I. IG
2/i2 l'idéalisme.
logique, où le ciel est partout et la terre nulle part, où rien de ce qui a solidité, forme et couleur ne saisit Toeil de Tesprit, où les plus fermes et les plus puissants esprits ont éprouvé le verliga^ où Von heurte à cbaque pas les débris des plus grands systèmes, où se sont perdus Platon, Plotin, Malebranche, Spinosa et tant d'autres.
Le Métaphysicien. — Ne vous effrayez pas tant. Il ne s'agit point d'une de ces aventures qui sourient aux esprits romanesques ou d'un de ces expédients tàmiHers auxamé^ mystiques. Nom» n'appellerons à notre secours aucune de e^ facultés extraordinaires d'intuition ou ,d 'inspira^ri qm éebâp* pent à ranalyse et à l$i méthode. $t noos devona perdre terre, c'est avec un guide parfaitentent eoolm et aussi »}< torisé que Texpérienee. Ce guide est kt raison.
Lb Savant. — Qu'entendez- vous par la ^aison?
Le Métaphysicien. — Vous allez le comprendre. Noua avons JQsqja'ici supposé Teaprit réduit au aeoa fôrienie et à la conseience, c'est-à*rdire à l'expérience. H n.'a va, il n'a pu voir autre chose que des phénomènes^ des aetes^ des causes et de» fercest^ e'est-à-dire le côtémultipte^ motnle, aj^mreRt dé lavérité, la scène extérietire éù niondey ai vMs TOule^^Or est-^ee là toute la vérité? Ëat-ce le mor^e^ teLqoe l'esprit h aomprend ? Pouvons-nousen rester à une ecilection de pbéno^ mènes, nrëme ànne colleeiioD de forces^^ e'est-à^re d'indi^ vidua, rattachés en^eeirx on ne sait ciommeiit n pourqum^ sans lien intime de parenté, sans racine commune, sanaunilé de fin^de moteur, ni de substance? Y a-t-il là, oui oh non, une^ ^éritaèle ifiapesse pour l'esprit et par cimaétpient une aéèeasité logique d'en sortir?
Is SiVANT.'-^ Je ne vois pas qoe lascience tmêtrm qpro<i?tf
L*lI)ÉAtlSMGi îthi
Le Métaphysicien. — Je le crois bien ; la scîem^e de notre temps est profondément empirique. C'est pour cela que, Touée exclusivement à la recherche de Tutile, elle est feètéê jôsqu'tcf parfaitement étrangère au culte du Vrai, du bien et du beau, et que, si parfois le souci des hautes questions loi Vteril, elle en est réduite à en emprunter la solution al la théologie, toujours trop heureuse dé venir en aide à la scietwe humaine. Mai» la sci^ce empirique n'est paii ta yrâié sdenéë. Que Vetnpiriste, qiri n'y voit pas plu^ loin que Èoti nez, s'enferme dans l'horizon de la réalité fmie, contingente, hidividuelle, phénoménale, rien de plus simple ; e'c^t déjà beaucoup qu'il consente à reconnaître des causes sous des effets, et des forces sous deâ phénomènes. Mais pourvoi* eonque n'a pas un parti pris de mutiler la pensée et la vérité, îly a ici un secret dont Texpérience ne peut donner la clef. ' Lk Savant. — Je vous crois d'autant plus que je ne partage nullement la quiétude de rempirisme« Mais ta scieifCi humaine a-t-elle la prétention de deviner tous les seeretd de l'infinîe vérité? Et pour ne parler que de celui qui nous occupe, est-il de nature à être jamais révélé à notre intelliagence bornée ? Je sens aussi bien que vous que l'expérience laisse une lacune dans la connaissance humaine. Mais j6 ne Yoîs pas que vous la combliez avec ces grands mots d'myfni, d'tf^o/ti, û'tmivenel^ de substance^ dont la métaphysique a tant abusé.
Le Métaphysicien. — Parce que ces mots ne répondttit à aucun objet de l'expérience, il ne faut pas croire qu'ils jMÀenf vid^ de sens. J'espère bien vous convaincre qu'ils expriment des vérités tout aussi certaines, tout aussi claires (({M les vérités empiriqties. Mais puisque vous semblez eh fPtàBt fmtf fions n'avancerons que pas à pas et à mesure
2&ft l'idéalisme':.
qae se fera la lumière dans ce monde nouveau pour vous. Par les conséquences absurdes auxquelles aboutit l'empirisme, soit de la sensibilité et de l'imagination ,>soit de la conscience, vous avez déjà pu juger combien il est peu sûr de se fier à ce genre de révélation, pour ce qui concerne la définition -et l'explication des choses. Or veuillez remarquer que ces conséquences ne sont nullement des exagérations de la philosophie empirique. Ellessortenldirectement.de la nature même des éléments et des principes qu'elle met en jeu. Ce n'est pas la philosophie empirique seulement qui éprouve le besoin de se représenter toutes choses dans le tenip^ et dans l'espace, c'est toute sensibilité et toute imagination humaine. Cette représentation est la condition forcée, la loi nécessaire et universelle de toutes les connaissances empiriques. Et pourtant l'esprit ne peut s'y arrêter. Car tout système de notions et d'explications fondé sur une telle base ne soutient par la critique de la raison. Il taut donc que les principes mêmes de la représentation soient vicieux.
Le Savant. — Vicieux ou non, du moment qu'ils sont nécessaires à la représentation des choses, la critique n'y peut rien. Si vous vous en prenez aux concepts du temps et de l'espace, que devient la science humaine?
Le Métaphysicien. — Je vous accorde volontiers qu'elle serait impossible. Mais ne confomlons pas la condition de la connaissance avec la connaissance elle-même. Pour l'empirisme qui réduit toute connaissance à une représentation, il n'y a plus de vérité possible^ du moment qu'on prouve que la représentation n'est qu'une illusion. C'est ce qui ressort clairement de la réfutation qui vient d'être faite de ht métaphysique matérialiste et de la métaphysique spiritiialiste. Mïns l'empirisme compte sans la raison. L'esprit huimiinne^
L^IOÉALISI^II::. S&S
borne pas à se représenter les choses ; il les pense^ il les voit à la lumière d'une faculté supérieure qui dissipe les fantômes de Timagination et de la conscience. Or la source de toutes ces illusions est la fausse croyance à la réalité indépendante de l'espace et du temps. Que l'on considère le temps et l'espace comme de simples formes de la sensibilité, ou comme de véritables attributs des choses, la raison ne permet pas d'en séparer les choses, et de les concevoir comme disséminées dans le temps et dans l'espace. L'espace et le temps ne se peuvent concevoir ni comme vide, ni €omme substance à part des choses ou des phénomènes quils semblent contenir. Je sais bien que rien n'est plus simple poiu* l'imagination et la conscience que cette représentation de la vie universelle ainsi dispersée et coupée par des intervalles que remplissent un temps et un espace continus. Mais rien n'est plus absurde pour la raison. Celle-ci eançoit^ pense Vèlre comme absolument continu dans le temps et dans l'espace. Pour elle, vide est synonyme de néant; la solution de continuité n'est qu'une illusion de l'imagination qui se représente les choses. C'est cette malencontreuse représentation qui vous empêche de saisir, de comprendre l'unité de l'être, corps ou âme, dont le sens ou la conscience vous révèle les formes, tes mouvements et les actes. Vous imaginez toujours que ce corps est distinct de l'espace qu'occupe son volume, que cette âme est distincte du temps que remplit son activité ; vous êtesdupe de votre iHusion au point de supposer des interstices parfaitement vides dans la juxtaposition des parties ou dans la succession des actes de l'être conçu par représentation. Voilà l'origine de toutes les erreurs de l'empirisme sur l'être des choses. Il ne s'agit donc pas seulement d'élever notre pensée au-dessus du doiïiaine de la
34^ l'idéalisme.
