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mal, de beauté ni de laideur, de vertu ni de vice, toutes choses relatives au microscope des convenances humaines: mais la nature, Tessence des choses, la nécessité, voilà les seuls principes qu'on y reconnaisse. L'expérience, la psychologie, la morale, l'histoire parlent de forjnesbelles ou laides, d'actions Hbres ou fatales, justes ou injustes, de choses parfaites ou imparfaites ; la métaphysique jo'a qu'un mol pour expliquer, pour réduire toutes ces distinctions à leur jusie valeur, le mot vérité. Toutes choses sont au fond, comme elles doivent, quand elles doivent, où elles doivent être. £/fc, fait leur beauté, leur bonté, leur perfection; persévérer dans rêtre est toute leur loi. Et comme il leur est impossible de s'y soustraire, attendu que leur être c'est leur substance, et que leur substance c'est Dieu, Spinosa, l'esprit le plus conséquent qui ait jamais été, a manqué à la logique, en traçant un itinéraire à l'activité humaine, comme s'il était possible à l'homme de ne pas obéir à sa nature.
Le Métaphysicien. — Voilà le langage de la logique. Spinosa serait jaloux de votre mépris pour le sens eommun, l'expérience et la psychologie. J'aime à vous voir cette ardeur de néophyte qui, une fois entré dans la voie, la parcourt d'un trait sans regarder derrière.
Le Savant. — Voici l'ironie qui reparait sur vos lèvres. Est-ce que la métaphysique rationnelle ne serait pas encore votre dernier mot ? Est-ce la logique qui serait en défaut? ou bien est-ce la raison? -
Le Métaphysicien. — Je crois notre logique irréprochable, et je ne vois pas que nous ayons tiré dje notre principe une seule conséquence (jui n'y soit rigoureusement contenue.
Le Savant. — Alors c'est la raison qui est en défaut.
Le Métaphysicien. — 11 le faut bien. La raison et la logique
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ont beau parler haut, elles ne peuvent faire taire la nature et rexpérience ; la philosophie idéaliste se heurtera toujours contre l'invincible réalité. On ne fait pas ainsi impunément violence au sens commun et au sentiment moral ; décidément une doctrine est jugée, quand elle porte dans son sein de pareilles conséquences. Spinosa a eu le courage de persévérer. Mais, à côté des hautes et profondes vérités que Ton peut dégager de son système, qui a jamais songé à relever son monstrueux falahsme ? Si la raison a le droit et le pouvoir d'en corriger, parfois d'en réformer le témoignage, elle n'a pour cela nije droit, ni le pouvoir de l'étouffer, du moins en ce qu'il a de sensé, de nécessiiire, d'indesUuclible. Il est une vérité qu'il ne faut pas oublier, quand on parle des corrections de l'expérience par la raison ; c'est que l'expérience ne se laisse corriger que par ses propres données, et que la raison ne réforme les fausses ou étroites conclusions d'un premier témoignage que sur un second témoignage plus sûr ou plus complet, mais émané de la même source. Donc la correction de l'expérience par la raison n'implique nullement la contradiction absolue, radicale des deux facultés, des deux sources de la connaissance humaine. Or ce qui m'arrête, c'est cette contradiction entre Texpérience et la spéculation, entre Ja physique, la psychologie, l'histoire, les sciences expérimentales d'une part, qui toutes attestent la réalité, la dépendance, la contingence, le changement, la vie, la mort, l'individualité, la personnalité, la liberté des choses et des êtres, et de l'autre la n>étaphysique qui proclame la substantialité, l'indépendance absolue, l'éternité, l'immensité, l'immutabilité, la nécessité de l'êlre et de la vérité. Et remarquez bien que la contradiction est manifeste. Il ne s'agit pas d'objets différents, de Dieu et du monde,
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mais d'un seul et même objet, le monde, sur lequel Texpérience et la raison tiennent un langage contraire. Une telle antinomie est bien grave; car elle révèle une profonde anarchie dans Tesprit humain. Et j'avoue que, si |e la croyais réelle, j'y verrais un argument invincible contre la capacité de l'esprit humain, en fait de métaphysique, de science et înême de croyance quelconque. Mais je soupçonne heureusement ici quelque illusion.
• Le Savant. — Comment, la raison aussi aurait ses illusions, conwne Texpérience ef l'imagination ? Alors quel espoir nous rester a-t-il, s'il est vrai que la faculté du vrai (vous Tavez dit) soit elle-même sujette à illusion ? Puisque la raison nous trompe, aussi bien que Timaginatioa et l'expérience, tout est dit. Nous voici, ce semble, arrivés au terme de notre recherché ; notre conclusion est l'impuissance de l'esprit humain et le néant de toute métaphysique. ' Le Métaphysicien. — Il n'est pas encore temps de désespérer. Il est certain que nous avons parcouru toute la liste des facultés cognitives et épuisé les sources de la connaissance. L'imagination, l'expérience sensible, la conscience, la raison , tour à tour interrogées, ne nous ont répondu que par des doctrines fausses, absurdes ou insuffisantes. II nous reste encore une ressource.
Le Savant, — Et laquelle ?
Le Métaphysicien. — De consulter simultanément les facultés qui nous ont mal répondu séparément, de chercher dans la synthèse ce que nous n'avons point trouvé dans l'analyse, de substituer la méthode éclectique aux systèmes exclusifs. Peut-être l'esprit humain tout entier, imagination, expérience, conscience, raison, nous donnera-t-il enfin celle vérité tant désirée que nous avons vainement demandée à
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cliuquc fucullc en particulier. Pcul-circ les divers syslemcs auxquels nous n'uvons pu nous arrêter, le matérialisme, le spiritualisme, ricléalismo, sont-ils des Tnigmcnts de vérité qu'il s'agirait seulement de réunir, pour en composer la vérité totale, adéquate à la nature même des choses. Vous voyez que la métaphysique i)osscde encore un moyen de s'en tirer. Nous Texaminerons dans notre prochain entrelien. (1)
(i} Idéalisme n^est peiit-éire pas le mot propre pour exprimer la mêlaphysique de la raiion. Baiionalisme serait ce mot ; mais l'iiisloire loi a doané une autre sigoiflcation. Panthéisme exprimerait plus exactement la doctrine dont il s'agit; mais nous avons dû nous conformer à la tradition et à l^lilstoire, en nous serrant du mot Idéalisme.
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