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A L'EXAMEN SPECTROSCOPIQUE DU SANG LAQUÉ DILUÉ

Sous une grande Epaisseur

Presque toutes les observations de spectroscopie biologique, et notamment celles dont vient de s'occuper la première partie de ce {ravail, ont été faites sur de faibles épaisseurs de liquide, en général ! à ? centimètres. C’est que l’on pense généralement qu'on peut avoir toutes les absorptions possibles en faisant varier la concentration seulement. Presque tous les auteurs écrivent que faire varier la concentration ou faire varier l'épaisseur, cela « revient au même » '. M. p£ Tuigrry * dit, cependant, avoir démontré expérimentalement, dans toute son exactitude, le principe suivant: le pouvoir absorbant augmente plus vite avec l'épaisseur qu'il ne diminue par la dilution, et cela jusqu'à une limite assez reculée. Ce qui le conduisit à faire construire différents appareils, dits «grands spectroscopes d'absorption » (1885) ou « héma-

1 Cf. Hénocque (Spectroscop. biol.). L.-G. de Saint-Martin (Spectrophot. du

sang, p. 53), etc. | 2 Introduction à l'étude de la chimie. Paris, 1906, p. 291, Voir ce même

ouvrage pour les autres indications bibliographiques concernant cet auteur,

TRES spectroscopes » (1888, 189%.) Il observa ainsi dès 1885 des dilutions sanguines dans des tubes longs de 10 mètres. Je crois qu'à ce point de vue il détient le record. Et si, sous l'influence de la longueur des tubes où on les observe, les dilutions sanguines, ou l'oxyhémoglobine, acquièrent de nouvelles propriétés spectrales, il doit certainement les avoir vues. Il dit, en eflet, avoir ainsi observé, pour l'oxyhémoglobine une nouvelle bande d'absorption dans le rouge. Toutrécemment, MM. Pierre et Via ‘, utilisant le disposilif qui serviten 1897 à Erarp pour l'étude des chlorophylles, signalèrent, dans le spectre du sang, une bande d'absorption non encore observée par eux. Celle bande se (rouve dans le rouge et a son axe vers le À = 63%. Ils l'ont vue en examinant sous une épaisseur de 20° du sang de cobaye à diftérentes dilutions. Si l'on opère à une température variant centre 15° et 22°, la présence de celle bande est incertaine dans les premiers moments de l'observation. En chauffant à 37°, le phénomène est instantané. Les solutions de cristaux d'oxyhémoglobine donnent les mêmes résultats. Le sang dilué avec des solutions isoloniques ne présente pas d’absorplion dans le rouge. Sous l'influence du uorure de sodium, la nouvelle bande d'absorption passe du 2 —63%4 au À — 612. Eludiant, à ce moment, la modificalion du spectre de la méthémoglobine sous l'action du fluorure de sodium, et cette modification se traduisant surtout par le remplacement de la € bande de à mélhémoglobine » ( — 634) par une nouvelle bande vers le } — 612, nous avons fait remarquer alors?, mon maitre le P° Vizze el moi, que la nouvelle bande de MM. Pieltre el Vila élait due, sans doute, à une mélhémoglobinisalion partielle de la matière colorante du sang. La diffé-

1C.R, 140, 390 (6 février 1905).

* Ville et Derrien, G., R., 140, 743 (13 mars 1905).

rence que ces auteurs indiquent entre le sang laqué et le Sang qui a conservé son intégrité globulaire, grâce à des solutions isotoniques, confirmait notre manière de voir: celte différence s'expliquant en effet, comme on l’a vu, par la plus grande résistance à la méthémoglobinisation qu'offre l’oxyhémoglobine fixée dans le globale rouge.