sensibilité et de Timaginalion. Je comprends que l'esprit humain pourrait s'y résigner,, si ce monde n'était qu'une partie de la vérité. Mais ce monde est^ illusoire. La pensée Ifie peut donc s'y tenir^ quelque modestes qoe soient ses prétentions. Le premier usage que Tesprit fait de S9 rmon^ W sortir des rêves matérialistes ou spiritualistes de son en-r fanca « c^est de briser celt0 enveloppe tout .empirique d9 sa pensée, de dissiper ce nuage qui lui dérobe la vue dq monde nouveau que la raison va faire apparaître à ses yeux pblouis. Tant que la pensée n'en a pas fini avec cette .représentation fantasmagorique des choses dans le temps et dans l'espace, elle ne peut rien comprendre à Tunité et à la conr tinuilé de la vie universelle. - »
Le Savant. — Je le veux bien. Mais si vous infirmez les représentations de la sensibilité^ de l'imagination et de la conscience^ que deviendront les sciences auxquelles elles servent de fondement !
Le Métaphysicien. — Ces sciences ne courent aucue danger ; elles conservent toute leur vérité. C'est de la vérité métaphysique seulement qu'il s'agit ici. Or, comme je qe sache pas que les sciences mathématiques, physiques et psychologiques aient des prétentions à cette vérité, mes observations ne les atteignent pas. J'accepte parfaitement la représentation empirique et toutes les sciences qui &'y rattachent, pour l'usage et dans k mesure de vérité qu'elles comportent. Ce que je repousse, c'est la portée transcendante de ces notions, c'est leur application à Têtre même des choses, c'est, en un mot, la métaphysique de l'imagination ^t de l'expérience. Il n'y a de métaphysique possible qu'avec un tout autre ordre de facultés et d'idées. Le vrai métaphysicien ne regarde les choses qu'à* la lumière de la raison.
Lb Savaut. -^ Laissons donc là Timaginalion et la eon» science, et que la raison soit notre seid guide. ^ Le Métaphysiciev. — Pour pkis de clarté, réduisont d'abord la question à èes termes les plus amples. Est-tl possible à Tesprit de percevoir la réalité finie, contingente, relative, individuelle, [iliénoménale, sans concevoir l'Être infini, nécessaire, absolu, universel qui en est le principe? Lui est-il possible de ne pas supposer la subsUince sous les modes^ VAre sous les phénomènes? Or la perception du fini, du contingent, du relatif, de Tindividuel, du phénomène est une acquisition de l'expérience. Si donc le terme empirique implique logiquement l'autre terme, c'est-à-dire l'infini, lé nécessaire, l'absolu, l'universel, letre, nous voici forcément "trmsportés dans le monde des Idées et des principes. Vous voyez que le passage n'est pas bien diflicile.
Le Savant. •«— Doucement. Je trouve que vous enjambez un peu lestement les distances. Que le fini suppose l'infini, le relatif l'absolu, le contingent le nécessaire, l'individuel l'universel, le mode la substance, le phénomène l'être, j'en tombe d'accord. C'est une de (^es oppositions logiques dont les termes s'impliquent réciproquement. Dès que vous en possédez un, vous tenez l'autre. Le tout est d'en tenir un. Prenons pour exemple les notions corrélatives du fini et de l'infini. Je conviens que, du moment que vous percevez le flïri comme tel, vous concevez l'infini. Mais l'expérience, qui vous donne la réalité, ne vous la donne point comme nécessairement Qnie ; elle vous fait percevoir les propriétés physiques ou les qualités morales des êtres, sans regard vers leurs caractères métaphysiques. A sa lumière, les êtres af^raissent comme étendus, flguréâ, colorés, pesants, ^élastiques, si ce sont des corps, sensibles, intelligents, actifs
ââ8 l'idéalismk.
et libres, si ce S'ont des êtres moraux ; mais ni les uns ni les autres comme finis ou infinis. L'expérience n'en affirme lalimile qu'autant qu'elle la voit ou la louche; autrenient, elle n'affirme rien sur ce genre d'attrîbâls des choses. Ce que je dis du fini et de l'infini, je le dis du relatif et de l'absolu, du contingent et du nécessaire, de l'individuel et de l'universel, du phénomène et de la substance, et de toutes les notions corrélatives analogues. L'expérience ne vous montre pas plus les choses et les êtres comme nécessairement relatifs, contingenl&, individuels, phénoménaux que comme absolus, universels et substantiels. Elle est parfaitement étrangère à toutes ces notions, et ne vous donne aucun des termes de l'antithèse qui vous sert de pont entre les deux mondes.
Le Métaphysigiem. — Vous avez raison en cela. Si l'esprit en était réduit à l'expérience, il n'aurait aucune idée des termes de l'antithèse, et la transition d'un mondei à l'autre lui serait impossible. Quand je dis transitioUf je m exprime mal . 11 n'y a pas de pont jeté, entre les deux mondes ; l'esprit ne passe pasr, il «aute de la réalité à la vérité. C'est sur ses ailes et non sur ses pieds qu'il arrive à ce monde supérieur, où se trouve la raison d'être de toutes choses.
Le Savant. — Trêve de métaphores. Expliquez-vous.
