpérience est satisfaite après ^ivoir pénétré jusqu'à ce degré de la réalité, il y a telle autre faculté qui ne lest pas. L'esprit sent que la force, si intime qu'elle soit à l'être, n'en est qu'une manifestation, qu'un acte, qu'un phénomène; qu'il a beau se flatter d'avoir saisi l'être lui-même, qu'il n'a mis la main que sur l'apparence, que la ' vraie substance lui échappe, qu'il en est séparé par un abîme. Quand il n'aurait d'autre raison d'en douter que l'éparpillement infini de €ette substance en forces individuelles, il ne pourrait s'arrêter au dynamisme. Le principe de l'unité, en tout et partout, dans la catégorie de la substance, aussi bien que dans celle de la cause et de la fin, est une loi aussi simple qu'impérieuse pour la pensée. Tant que la pensée n'a point atteint l'unité, l'unité de fin, l'unité de cause, l'unité de substance, c'est le signe certain qu'elle n'est point parvenue à son terme.
Le Savant. — Je comprends tout cela, mais je crains toujours que la vieille abstraction de la substance ne vous fasse illusion. Est-ce que vous croiriez encore à un sub* strat inerte, à un fond immobile sur lequel se dessine la mobile Variété des apparences pAénomena/e» , en un mat, à un dessous des choses ? -
Le Métaphysicien. — Je ne suis pas plus dupe que vous de cette distinction scolastique dont Leibnitz à fait bonne justice. Pour moi, phénomènes et substance, modes et sujet, être et actes sont de simples points de vue d'une seule et même réalité au fond. Si vous les séparez, yous n'avez plus que des abstractions. Je vais plus loin; je pense avec Artstote et Leibnitz que l'être des choses est dans leur forme, leur
LB SPIRITLALI8MK. 35A
acte, et non dans leur puissance ou simple virtualité ; que e*est à l'expérience seule, nullement à la dialectique, â la spéculation abstraite et à la raison elle-même, qu'il faut demander la connaissance intime, la définition spécifique et scientifique de chaque être. Ainsi je ne suis pas de ceux qui, sous la force personnelle, intelligente et libre, sui crnscia, sut compas, dont nous avons le sentiment intime, cherchent encore l'être, le sujet rndividuel. Je crois que l'expérience nous en livre tout le secret, et que toule spéculation ultérieure, en ce qui concerne l'être individuel, est superflue. Je pense de même que, pour tous les êtrea individuels dont se compose la Nature^ la notion de force épuise la nofion du sujet. Ce que je soutiens, c'est que Texpérience s'arrête à la notion des individus; c'est que l'esprit humain, réduit à ses données, ne peut concevoir l'univers autrement que comme une simple collection de forces individuelles. Comment ces forces arrivent-etles à correspondre, à concourir, à conspirer de manière à former un tout, un système, une harmonie universelle, le Cosmos en un mot, c'est ce qui reste à expliquer. Voyez l'embarras de l'esprit borné au dynamisme. H ne peut se refuser à reconnaître cet ordre du monde que Texpérience lui atteste, et il lui est impossible de s'en rendre compte. Est^il raisonnable, est-il possible de l'y enfermer, de contenir ses aspirations, de limiter sa pensée, de lui dire : c Tu n'iras pas au delà de ce que tu connais, lu te reposeras dms un mystère ?» Encore si ce mystère n'était qu'un obstacle à t'essor de la pensée, un nuage impénétrable à sa Itnnière, l'esprit pourrait s'y arrêter de guerre lasse. Mais ce âaystèreest une impossibilité logique, une abstraction. Quand je dis abstraction, je ne veux pas dire que la notion de force soit Vide de réalité, comme la notion d'étendue. J'entends