Sur ces entrefaites, MM. Piettre et Vila! s'étaient aperçus que l'axe de leur nouvelle bande coïncidait avec celui de la bande classique de la méthémoglobine. Us maintiennent cependant que,dans leurs observations, la bande en question appartient bien à loxyhémoglobine, parce que des cristaux ‘ de celte substance, récemment préparés et écrasés entre deux lames de verre, la présentent nettement. Ils conciuent donc que l'oxyhémoglobine possède ui spectre à 3 bandes ?. Mais si des cristaux écrasés entre deux lames de verre présentent, sous cette faible épaisseur, cette bande, elle n’est donc pas due, comme ils l'avaient indiqué *, à « la longueur de la colonne de substance active traversée par la lumière ». D'autre part, le fait que des cristaux d’oxyhémoglobine présentent cette bande ne veut pas dire qu'elle fasse partie du spectre de l’oxyhémoglobine. Onsait, au contraire, combien ilest difficile de se mettre à l'abri de Lous les agents méthémoglobinisants qui interviennent dans la préparation de ces cristaux J'ai, à plusieurs reprises, attiré l'attention sur ce point dans l'étude des « agents méthémoglobinisants ». On ya vu notamment l’action méthémoglobinisante de l’éther incriminée par Mayer “. Or MM. Piettre et

Vila ont employé l'éther *.

1 P.et V. C.R., 140, 685, (6 Mars 1905).

2 pet V. CG. Ro 140, 1060 (10 avril 1905),

3 P,et V.CG.R., 140, 390 (6 février 1905).

4 CO. R. 109, 156, (1889). | 5 P et V. Bull. Soc. chim. (3), 83, 507, (20 avril 1905).

ERA Te

On sait aussi que dansle procédé d'HoPpk-SeyLer, employé par ces auteurs, « les eaux-mères contiennent toujours de la méthémoglobine en quantité d'autant plus forte que l'on a employé plus d'alcool et que la température était moins basse » (HeNnINGER)". On sait, d'autre part, depuis Hoppe- SeyLer (1865), que le fait de dessécher les cristaux d’oxyhémoglobine les méthémoglobinise en partie. Les oxyhémoglobine et méthémoglobine du même animal sont isomorphes. Certains auteurs ont pu observer la transformation dans le cristal?. El nous avons vu des expérimentateurs, ayant sur la question le plus d'autorité, notamment Hüvener*, employer, comme méthémoglobine cristallisée, des cristaux d’oxyhémoglobine qui s'étaient spontanément méthémoglobinisés...… |

D'ailleurs, MM. Piettre et Vila ont, dans quelques cas, oblenu des cristaux d’oxyhémoglobine ne présentant pas dans leur spectre la bande dans le rouge : notamment en partant du sang de cobaye". Ces cristaux étaient sans doute ceux obtenus sans intervention d'alcool”?.

Comment done attribuer à l'oxybémoglobine cette absorp- Lion capricieuse, inconstante et sans aucun rapport avec les absorplions classiques du vert? Mème à l'examen spectroscopique en tubes longs, la présence de la bande à } = 634 est incertaine (à 17°.22°\ dans les premiers moments qui suivent la prise du sang° ; mais on la fait toujours apparaître en chauffant vers 3827.

1e suppl. au Dict, de Vüriz, article Hémoglobine, p. 897. ? Uhlik, — Pflüger's Archivf. Physiol., 104, 78-79. $ Hüfner et Reinbold. — Engelm. Archiv f. Physiol, 1904, suppl. 392. 4 P. et V. Bull, Soc. chim., 20 avril 1905, p. 509,

SPretaVe, ten D 501

6 Piettreet Vila. — C, R., 140, 390.

7 P.et V. Bull, Soc, Chimiq., 20 avril 1905, p. 507,

RL Are

Or, cela est conforme aux observations faites sur l’action méthémoglobinisante de la chaleur. Nous! l'avons démon tré de nouveau en nous plaçant à l'abri des microbes. On ne peut doncatlribuer à l’oxyhémoglobine la bande à 1 — 634 qui traduit ainsi une modification lentement progressive de celle matière colorante : modification qui consiste en sa transformalion en mélhémoglobine.

D'ailleurs. toutes les réactions spectrales, indiquées par MM. Piettre et Vila pour leur bande à 2 — 634 et observées : sous 20%, ne sont, pour la plupart, que celles connues pour la bande de la méthémoglobire; ou, peuvent aisément s’obtenir avec des solutions de méthémoglobine cristallisée, observées sous un ou deux centimètres seulement.

Je pourrais indiquer encore contre l'interprétation de ces auteurs, que, comme je l'ai observé, même sous 20°", le sang saturé d'oxyde de carbone ne présente pas (ou ne présente que très lardivement) la bande à 1 — 631. Et cela est conforme aux expériences de WzyL et Anrep et de BERTIN- Sans et Morressier, qui ont montré que la carboxyhémoglobine résiste mieux que l'oxyhémoglobine aux agents méthémoglobinisauts.