Le MÉTAPHYSiaEN. — Je veux dire- qu'il ne va pas d'un terme à l'autre, mais qu'il les embrasse et les coropreod tous deux en une seule et même intuition, dans laquelle Texpérience n'est pour rien. Raison de plus pour reconnaître la nécessité d'une autre factdté à laquelle l'esprit doit les deux termes de l'antithèse. En tout ^as, l'esprit ne peut s'arrête^ aux limites de l'expérience. Celle-ci ne lui a pas plutôt livré la réalité qu il la conçoit comme finie, relative, phénoménale, contingente, individuelle, par suite. ne. pouvant se suffire â
LIBÉALISMI::. 2)9
elle-même et supposant de toute nécessité un Principe doué d'attributs contraires. Les écoles empiriques ont beau faire, beau prétendre que c'est compliquer le problème de la connaîssanee humaine d'abstractions, de chimères, de questions insolubles. C'est déjà beaucoup de mutiler la vérité. Quant à mutiler l'esprit, cela est tout à fait impossible. Quand^n nierait les objets, on ne peut nier les conceptions. Il faut prendre l'esprit tel qu'il est, et laissera Condillac et à son école l'entreprise ingrate de le fausser, de l'appauvrir, en voulant le simplifier. La pensée humaine n'est pas seulement percep ' tion^ mais encore emcepiion. Tout en percevant les choses physiques ou morales par l'expérience, lesprit les conçoit comme finies, contingentes, relatives, individuelles, phénoménales, et conçoit en même temps leur Principe comme infini, nécessaire, absolu, universel, substantiel. Et cette double conception, dont les termes s'impliquent récipro<|uement, n'est point une spéculation hypothétique ou une fiction de l'imagination ; c'est une notion légitime, naturelle et nécessaire, plus ou moins nette, plus ou moins développée sdon le degréde force ou de culture des intelligences, mais universelle s'il en fut, et que le sens commun ne porte pas moins que la science, tout eni' l 'exprimant autrement. Veuillez remarqiiérqueje réduiscesconeeptions àce qu'elles ont de plus simple, déplus irrésistible, de plus général, sans m'expliquer sur les diverses manières de comprendre ce Principe intini, absolu, nécessaire et universel, sans me prononcer sur la question de savoir s'il est immatériel ou matériel, personnel ou impersonnel, providence ou destin. Je ne soulève pas de problème en ce moment ; je me contente de constater un fait, l'existence d'une certaine catégorie de notions dans l'esprit humain. Or, comme ces notions sont inexplicables
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par Texpérience, il faut bien raconnaUre que aoti^ les devons à une faculté originale, irradujDtible à Texpérience^ quel que ^it le nom qu'on lui dpoqe, intfiUigence ou r^ûor^ youç ou 'kvfqçy int^Uectw ou m^iOf
hn ^avàkt. -^ Je pe suis pas éloigné de me renger à votre ayi^f I) me semble en.e0et que l'esprit humain, quoi qu'en disent les écoles empiriques, dépasse I.^ limites de Texpérience. Maiscesconeeptionsderintim, de l'absolu, du nécessaire, de l'universel, de la sqbstance me paraissent moin;^ claires et moins prédses qu'à vous. J'hésite i vous suivre sur ce terrain, tant que vous ue m'aurefs pas éclairci ces notions par des exemples.
Le Métajpb¥su::ijen, -^ Volontiers. Spit le premier corps venu- Vous le voye^ pas^r suceessivementpar divers étatSi devenir solide, liquide^ gazeux. Amm de ces états ne peut être considéré comme la substance de ce corpsi puisqu^t cun ne lui est essentiel. Le physicien et le chimiate ne cob* servent, sous }e nom de substance et de matière « que les propriétés permanentes et indestructibles, conunç la pesan* teur. Noqs ne parions pas de l'étendue et de la figure», qui ^nt desimpies propriétés de Tespace. Maii$ ces propriéGés, fixes et communes à tous les corps que nous conmiissoiMt épuisent- elles |a notion de la substance pour l'esprit?; Nullsf ment* Supposez ce même cprpjs pondérable dans cette pw^ de l'espace qui n'est pas soumise à la loi de la gravitatioa terrestre, il auFa perdu sa propriété de pesanteur, Aur»^ perdu pour cela sa substance? Il aura une autre forme; il sera quelque chose que nous ne saurions déterminer^ comme l'éther que les physiciens conçoivent av^ço l'unique propriété de transmettre la lumière; mais enfin il sttra. £t
quao4 nous pourrions supposer quo œ oorps perd toutes s^
l'idéalisme. ^IJH
{Nropriétéiii sensibles, même celles qiie conserve la suti^ slanca éthérée, il nou$ serail encore impossible de le suppor ser anéanti. Or la notion de substance n'est pas autre chose que ûette impossibilité d'arriver, de réduction eq réduction, de transformation en transformation, au néant proprement dit. Youle:(.«vpus un autre exemple ? Soit i^ne étendue quellEjonque, perçue par le sens ou représentée par l'imagination. L^esprit suppose nécessairement au delà une autre étendue, puis une autre encore, et cela indéfiniment. C'est ainsi que d'étendue en étendue, comme de fornie en forme, l'esprit va toujours^ sans épuiser, la notion d'infini, pas plus que la notion de substance. De même, les conceptions de l'absolu, de la nécessité, de l'universalité se ran^nent toutes par l'analyse à l'impossibilité de s'arrêter à une condition, à une (contingence, à une totalité, si simple que soit cette condition, à indépendante que soit cette contingence, si complète que soît ioette totalité. Voilà tout le mystère.
Im Savant, r— Je n'ai plus de doute «ur cet ordre de notions que vous appelez rationnelles. '
Le Métaphysicien. — Voilà donc deux points acquis à la discussion : iMl y a pour l'esprit une nécessité logique de dépasser le monde de Texpérience , il y a une notion plqs ou moins précise, mais certaine d'un monde supérieur, sans lequel le premier serait sans aucune raison d'être ; T ni cette loi, ni cette notion de l'esprit ne pouvant s'expliquer par rexpérience, l'intervention d'une faculté nouvelle, intelligênée ou raiion, est indispensable.
ÎM Savant. — ^Gela n'est pas douteui^ .
Lb MtTAFHYsirjEN. — Gc fésultat ne me suffit point. Je ne piiétends pas seulement que nous ayons une notjon quel-^ aoRqoe^os vérités rationnelles, ou intelligibles ^ comntôdiniit
{fô^ L^DÉALISME.
Platon. Je soutieys que cette notion, au8si pi*écise que toute notion Correspondante des réalités empiriques, est phis positive que cette dernière.
Le Savant. — Cette prétention me semble bien voisine du paradoxe.
Le Métaphysicien. — Vous serez de mon avts^ pour peu que vous vouliez réfléchira la relation 4ogique des deux termes de l'antithèse qui forme ce-genre de notions. Tant que vous les envisagez seulement par rapport à Tesprit, vous trouvez ou qu'ils s'y introduisent simultanément^ en vertu de leur réciprocité, ou que le terme empirique précède^ au moins comme condition^ le terme rationnel. Mais si vous tes considérez dans leurs objets, vous com[)rendrez que la réalité empirique a pour raison d'être, pour principe, pour base la vérité rationnelle. Ainsi la réalité finie, relative, contingente, individuelle, phénoménale a son fondement dans la vérité intinie, absolue, nécessaire, universelle, substantielle. Donc, à ce titre, la notion rationnelle est la plu$ positive des deux. Vous ne pouvez nier cela.
Le Savant. — En effet.