Salement qu'elle ne se suffit point à elle-même. Si précise et si positive qu'elle soit, elle n'en suppose pa$ moina un foodensuent que Texpérienee ne peut donner. Ânalyi^z Ji)ien ]§ notipn k}0. âHibstance, et vous verrez qu'elle n'est p^s^entiè' r^njent afnpiriqije. Après lo^ i^évélations )ej^ plus eoioplèt^i les plMj^ inlûnes de l'expérienoe, il reste toujours qgalque chose d'obscur, mais de nécessaire, 4m je m jsais ^hpî, û vous voulez, qui n'est susceptible d'aucune définition , d*aM^ cune notion précise» mais que l'c.^périence ne peut atteindre, que l'esprit entrevoit sans le saisir réellement» à I9 luauère d'une acuité supérieure dont dqus parlerons plus tard. Que cet aspect nouveau de la vérité nous apparaisse con^n^e un principe distinct ou inséparable du monde, jecmmié un IMeu créateur et organisateur, ou comme la Sabstano^ unM^ej!se)le: elle-mênie, fond commun d^ toutes les forces individudlâSiç'est un problème à résoudre. Il n'en est pas^nioins vrg) quai si vous supprimez cette conception de la substance, ^nt les caractères propres sont t'infini^ T^bsolu^ le nécessaire, l'universel, tous attributs étrangers et même contradictoire à l'expérience, vous n'avez plus que des phénomènes ma base, des manifestations sans fond, des »ctes études foççei^ sdim Principe, je ne dis pas s^ns sujet, des mouvements et des l^is sans but, un monde sans plan, sans unité. Sn faut-^il davantage pour établir l'insuffisance métaphy^sique 4n. dy^* namisme? ^ .
Le Savant..-^ Cette insuffisauce m'est bien d^njpntréd,, en ce qui concerne le principe de dii eetion, d'organis&ljw» d'harmonie et d'vnité 4^6 monv^ments dp )ft Njature.. Um. que le dynamisme n^ suffis^ pas aatièrement 4 la notion de subf^nee, c'est ce qn@ j'ai en@pre peine à cQ«npir^p@, Y^ns avoaess que h mtm» 6»rçe épuisa Tidçç û» m^ iA4iii^
LE SPIRlTUA^ftME, S&S
duel. Quelle différence voyez-vouâ donc entre le sujet et la subiUance? J'aime les. distinctions nettes et point trop subr tiles. ie crains qu'ici, contre votre habitude, vous ne vous liissiez abH^r par une simple différence de mots.
|jE. Mif APBYsiciEisi, — Je persiste à croire qm, sous cette différence de mots, il y a une certaine différence d'idées. M^is permettez-moi d*abord de prendre acte de votre aveu sur rinsultisance du dynamisme quant au reste ; en sorte que, lor^ même que je ne parviendrais point à vous convaincre sur ce point délicat, ma thèse n'en serait pas moins IM^idement fondée . >
, I^ $iVAîrT,.— C'est bien entendu. Mais vous m'avez fait entrevoir sur cette obscure question de la substance une Ifj^ur qui me semblerait une illusion, si vous ne-parveniez H }uî donner l'évidence de la. lumière.
Le MÉTAPHYSLCiEN. — Jc vaîs essayer de le &ire. Si l'es*prit ^tait jréduit à l'expérience, il serait tout de même frappé des caractères d'ordre,* dharmonie, d'unité du Cosmos, puisque ce sonl des laits attestés par l'expérience; mais il Q'eo pourrait jamais trouver l'explication. De là pour lui la nécessité de i^hercher ses principes à une tout autre source. U ea eslA^i même pour la question de la substance. 6i l'esprit n'avait d'autre lumière que l'expérience, il ne verrait rien nu delà de la force, «t s'en tiendrait à cette notion ^ nette et jsi précis de Vindividmlilé. Mais. éclairé par une autre lumière^ que nul ne peut contester, quelque nom qu'on lui donne, l'esprit voit, conçoit, au delà de ses intuitions empijriquie^. Par delà le fini, le contingent, le r^eliatif, l'individuel, il ecmçoit l'infini, le nécessaire, l'absolu, l'universel; par d(dià to force qui fait l'individu, il conçoit la subsêance ifé Mi Tiinité de l'Univers. Noie^ bi^ la différence des
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termes : toute la question est là. Il connaU la force, il conçoit la substance. De Ja première il sait ce qu'elle est et tout ce qu'elle est ; il peut la prendre sur le fait et la* décrire ; il en a une notion positive, une vraie ccmmUsance. De la seconde il sait seulement ce qu'elle n'estas , il ne peut la définir qu'en opposition avec les objets de l-expérience, les êtres individuels; il n'en a qu'une notion négative, une simple conception . Comprenez- vous maintenant que les nolions d'être individuel, de forée et de substance ne soient pas identiques?