Il est donc démontré, et surabondamment, que Ia bande qu'ont vue, dans le rouge M. be Turerry et MM. Pierre et Viza, en examinant des dilutions sanguines sous une grande épaisseur, n'est autre que la bande de la Méthémoglobine.

On comprend alors que lexamen spectroscopique des liquides, dans ces conditions, puisse déceler la méthémoglobine là où l'on ne pouvait la mettre en évidence par l'examen spectroscopique ordinaire : mais on ne comprenait pas que le seul fait d'observer une matière colorante sous une grande épaisseur puisse lui conférer des propriétés spectra-

1 Ville et Derrien, CO, R., 140, 1195.

EE, D Pr

Ë L les nouvelles : plusieurs auteurs, et notamment M. Erarn”, ayant montré que les spectres absorbés sont des spectres de molécules.

Les publications de MM. Piettre et Vila auront eu néanmoins le mérite d'appeler de nouveau l'attention sur la facilité avec laquelle se méthémoglobinise la matière colorante du sang. [était si fréquentde rencontrer la bande de la méthémoglobine ? à l'examen spectroscopique des liquides bématifères, qu'on oubliait l'importance que pouvail avoir par ailleurs ce fait.

Si l’on s’en rapporte aux conclusions de MM. Piettre et Vila, il semble que la matière colorante du sang doive commencer à se méthémoglobiniser dès le laquage. Ces auteurs indiquent en effet que la bande à à — 634 fait partie du spectre de l’'oxyhémoglobine dès que le pigment sanguin a quitté le complexe qglobulaire*.

C'est que, dans les conditions de température où ils se sont placés, la méthémoglobinisalion peut commencer dès ce moment, comme nous l'avons indiqué “.

Mais si on se place dans des conditions où cette méthémo globinisalion ne se fait pas, on peut avoir des solutions d'oxyhémoglobine ayant quitté le «complexe globulaire » el ne présentant pas cependant de bande dans le, rouge même sous 20°”.

? Lambling, par exemple, écrit (article Hémoglobine, loc., cit. p. 46): « Souvent on aperçoit en même temps, dans le rouge, entre C et D, la bande de la méthémoglobine, parce que ce composé prend naissance aux dépens de l'oxyhémoglobine sous des influences multiples, »

SP'etV C.1R: 14001060.

4 Ville et Derrien. 140, 1549,

OT

MM. Pieltre et Vila disent eux-mêmes que le sang laqué, : maintenu à 0°, el examiné sous 20%, ne préseute pas de bande dans le rouge".

Nous avons vu, d'ailleurs, en éludiant l'action de la cha: leur, que Horrs-SexLer indiquait, dès 1865, que la transformalion de l'oxyhémoglobine en méthémoglobine ne peut êlre évilée qu'au-dessous de 0°, et que Drrrricu (1891) conslalait que, si du sang dilué à 1/70 présentait, sous faible épaisseur, el à 48°, la bande dans le rouge au bout de 17 heures, le même sang, maintenu à 0°, ne la présentait pas encore au bout de 14 jours.

L'ensemble de ces faits et l'interprétation que nous en avons donnée conduisent ainsi à ces conclusions intéressan£es :

1° Le laquage n'est pas à lui seul un agent mélhémoglolhi-

nisant.

2° En dehors du globule rouge et au-dessus de 0°, l'oxyhémoglobine est toujours mêlée de plus ou moins de méthémoglobine.

A propos de cette dernière conclusion, un rapprochement s'impose, intéressant au point de vue des caractères généraux de la biologie du sang. De même qu'en dehors du globule rouge, l'oxyhémoglobine n’est stable qu'au-dessous de 0°, de même en dehors des vaisseaux, le sang total n’est stable qu’à la même température. Si l'on élève celle-ci, le sang se coagule, — l’oxyhémoglobine se méthémoglobinise

progressivement.

* * L'observation spectroscopique sous grande épaisseur permet ainsi de suivre les premiers slades de la méthémoglo-

1P,et V,C. R. 140, 1060,

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