Le MÉTAPHYsictEN. — Non-seulemcut elle est la plus positive, mais elle me semble la seule positive, la seule vraie^ dans la rigoureuse acception du mot. Qu'est-ce que la réalité, qu'est-ce que la vérité des êtres finis,^ relatifs, contingents, individuels ? Une réalité qui change et se transforme sans cesse, à tel point qu'il n'est jamais [Kissible de la ^isii* dans un état déterminé, et de dire qu'elle est ceci ou cda; une vérité qui passe avec les formes fugitives et éphémères qui la représentent imparfaitement, qui dépend de tout, des temps, des lieux, des circonstances. La réaiité positive n ^estelle pas immuable ? La vraie vérité n 'est-eUe pas indépendante
L*IDÉAUSM£. ^53
de toutes conditions ? Est-ce dans la substance des choses ou bien dans leur simple apparence qu'il faut chercher Têlre vérilable ? Est-ce dans la sensation que se trouve la vraie notion des choses, la science. Il y a longtemps que la sagesse antique a tranché la question : Nulla fluœarum rerum scienlia. Commencez-vous à vous apercevoir que le monde de l'expérience est illusoire, aussi bien que le monde de Timagination } que le sens externe, que la conscience elle-même vous (rompe sur le fond, l'être, la vérité des choses; que les phénomènes, les mouvements, les forces, les individus ne sont que des apparences; que yélre et la reVtVë n'habitent que lemondedela Substance immuable, nécessaire, absolue, universelle, tel que vous le révèle la raison ?
Le Savant. — Je ne vois pas en effet comment on pourrait se soustraire à cette conclusion, qui m'avait d'abord semblé paradoxale. Mais je vous avoue que j'éprouve de l'f^ffroi à vous suivre dans ce monde redoutable où vous voulez m'entrainer. Il y a toute une histoire de naufrages fameux qui me rend singulièiement suspect ce genre de spéculations.
Le Métaphysicien. — Si le mot vous déplaît, si les noms vous épouvantent, laissons-les décote. Mais du moment que là logique commande, nous ne pouvons nous dispenser d*obéir. D'ailleurs vous verrez que la logique ne nous commande pas de ces sacrifices^ auxquels répugne le sens commun, comme la suppression de la réalité, du mouvement, de lar vie, du monde enfin. Ramenons la question a ses termes les plus simples. Reconnaissez- vous la raison comme une faculté légitime, en fait de vérité et de science?
Le Savant. — Je ne puis m'y refuser.
Le Métaphysicien. — Ac^ptez- vous comme nettes, posi-
25& L*mÉALisiifi.
tives et nécessaires les notions qu'elle nous donne sur la subistanee,^ le principe, le fond des choses?
Le Satant. — Je ne vois pas qu'il soit possible de les rejeter, sans infirmer l'esprit humain itri-méme.
Iè MÉTÀl^HTsteïBN. — En ce cas, vêtis voici tenu d*«vanoe d'accepter toutes les conséquences que la logîqoe pourra tirer de ces notions premières de la raison.
Lb Savant . — ' Sans aucun dotrtê.
Le Métaphysicien.-^ Nous sommes donô sur an temin solide et nous tenons ta voie de la vérité. Il fie s'agit que é§ la suivre jusqu'au bout. Le principe est certain. Vont n'*vei pltisle droit de m'arrêler^ si ce n'est pour merametiet dmsh voie de la raison et delà logique, au cas: où )e m'en éêafrterais.
Le Savant: — C'est entendu.
Le Métaphysicien. — Convenons d'abord d'un point capital. C^est bien la fonction propre de la raison de penser l'absolu, rinflni, le nécessaire, l'être, la vérité propremeiit dite, tandis que l'expérience n'atteint qtie te fini, le icilaAîf, le contingent, le phénomène en un mot, la simple appœenee des choses ?
Le Savant. — Je ne puis le nier.
Lr MétapSysien. — Dès lors vous reconnaisses qoe h râfison est le seul juge compétent en fait de vérité et de science, ou tout au moins de vérité et de science onétapby* sique. Nous n'avons donc plus à nous inquiéter des dîffi« cultes, des objections et des contradictions de l'expérienee^ puisque c'est à ta raison et à la logique de décider en dernielp Irefssort sur toutes les hautes questions- qui font l'objet dé notre recherche. Renvoyons l'expérience dans son domaine et ne laissons parler ici (pie la raison et la logiqoe.r " Lé SAtiiH*.-^ Je véw écoule.
L^IDÉiLISME. âSS
< Lft MiTAPHTsicitK. — Notïe point de départ estdéjà trouvé. C'est l'objet même delà raison, l'Être infini, absolu, nécesfiaîre, tfftive^, ÏNeu en un mot.
Lb Savant. -**- Vous procédez absolument de là niéme fttçon que Spilios&.
Li MÉïAPHtsicfEH. --^ Jte n'ai garde de m'en défendre. Si la raison et la logique décident de tout en métaphysique, eéttc scfence n'est, âe fnéme qtte h géométrie, qu'une série de déductions. Pourvu que le principe qui en est le point de dépftrt soit évident, et que tout le reste en soit rigoureusement déduit^ la science est faite et bien faite. La méthode ^ Spinosa n'est pas setriemrejnt ie procédé du plus vigoureux eeçftit e^ aH jamais été ; c'est la méthode même dé toute métaphysique rKtioimèlle. Étant donnée la définition de la Substance (selon le langage de l'école cartésienne), où de l'Être absolu, selon lexpression de la nouvelle philosophie atkimiandey en déduire les attributs de la nature divine ainsi qw tes propriétés, les lois des esprits et des corps, il n'y a pis d'autre méthode à suivre.
Va Savant. — Alors continuez votre route; je né vous lïrêlci plm. ^
Am MitâPHTsiCiEir. — 11 est inutile, je pense, d'insister MT Itt définition des termes : infini^ absolu, néceà^ite, uni-- Mf#e(,^ ii^tanee. Yoiïs en saisissez parfaitement le sens et la portée.
,1* SâVAKT. — Je le crois. L'infini, c'est ce qui n'a dé limitefi possibles, ni pour l'expérience, ni pour l'imsiginatiofi, tffiTMfis que l'indéfini ft'ést qu'une quantité limitabfe, mais non bmitée. L'absolu est ee qui ne dépend d'aucuiie Condition, soit daim son existence mêttie, soit daris ses modes d'existeiie«. hé Hé^esMîre est ce qui ne peut né pas exister» quel-
256 l'idéalismk.
que supposition que fasse la pensée. L'universel est, non la simple colleetion, la totalité des phénomènes et des êtres individuels qui composent le système de Tunivecs, mais Tunité réelle, intime, indivisible, dans laquelle ce système est compris. Ënfm la substance est tout simplement ce qui est en soi^ selon la défmition même de Spinosa, à laquelle il est inutile d'ajouter ce qui est./wr «ot. Car qui dit substance, dit être absolu; qui dit en soi àii par soi. N'est-ce pas là le sens des termes dont nous nous servons?
Le Métaphysicien. — C'est tout à fait cela; je n'ai besoin d'y rien ajouter. Voilà bien les notions premières de la raison sur la vérité métaphysique ; il ne s'agit plus que d'en exprimer les conséquences. La simple notion de substance nous suffit comme principe de toute la métaphysique rationnelle.
Le Savant. — Je le veux bien ; mais n[tt)ntrez-4e,'et surtout soyez plus clair que Spinosa.
