‹ La MéthémoglobineChapitre 4 sur 23 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'étude de la méthémoglobine n’occupe évidemment qu'une place restreinte dans le domaine si vaste el encore si inexploré de la chimie du sang. Le chercheur attiré vers elle par la simplicité apparente de la méthode d'investigation, utilisée par ses devanciers, y pénètre à La lumière d’un prisme et n’y rencontre que des spectres, des ombres... sous lesquels la réalité chimique se dérobe d’une façon décevante... Et cependant, l'intérêt scientifique de celte étude — quand elle sera suffisamment avancée — ne sera pas seulement celui d'une collection de faits curieux ou d’une monographie sans portée; j'essaierat de montrer comment on peut déjà s'y élever, parfois, à des considérations générales sur la Biologie du sang.

Au point de vue pratique, cette étude peut avoir quelque utilité. Certes, l’hématologie médicale contemporaine, prenant un grand essor sur des terrains plus larges, plus féconds et aussi plus en faveur (formules hémoleucocytaires, biochimie du globule blanc, étude des propriétés biologiques du sérum...) paraît délaisser la méthémoglobine et ne plus

A0 — la maintenir, par des progrès nouveaux dans son étude, à la place que lui donnait Haye en 1889 *.

J'ai essayé de rassembler dans un chapitre « La méthémoglobine en médecine » les notions utiles qui dérivent de la connaissance de cette allération de la matière colorante du sang. On verra aussi que l'hygiène sera redevable à la méthémoglobine d'une nouvelle méthode — rapide et facile — pour la recherche des anliseptiques, illicitement introduits dans les substances alimentaires, qui étaient jusqu’à présent les plus difficiles à y déceler, — les fluorures.

Mais il semble que la méthémoglobine doive toujours se ressentir des hésitations premières de HoPpe-SEYLER, qui la découvrit (1865) ; et, malgré les travaux qui se sont attachés à établir son individualité chimique, des doutes se renouvellent de temps à autre sur son existence. Tout récemment encore, en examinant au spectroscope les liquides sous une grande épaisseur, on signala la bande de la méthémoglobine dans les spectres d’aborption du sang laqué et des solutions d'oxyhémoglobine. Cette bande était présentée comme nouvelle et appartenant à l’oxyhémoglobine. Ce qui conduisit les auteurs de cette découverte à nier ensuite l'existence de la méthémoglobine.

J'étudiais, en cemoment, en collaboration avec mon Maître, M. le professeur Vice, l'action du fluorure de sodium sur la méthémoglobine ; et comme cette action était spectroscopiquement la même sur la bande de la méthémoglobine et sur la « nouvelle » bande de l’oxyhémoglobine, il nous fut facile de mettre d'accord les observations en question et les données classiques. |

est l'exposé de ces recherches et de ces critiques — et

! Ilest intéressant de comparer à ce point de vue le traité de Hayem (Du sang, Paris, 1889) et le récent livre de MM. Bezançon et Labbé (Traité d'hématologie, Paris, 1904).

ire le développement de leurs conséquences — qui sont la raison d’être de cette thèse et qui en constituent plus particulièrement la partie originale.

Je l’ai fait précéder d'un essai de coordination et de critique des travaux récents sur la méthémoglobine. Il s’est forcément glissé, là aussi, quelques indications nouvelles et certains aperçus incomplets que je me propose de reprendre plus tard. Celle première partie commence au point où l'avait laissée la thèse qu'un de mes maîtres les plus estimés, M. le professeur Henri BErrTIN-SANS, soutenait ici-même, il y à dix-huit ans. Pour Ia première fois alors, toute la question de la méthémoglobine était méthodiquement examinée, expérimentalement critiquée et judicieusement mise au point. Aussi est ce pour moi un plaisir de remercier aujourd'hui M. le professeur BERTIN-Saxs d’avoir bien voulu être l’un des juges d’une dissertation inaugurale qui se rattache si étroitement à la sienne.

Si le présent lravail a quelque mérite, si même il a vu le jour, il le doit aux conseils et surtout à l'impulsive collaboration initiale de mon excellent Maître, M. le professeur ViLLE qui, pendant les cinq années que je viens de passer auprès de lui, comme préparateur, a mis toute sa bienveillance à m'armer pour l'étude pénible, obscure, mais si passionnante de la chimie des êtres vivants, — qui maintes fois m'a faitle grand honneur de m'associer à ses travaux, — et dont la belle ténacité au travail et le rigoureux esprit de contrôle expérimental seront-toujours pour mot un exemple qui me gardera des découragements trop prompts et des écarts d’une imagination trop vive. Il à droit à toute ma reconnaissance et je suis heureux de pouvoir ici la lui exprimer de tout cœur.

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