Le Savant. — Pas encore parfaitement. J'accorde que nous ne connaissons pas touleç les substances. Ainsi nous ne pouvons que concevoir par induction les substances extérieures. Nous ne concevons également que par un effort de spéculation la Substance inOliie, nécessaire, absolue, universelle qui est Dieu. Mais est'Ci que nous ne connaissons pas la substance que nous sommes? Est-ce qu'il est possible d'en désirer une notion plus inj^iie, plus profonde, plus précise, phis directe, plus suscep|;if)le de définition et de description?
Le MjfiTAPHTsiciEN. — Vous confondez la notion de suhstance avec la notion du sujet individuel. La notion de l'individualité, de la personnalité dont nous avons conscience, est aussi complète, aussi parfaite que possible; et c'est créer inutilement une difficulté que de chercher un complément dont elle n'a nul besoin. C'est ainsi qu'à mon avis la plupart des métaphysiciens ont grand tort de se mettre l'esprit à la torture pour trouver ce qu'il y a au fond de ces notions d'âme et d'esprit. Ce qui y est, rien de plus facile à découvrir. 11 n'y a, ni ne peut y avoir autre chose que ce qUe l'expérience intime y a mis, c'est-à-dire l'unité indivisible, l'identité personnelle^ l'activité spontanée, l'intelligence; la volonté libre
LE SP1AITUAL1SMB« 337
el tous les autres attributs que nous $enUms en nous. Les notions d'dtne et d'esprit se composent uniquement de ces propriétés, auxquelles il est impossible à la pensée d'ajouter autre chose que des mots. J'en dis autant de la notion de tous les êtres individuels ; Texpérience sufKt à la remplir tout entière. Mais s'il ne faut rien chercher au delà des données de Texpérience» pour compléter la notion de Vindividualitéy il n'y a pas moins lieu de se demander si tout finit aux indi* vidus, s1ls ont en euxHifiêmes, non-seuiement le principe de leurs mouvements^ la raison dernière de. leurs actes, mais encore le fond, la racine, la substance enfin de leur être. Et comme la négative est évldenle, l'esprit est invinciblement conduit à h conception d'un principe substantiel des êtres individuels, c'est-à-dire d'un principe qui seul subsiste à titre de substance, soit que les êtres individuels n'en soient que les manifestations, comme le veut le panthéisme, soit cfu'ils en soient les œuvres ou les effets distincts et séparés, ainsi que le comprend le théisme. Mais, dans les deux hypothèses, l'existence substantielle n'en est pas moins propre, exclusi-* vement propre à l'Être infini, absolu, nécessaire, universel, que L'expérience ne peut atteindre et que la raison seule conçoit. Donc les deux notions d'individualité et de substance sont bien distinctes. Et s'il est évident que l'expérience suffit pleinement à vous donner l'une, il ne Test pas moins qu'elle ne peut vous donner l'autre. Donc le dynamisme^ qui ne dépasse point le principe de la force, ne va pas jusqu'au fond des choses et s'arrête à une réalilé positive, mais sans base et sans principe, c'est-à-dire à une impossibilité logique.