Le Métaphysicien. — Spinosa est fort clair pour les lecteurs attentifs. Mais j'avoue qu'il faut un gr«ind effortd'esprit pour bien saisir tous les anneaux de cette chaîne qui se déroule dans Y Ethique^ depuis la définition de la Substance jusqu'à la dernière proposition de morale. Je n'entends pas vous condamner au mên[)e supplice. Bien que. la méthode de la métaphysique rationnelle soit essentiellement .démonstrative, je ne vois pas ce que cette, science a gagné à ^être mise sous forme géométrique. Celle forme sèche et rigide» excellente pour une science simple, précise, exacte comme les malhéiTiatiques, n'est pas commode pour.le^libre et lumineux développement des démonstrations métaphysiques. Rassurezvous donc. Si je débjule comme Spinosa par la déllnition de la Substance, je ne procéderai point par tliéorèmes, problèmes, corollaires et scolies. D'abord vous admette^ que la
L*J0ÉAL18IIE. 257
substance est nécessaire, cette nécessité résultant de la déflnition même du mot. Gomment concevoir en effet que ce qui est en soi et par soi puisse ne pas être? 5u6stonce et nécessité sont deux termes qui s'impliquent logiquement.
Le Savant. — Cela €st évident.
Le Métaphysicien. — Vous admettez aussi; avec Spinosa et avec la logique, que la noiion de substance en implique rindépendance ; car la substance étant ce qui est en soi et p^r soi, il s'ensuit qu'elle ne peut dépendre de rien, ni quant à son existence, ni quant à ses modes d'existence. Donc la substance est absolue.
Le Savant. — En effet.
Le Métaphysicien. — Vous admettez également que la substance absolue est par cela seul intinie, toute limite impliquant une relation, et par suite une dépendance quelconque.
. Le Savant. — J'obéis à la logique.
Le Métaphysicien. — Vous reconnaissez aussi que toute substance absolue et infinie est universelle. Car, si elle ne comprend pas tout dans son unité, si quoi que ce soit lui échappe, un fétu, un atome, elle n'est plus infinie, ni par suite absolue, ni par suite substance.
Le Savant. — C'est encore rigoureux.
Le Métaphysicien. -—> Ënfiji vous ne niez point que la substance absolue, infinie, universelle ne soit tine, la coexistence de deux ou plusieurs substances impliquant relation, limite, dépendance, tous attributs contradictoires à la définition même de la substance.
Le Savant. —. Vous avez toujours raison. Rien de plus simple et de plus facile que .de déduire de la noUon de la substance les attributs inhérents à sa nature. Tant que nous
258 l'idéausme.
en restons aux jiotions pures de la raison, la pensée n'a qu'à suivre la penfe de lalogique, sans crainte d'être arrêtée par aucun obstacle. Mais où je prévois des difficultés, c'est au sortirde«e monde tout tn(eUi^'6/6, lorsque nous allons nous retrouver dans l'expérience et lai réalité.
Le Métaphysicien. — Que parlez- vous encore de réalité et d'expérience? Oubliez*VQus que la raison est notre seul guide ; que la réalité, telle que nous l'atteste l'expérience, n'est qu'apparence ; qu'une fois- entrés dans le monde de la vérité, nous n'en devons plus sortir?
Le Savant. — Seriez- vous idéaliste au point de nier l'existence du monde extérieur et de toutes les choses que nous révèle l'expérience, soit.éxterne^ soit interne ? En ce cas, je n^'entends plus vous suivre. Je vous rappelle m sens com* mun et au sentiment de la réalité. Si vous me parlez raison, je vous réponds expérience. J'ai bien consenti à écouter le témoignage d'une faculté qui n'avait point encore été entendue sur la question métaphysique; je n'ai point à le regretter. Mais si vous aviez le droit de m'y forcer, au nom de l'esprit humain que l'empirisme dépouille de la raison, j'ai le même droit aussi de vous contraindre ^respecter l'^expérience, au nom de la même autorité. Et vousaussi^ vou^ driez-vous mutiler l'esprit et la vérité ?
Le MÉTAPHtsiciEw. — Ce n'est point là ma pensée ;^ je n'ai pas plus de goût que vous pour les folies de l'idéalisme. 11 n'est nullement question de supprimer rexpérience, de nier la réalité finie, relative, contingente, individuelle, phénoménale qu'elle atteste, de faire évanouir en un mot le monde devant la terrible idée de Dieu. Je conserve tous les objets de l'expérience. II ne s'agit que d'en définir la valeur, la portée et le degré de vérité. Or il y a une distinctioaicipi^
L'iDÉiLlftMIS. 350
taie à iaire entre la raison et rexpérience, en faitde jugement et de vérilé. L'expérienee perçoit; la raison seule comprend. Les perceptions de la première sont de simples données, de purs matériau]^ à Taide desquels la seconde comprend et aperçoit la vérité. Tant que la raison n'intervient pas dans le témoignage de Texpérience, les informa? tioDs de celle-ci, quelque précieuses , quelque nécessaires qu'elles soient pour nous initier tout à la fois à l'existence et à la nature des choses, ne nous expliquent ni leur caractère, ni leur rapport mélaphyfiqm dans le Tout. Ce sont de^simples perceptions, et non encore des jugements, des notions exprimant le fond, la substance, la vérité des choses. Elles n'en prennent Tantprité et la portée, que lorsque la raison s'y mêle pour les transformer. Donc, bien que la raison ne perçoive pas elle-^même cette réalité linip, relative, contin* gente, individuelle, phénoménale qu'on nomme le monde, c'est elle qui la juge, la définit, lui mesure sa part do vérité. C'est à sa lumière que le monde se montre sous son vrai jour, o'est^-dire rationnel^ intelligible^ non plus simplement réel mais Drat, dans la haute acception du mot. Vous com^ prenez maintenant qu'en descendant de Dieu à TuniverSi nous ne changeons ni de théâtre, ni de lumière} c'est tou^ jours le monde de^la raison, c'est toujours la lumière de la vérité. Toute la différence est que, dons le monde des idées, la raison est seule, et la lumière est pure, tandis que dans le monde des réalités^ la raison rencontre Texpérienae dont il lui feut interpréter le térnoignage, et la vérité est voilée par de trompeuses apparences. Mais la raison et la logique ne connaissent point d'obstacles. Spinosa et tant d'autres l'ont prouvé. Un idéalisme sérieux ne perd point son temps ni sa peine à délier le sens «)mmnn par de folles prntestalions
260 l'idéalisme.
contre l'expérience et la réalité. 11 accepte la réalité des mains de Texpériencc et de la science ;^ seulement il l'explique, la transforme et en fait le système de la nécessité universelle
Le Savant. — A la bonne heure. Maintenant je vous suis avec plus de confiance. Mais ne nous voici-t-il pas dès le début en face d une grosse difficulté ? Partant de Fêtre infini absolu, nécessaire, universel, comment allez-vous faire pour retrouver la réalité finie, relative, contingente, individuelle? Bien des écoles idéalistes y ont échoué. Les unes ont nié, au nonî de la vérité absolue, la réalité dont elles ne pouvaient expliquer l'existence ; les autres l'ont rattachée à son principe par les liens les plus fragiles et les plus accidentels.
Le Métaphysicien. — Nous n'avons pas besoin de tous ces efforts d'imagination pour expliquer l'inexplicable, ni de ces solutions héroïques pour trancher une dilliculé insoluble. Le problème pour nous est fort simple, ou plutôt il n'existe même pas. Si^ comme nous l'avons montré plus haut, ces notions d'infini et de fini, d'absolu et de relatif, de nécessaire et de contingent, d'individuel et d'universel, de substance et de phénomène,'s'impliquent logiquement, la synthèse des deux termes est indissoluble au point de ne former qu'une seule et même notion, la réalité est donnée en même temps que la vérité, le monde en même temps que Dieu. L'esprit ne va d'un terme à l'autre ni par transition, ni par saut; il n'a besoin ni de pieds, ni d'ailes. Sans se mouvdr, il est en possession du monde. Et ce que je dis des notions, s'applique également aux objets qui y correspondent. Tel rapport des notions, tel rapport des choses elles-mêmes. L'infini et le fini, l'absolu et le relatif, le nécessaire et le contingent, l'universel et l'individuel, la substance et le phénomène, Dieu et le monde s'impliquent logiquement, comme les notions qui
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les représentent à la pensée, et forment également une antithèse on une synthèse absolument indissoluble. En sorte quMI n'y a pas lieu de se tourmenter, comme l'ont fait tant de métaphysiciens et de théologiens, pour savoir comment le monde procède de Dieu, si c'est par génération ^ par émanation ou par création. Le monde ne procède pas de Dieu, il y est, il s'y meut, il y vit comme le phénomène dans la substance, comme l'acte dans la puissance, comme le développement dans le germe, comme la réalité visible et extérieure dans l'être invisible et intérieur. Deus mundusimplieitus^ ou mundus Déus explicitus; ces deux définitions expliquent tout à la fois la distinction et l'identité du monde et^e Dieu : différence de points de vue, identité de substance.
Le Savant. — Je vois qu'en effet la difficulté ne gît point dans la transition de Dieu au monde. Mais si le rapport des deux termes est aussi intime que vous le dites, comment les cotadliez-vous ? Comment expliquez-vous que le principe des choses change de nature en se manifestant, que l'infini devienne fini et l'absolu relatif, que la nécessité se transforme en contingence, l'universalité en individualité, l'immuable vérité en réalité passagère ?
Le Métaphysicien. — S'il en était ainsi, je serais en effet fort en peine de l'expliquer. Mais vous vous faites du monde une fausse idée. Vous vous le représentez toujours tel que vous le montrent l'imagination et l'expérience. Ne sommesnous pas convenus que c'est par les seuls yeux de la raison qu'il faut tout voir, même le monde réel .
Le Savant. — C^est vrai; j'oublie toujours que j'ai sur les yeux les écailles de l'imagination et le bandeau de l'expéricnee. Je ne puis habituer ma faible vue à la pure lumière
262 l'h^lisme.
de la raison. Mais enfin me voici les veux bien ouverfs. Monfrez-moi les choses telles qu'elles sont-
Le Métaphysicien. — Vous avez jusqu'ici vécu dans l'idée d'une réalité finie, relative, contingente, individuelle^ phénoménale. Cette idée n'est qu'une illusion.
Lk Savant, — Vous ne tenez pas votre promesse? Vous m'aviez dit que vous conserviez le mondé, et voici que vous le supprimez; J'aime autant que vous me laissiez ma foi tout empirique.
Le Métaphysicien. — J'explique, Je ne supprime rien , rien que des illusions. A votre monde de l'imagination et de l'expérience Je substitue le monde de la raison ; à votre réalUi je substitue la vérité^ voilà tout. Quand les écoles idéalistes nous parlent d'un inonde intelligible distinct et séparé du monde sensible, qu'elles peuplent d'idées pures, c'est-à-dire, d'abstractions, elles se trompent. Il n'y a pas deux mondes; c'est toujours le même, sensible pour l'expérience, intelligiMe pour la raisoiv. La science ne vouS fait connaître que le pre* mier, la métaphysique seule peut nous initier au second.
Le Savant. — Je commence à vous coiînprendre.
Le Métaphysicien. — Si Dieu est infini, absolu, néces* saire, universel dans son essence, il faut qu'il le soit également dans la totalité de ses actes.
Le Savant. — Pourquoi cela? ne semble^tnl pas au contraire que le monde doive être fini, relatif, contingent, individuel, par €ela seul (]ue son principe est infini, absolu, nécessaire, universel î N'est-ce pas sur cette opposition même des deux termes qu'est fondée l'idée de Dieu et la démonstration de son existence ? Si le monde a les mêmes attributs que son principe, à quoi bon ce principe? N'est-il pas d'ailleurs dans la nature de la cause et de la substance de ne poiiU
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s'épuiser entièrement dans la totalité de leurs effets et de leurs modes, si grande qu'elle soit?
Lb MÉT4PIIT8IG1EN. — Vous auriez raison, si le rapport du monde à Dieu était, comme l'imaginent la plupart des métapbysiens, un simple rapport de reflet à la cause, si le monde était l'œuvre, la création plus ou moins accidentelle d'un principe retiré dans les profondeurs de son essence abstraite 9 ou niéme Témanation incessante d'une source inépuisable. Mais la théologie rationnelle n'admet ni ces fictions, ni ces images» empruntées, les une& à la psychologie, les autres à la physique. Elle distingue Dieu du monde, mais ne l 'en sépare pto ; elle fait de Dieu la substance, et du monde la totalité des modes, adéquate à la substance, et par conséquent comme.elle infînie, absolue, nécessaire, universelle.
Lk Savant. — Eh effet, si le monde n'est pas la création libre d'une puissance indépendante, ou l'excès <l'un principe surabondant, mais l'acte même de la puissance divine, la logique veut qu'il soit infîni, absolu, nécessaffe, universel, nr plus ni m'oins que son principe. Reste ^ savoir si le sens commun s'accommode des conceptions abstraites de la raison et des conclusions de la logique.
Le MÉTA^mrsiciEN. -*- Quand il ne s'en accommoderait pas, nous n'aurions point à nous en inquiéter, puisqu'il est convenu entre nous que la raison et la logique sont les seuls juges de la vérité en ces matières. Ainsi pçrmetlez-moi de pouipaiivre la série des conséquences contenues dans le principe de la théologie rationnelle. Le monde est infini en tout sens, en durée, en étendue, en puissance, en variété, en fécondité. Il est absolu, c'est-à-dire indépendant, non -seulement dans son tout, mais encore dans ses individus j car, si ces individus ne sont que des déterminations de la sub-
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stance universelle, la raisorv veut qu ils ne puissent dépendre que d elle, et qu^ils soient indépendants les uns des autres, malgré les apparences contraires. En vertu du même principe, le monde est nécessaire également, dans ses modifications aussi bien que dans son existence^ la substance universelle ne pouvant pas plus être autrement que n'être pas. Enfin il est universel en tout et en partie; en tout, puisqu'alors il est la totalité des modes de la substance, adéquate à sa nature ; en partie, puisque la partie est inséparable du tout dans lequel et par lequel elle subsiste. Voilà te monde intelligible, le monde de la raison. Tout y semble fini, relatif, contingent, individuel ; tout y est infini, absolu, nécessaire, universel comme TÊtre caché, dont le monde exprime et manifeste la nature et l'essence. Dans le langage de la théologie rationnelle les mots de fini, de contingent, dé relatif, d'individuel, de phénomène sont des mots vides de sens.