Le Savant. — Je vous abandonne le dynamisme. Mais je ne suis p9S aussi convaincu dç l'insuffisance de l'expérience
3â8 LE ât^ltllTUALISMÈ.
elle-même. La force simple n'est pas Te seul principe que nous donne Texpérience intime ; o'est à celte source que nous puisons toutes rtos notions sur Tâme et Tesprit. Et "même n'avons-nous pas remarqué que ces notions sottt des peréeptions directes èl immédiates de Texpérience intime, tandis que la nolion de forcé naturelle n'est qu^me induction ? S'il en est ainsi^ il me semble que l'expérience fournil fous les principes nécessaires à l'explication du monde. 11 n'y a qù*à faire ce dont Socrate nous a donné Texèmpte, à transporter dans l'explicatîon des phénomènes tîosmologiques les priticipes même des phénomènes moraux, c'est à*dire les înteiîfiofts, les volontés, l6s raisons qui président aux âcles et aux mouvements de la vie morale et physique, en un mot, concevoir l'univers à rintageilu corps humain, et Dîea sur le type de l'âme et de l'esprit de l'homme. N'est-ce pâg ainsi que la plupart des doctrines théologiques expliquetit l'ordre, l'économie, la Providence du monde?
Lé Métaphysicien. — Sans doute. Maig, quelle que soit mon admiration pour le bon sens de Socra(e, le génie de Platon, el l'éloquence des docteurs' des cause» finales, "je regarde l'induction psychologique , appliquée sans réserve à la théologie, comme une méthode arbitraire et fort périlleuse. Ne savez- Vous pas qu'elle conduit é fous les préjugés, à toutes les superstitions anthropomorphîques ? C'est elle qoi a fait imaginer à la métaphysique un monde organisé, vivant, parfaitement un, sorte d'animal immense que la poiésie peut célébrer, mais auquel une science sérieuse ne peut croire. C'est ellequi lui a fait concevoir un Dieu personnel, intelligent, même sensible et passionné comme l'homme, et qui a inspiré ce mot spirituel d^un philosophe : Si Dieu a faitThotnme à ààfi ifMgéy rhmtne le lui a bien rendu. YoUà fine Âbet
LE SPIRITUALISME. ^5d
<}ae l'indûciion peilt être éclairée, dirigée et corrigée, de feçoft i éviter ces extrémités. Mais ce ti'est pas rexpérieftce ^i ^)éHiit te faire} c'est une autre ftculté dont la métaphy^ fiic|u6 M peut ie passer, et qui ne permet pas & Tesprit de s'arrêter au dynamisme. Nous en parlerons, si vous voules^ dans notre prochain entretien. Dans celui-ci, je n'ai tenu qu'à établir une chose, c'est que le dynamisme et les théories spiritualistes ne peuvent fournir tous les éléments d'une métaphysique complète, et que, si elles sont solides quant à leur base, et vraies dans une certaine mesure, elles sont fausses et impuissantes dans leur prétention à une explication définitive et suprême des choses.
Le Savant. — Je ne puis me refuser à cette conclusion, quel que soitmon regret de perdre encore une illusion. L'erreur ou l'impuissance, voilà tout ce que vous m'avez fait connaître jusqu'à présent de la métaphysique. Convenez que cela n'est guère encourageant pour la suite de nos recherches.
Le Métaphysicien. — Patience; si notre analyse a épuisé la source de l'expérience, elle n'a pas épuisé l'esprit tout entier. Ne nous reste-t-ilpas la raison? Tant qu'une pareille feeulté n'a pas été expérimentée, doit-on désespérer de la métaphysique?
Le Savant. — J'attendrai donc que l'expérience soit complète. Mais Je ne vous cache point que ma défiance augmente à mesure que se dissipent mes illusions.
Le Métaphysicien. — ^ Que vous ai-je jamais demandé? De vous rendre à l'évidence. Contre tout ce qui ne serait point cette irrésistible lumière, j'accepte, je provoque toutes vos résistances et même toutes vos préventions. Quoi qu'il en soit, n'oubitez pas que notre but n'est pas de faire une métaphy-
â&O LE ftMRlïtlAUSBlË.
sique à tout prix. Tout ce que nous voulons savoir, c^est si Tesprit humain fournit aux spéculations de celte science une base solide et des données suffisantes. Que le résultai de notre recherche soit positif ou négatif, nous n'aurons pas perdu notre temps.
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