Le Savant. — Je ne vois pas en effet ce que la logique pourrait répondre à ces conclusion^. Mais le sens commun n'y trouve guère son compte. Qu'il, faille passer par-dessus l'imagination et l'expérience, d'accord; mais le sens commun n'est pas de l'empirisme pur ; il contient bien un grain de raison. N'oubliez pas que la logique et lai^ison ne vont pas toujours ensemble.
Le Métaphysicien. — Je le sais. La logique n'est qu'un instrument qui peut être rais au service de l'erreur aussi bien que de la vérité. Tout dépend du principe. Mais quand le principe est une notion nécessaire de la raison, comme dans le cas qui nous occupe, je ne vois que rexpérience qui pourrait conlredire la logique. Or il est convenu que ces sorles de contradictions ne nous arrêteront pas. Quant au sens commun, pei^sonne ne sait mieux qu'un savant cotnbien
l'idéalisme. * 265
ce mot couvre de préjugés, à côté de vérités incontestables. Je vais d'ailleurs essayer de vous montrer r|ue la raison accepte, non moins que le principe, les conséquences que la logique lui impose. Ainsi l'infinité du monde est une vérité que la raison a toujours reconnue, et que la science confirmerait, s'il en était besoin. Il n'y a que l'imagination qui limite le monde en se le représentant, et en le supposant enveloppé de cette espèce de substance inintelligible qu'on appelle l'espace, et qui se réduit à un simple rapport de coexistence. Ce qui est vrai, d'une vérité positive, c'est que l'être. est partout, le vide nulle part, qu'après l'être vient l'être, et encore et toujours, que par conséquent le monde est infini. Quanta la notion de limite, c'est une pure représentation sensible. Si l'expérience et l'imagination nous montrent les choses divisées et limitées dans le Tout, la raison nous fait comprendre que la division et la limite ne sont que fictives; quer l'intervalle qui les sépare et que l'imagination conçoit comme un vide, n'est nullement une solution de continuité dans la série compacte des temps ou des êtres ; que par conséquent cette notion d'une réalité multiple, divisible, bornée, figurée qui se dessine sur le fond de l'éternité ou de l'immensité, ne s'adresse qu'à notre imagination et n'exprime nullement la vérité des choses.
I^ Savant, r- C'est une idée juste en effet, à laquelle je n'avais pas songe*
Le Métaphysicien. — Et vous n'avez peut-être pas songé non plus que la réalité est absolue, prise dans son ensemble et^lans ses détails. On nous répète à satiété que le monde est un enchaînement de mouvements et de phénomènes, tons effets et causes se rattachant à un Moteur suprême et unique, comme fe'iln'y avait de force vive, d'initiative, d'aclivitépropre
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nu]]e part ailleurs que dans ce premier anneau de la chaîne, comme si tout être, si passif, si dépendant qu'il paraisse, n'était pas un foyer de mouvement, un principe d'action, une monade autonome, selonr:Ia théorie de Leibnitz. On nous représente le monde comme un immense mécaHimie dont tous les rouages reçoivent l'impulsion d'un principe unique, tandis que la raison, la science, l'expérience elle-même, nous le montre comme un organisme vivant dont tous les éléments sont des forces vives, actives par elles-mêmes, sinon indépendantes, de telle sorte que les êtres et les corps de la Nature ne sont pas mus à proprement parler, mais se meuvent sous l'excitation des causes extérieures. La philoso- Tphiemécanique^ abusée par la géométrieet l'imagination, n'a jamais pu comprendre que le principe du mouvement est intérieur et non extérieur à l'être en mouvement, qu'il ne faut chercher au dehors et dans le rapport des êtres que les causes qui en provoquent ou déterminent la direction. Mais la vérité est que tout être delà Nature, simple ou complexe, inorganique ou organique, puise en soi ou en Dieu, dans sa force individuelle ou dans sa substance universelle^ mafe toujours à un foyer intime, le mouvement, l'activité dont h direction dépend de ses relations extérieures. Sous ce rapport, le panthéisme de Spinosa n'est pas plus contraire que le dynamisme de Leibnitz au système de VhorlogeAn monde, laquelle attend la main d'un moteur étranger, pour entrer en mouvement. Dans sa théorie AeV harmonie préélablie^ Leibnitz va jusqu'à soutenir l'absolue indépendance, h complète autonomie des êtres et des forces individuelles, et réduit à une simple correspondance toute relation extérieure, toute influence, toute action apparente. Mais, sans suivre ce grand esprit dans une liypothèse contredite par l'expérience,
l'ibéalisme. 267
non moins que par la raison, nous sommes en droit d'affirmei^, dans une certaine mesure, l'indépendance et l'autonomie de tous les êtres de la Nature,
Le Savant.— Cette réserve faite, votre thèse me paraît suffisamment fondée. Je vois bien que l'opinion contraire n'est qu'un préjugé, tout en ayant un certain air de sens commun .
Le MÉTAPHYsicnsir. — Et pour avoir le même air, la doctrine de la contingence n'en est pas plus vraie. Que tout ait sa raison suffisante en ce monde, ce n'est pas seulement le génie de Leibnilzqui l'affirme, c'est la science et l'expérienco qui le confirment de plus en plus. La contingence est, comme le hasard, on mol inventé par l'ignorante vanité de l'esprit humam, qui nie les causes qu'il ne voit pas. Vous affirmez que tel phénomène, telle loi du monde physique ou du monde moral pourrait ne pas être, c'est-à-dire n'est pas essentielle au- gystèntô du monde; qu'en savez-vous? Que ce phénomène, que cette loi ne soit point essentielle à la notion que vous vous faites du monde, Je^ l'accorde. Mais qui vous dit que cette notion est adéquate à la vérité ? Que savez-vous de lensemble , du fond , du merveilleux enchaînement des choses, et de cet ordre, de cette symétrie, de cette sym* pathie qui président au système du monde, pour avoir le droit d'affirmer que ceci pourrait ne pas être, que cela pourrait être autrement, sans modifier, sans changer le système tout entier. C'est encore là une fausse représentation, une illusion de l'empirisme , que dissipe chaque jour la science, à mesure qu'elle répand sa lumière sur le monde de l'expérience. Plus la science étudie, analyse, explique la Nature, et plus elle la trouve intelligible et rationnelle ; plus la fatalité fait place à la Providence, la contingence à la nécessité
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finale, le hasard à la logique. Contirigenre pour.rexpérience, la Nalure est nécessaire pour la raison. Et ce n'est pas seulement la Nature qui présente ce caractère.à la science, c'est l'histoire, la psychologie, la politique, le monde de l'Esprit tout entier. Le temps n'est plus où l'on croyait pouvoir expliquer les plus grands effets par les plus petites caisses, où l'histoire ne semblait autre chose que le conflit des volontés ou des passions humaines, contrariées ou favorisées par l'action fortuite des causes naturelles, espèce d!imbroglio perpétuel, fécond en crises fortuites et en dénoûments imprévus, le tout safis plan, sans but, sans unité, sans aucune apparence de logique. Aujourd'hui la science a fait de l'histoire une chose intelligible , un système où tout se suit et s'enchaîne, où les faits sont des idéeâ, où les époques sont les moments et les degrés, où les peuples et les races sont les organes de l'Esprit, se développant en parfaite harmonie avec la Nature, au sein de l'ÊIre universel. A ce point de vue, qui est le vrai, l'histoire est une logique vivante, comme la Nature est une géométrie réelle ^t concrète. Tous les êtres ont leur raison finale, leui^ loi à laquelle ils obéissent irrésistiblement, quelle que soit leur activité propre et leur spontanéité. Spinosa a dit le mot; la vraie; la seule liberté pour un être, pour le premier comme pour le dernier, pour Dieu lui-même, est d'obéir à sa nature. Ce n'est donc pas le caprice, le hasard, l'incertitude, le libre arbitre^ la balance des motifs et des partis, la contingence en un mot sous toutes les formes, qui mesure la liberté, c'est la nécessité iaflexible, mais tout intérieure, qui ne rencontre jamais ni obstacle, ni aide dans le concours ou l'opposition des agents extérieurs.
Le Savant. — Il me semble que vous allez un peu loin.
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Que vous subslituïcz partout la nécessité à la conlingence dans le domaine de la Nature, jeTadmets; que, même dans le domaine de l'Esprit, vous lui fassiez la part plus large que ne la font nos historiens et nos moralistes, je Tadmets encore. Mais je ne puis consentir à la voir partout, jusque dans le foF intérieur, dans l'activité volontaire que j'ai toujours regardée comme le sanctuaire même de la liberté. La définition de Spinosa appliquée à la liberté morale me révolte. La métaphysique a be^u dire ; sur ce point c'est la psychologie qui aura toujours le dernier mot. Je sens ma liberté ; que m'importe votre logique ?
Le Métaphysicien. — Et que m'importe à moi votre sentiment de la liberté ? Vous vous croyez libre ; je vous accorde même que votre croyance est invincible. Mais que vous le soyez réellement, ceci est une autre question. La liberté n'est pas une chose purement intérieure; elle dépend de conditions extérieures, de rapports nombœux, soit avec les autres êtres, soit avec le Principe même de Tètre qui se croit libre. Si la raison et la science, qui voient plus loin et plus haut que l'expérience, qui embrassent le système entier des ôtres, découvrent l'incompatibilité de la liberté individuelle avec kt nécessité universelle, que devient le témoignage de la conscience ? C'est une autorité souveraine, je vous l'aceorde, mais dans sa sphère seulement. Si la liberté n'était qu'une question psychologique, vous auriez parfaitement le droit de conclure, comme vous le faites, de la croyance à la chose; mais c'est une question métaphysique, sur laquelle lia raison et la logique sont seules juges.
Le Savant. — C'est dur; mais il faut se soumettre. Etant donnés Dieu et le système du monde, tels que les conçoit la raison, je conviens qu'il est impossible tl y trouver le plus petit
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coin pour une contingence quelconque, même pour celle que nous nonunons liberté.
Le Métaphysicien . — Que voulez-vous ? L'expérience a ses préjugés, comme Timagination a ses illusions. Tout cela doit se dissiper devant la pure lumière de la raison. Ainsi Tindi* vidualité des êtres de l'univers est encore une de ces notions que la raison renvoie au chapitra des préjugés empiriques, La raison et la science vous disent que l'univers est un Tout, et non une simple totalité d'unités ou de forces individueU6s^que dans ce Tout véritablement organique les individus tiennent au système d'une façon tellement étroite et indissoluble qu'il est impossible de les en séparer, sans leur ôter Texistence ou la vie. D'une autre part, nul individu, si simple, si minime qu'il soit, n'est absolument simple et indivisible. C'est encore un système, un tout, une unité plus ou moins complexe ; ce n'est pas un individu, dans la rigueur du mot, Vou& voyez donc que la notion d'individualité s'évanouit, soit que l'on considère les êtres en eux-mêmes, soit qu'on les envisage par rapport au Tout. Pris en eux-mêmes, ils ont beau être sim^pies pour l'expérience; absolument parlant, ce^sonti^neore des systèmes, des collections. Vus en regarddu Tout f quelque grands, riches et puissants qu'ils soient, ils font parliainté*? grante d'une unité, d'une individualité supérieure. Nul individu n'^est assez simple pour être indivisible ; nul n'est assez complexe pour être complet : deux conditions saos lesquelles il n'y a pas d'individu proprement dit.
Lb Savant/ — J'en conviens. Je vois s'évanouirsuccessive* ment toutes les formes du monde sensible, limites, conditions, contingence, individualité, pour ne laisser à la place que le monde infini, absolu, nécessaire, universel, c'est-à-dire le monde purement intelligible de la raison. Je mm que jusqu'ii^i
l'iimêalisme. 271
je n'avais fait que rêver, que je m'étais laisse séduire par les apparences, que je n'avais rien compris de la vérité, rien vu du fond des choses. Mais que de préjugés, que d'illusions il me faut perdre pour m'habituer aux vérités qui éclatent à mes yeux étonnés! La lumière de ce nouveau monde auquel vous venez de m 'initier est si nouvelle pour mon pauvre esprit qu'elle l'éblouit. J'en suis encore à douter de tout ce que j'aperçois. Je me tâte et me demande s'il est d'un esprit sain de ne plus croire à la liberté des actes humains, à la contingence de certains faits historiques, à la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste, du droit et du devoir, de tous ces préjugés de la phychologie, de la morale et de l'histoire que la doctrine de la nécessité supprime radicalement. La logique et la raison le veulent pourtant, et vous m'avez appris à leur obéir en tout. Mais tout le monde n'a pas l'intrépide sérénité d'un Spinosa acceptant sans sourciller les plus révoltantes extrémités de la logique. La grâce de la métaphysique, si efficace qu'elle soit, ne peut me changer tout d'un coup ; il faut lui laisser le temps d'opérer une si complète conversion. J'avais pris , comme tant de grossiers esprits, ce monide au sérieux. J'attachais de l'importance aux formes, aux couleurs, aux ligures des choses, aux mouvements, à la vie, aux actes des individus et des peuples. Je me trompais avec le sens commun ; tout cela n'est qu'apparences sans fond, accidents sans portée. Le monde de l'expérience n'est que l'avant-scène de l'être et de la vérité; tout y est erreur, illusion, fausse lumière, vain bruit et stérile agitation. C'est dans le monde intelligible seulement que se passe le vrai drame de la vie universelle, que toute lumière a sa vérité, tout bruit son sens, tout mouvement sa portée. Là, ainsi que l'a dit le maître, point de liberté, de bien ni de