‹ La méthode biographique de critique littéraire et Sainte-BeuveChapitre 3 sur 5 · TOUTE VIE HUMAINE EST-ELLE INTÉRESSANTE PAR ELLE-MÊME · texte numérisé non relu

TOUTE VIE HUMAINE EST-ELLE INTÉRESSANTE PAR ELLE-MÊME

Voilà certes une question à laquelle notre époque ne sera point embarrassée de faire réponse. L'histoire n'en est plus, grâce à Dieu, à ne se composer que des hauts faits des rois et des conquérants, et, à la suite des Augustin Thierry et des Michelet, nous aimons les détails pittoresques et caractéristiques sur les humbles, cette poussière souvent anonyme, mais agissante, de la politique et des batailles. De même, les rois de la pensée et les conquérants d'idées, les grands écrivains en un mot, ne sont plus seuls à occuper la scène de la critique : les auteurs minores, voire les rninimi viennent tour à tour réclamer aussi leur part des regards du public. Parallèlement, dans le domaine intellectuel et dans la société, se fait l'ascension des prolétaires. Le romantisme y aida. Non seulement l'école nouvelle avait des origines dites alors « libérales », c'est-à-dire se rattachant aux traditions de la Révolution, mais elle se complut, par passion de l'antithèse; à

par Georges Renard, qui donne à la biographie une part exacte, mais modeste (p. 60-63). — L'A.me et l'Evolution de la littérature, des origines à nos jours, Paris, Société française d'imprimerie et de librairie, 2 vol. 1903, par Georges Dumesnil, qui, dans une réaction de spiritualisme généreuse, mais assez vague, fonde tout son système sur Vàme en général.

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produire en pleine lumière, en face des grands personnages, l(;ls que François T-'", GliarJes-Quint ou le capitaine Phéhns, les parias de la société, les ïriboulet, les Quasimodo ou les Jean Valjean. Le roman rivalisa avec la poésie : Balzac el Flaubert nous intéressèrent aux âmes, fort médiocres en somme, des Birotteau et des Bovary, leurs successeurs nous touchent par l'histoire si simple des « frères Yves » et des (( bonnes Perrettes », il se lit donc une universelle démocrcUisatioîi des personnages qui retiennent lattention de la foule.

Dans le monde qui pense, la féconde méthode de l'évolution est venue encourager cette tendance, en prouvant que les humbles cas sont instructifs et figurent comme les maillons serrés de la grande chaîne progressive des mouvements d'idées.

En même temps, par suite de la chute des douanes intérieuies de la société, et du progrès matériel des communications, les hommes se trouvèrent rapprochés; la sympathie, qui n'est que la consonnance des sensibilités, s'en accrut, et le sentiment de la solidarité sociale et humaine se développa dans une ample mesure.

En conséquence, il n'est pas une vie d'homme, quelle qu'elle soit, qui n'attire un peu de notre curiosité et beaucoup de notre sympathie. C'est même en définitive l'objet qui attire par excellence, nous voulons dire le plus de personnes, et chacun de nous le plus immédiatement. Sans doute, la méditation des idées générales, la création ou l'analyse de la beauté esthétique sont singulièrement passionnantes. Mais la première n'est que le partage d'esprits d'élite, et encore ne se produit-elle chez eux que moyennant certaines précautions et à certaines heures privilégiées; quant au beau, il ne vise qu'à réaliser plus àliumanité, mais c'est de l'humanité élaborée artificiellement et noblement d'ailleurs par l'art et extraite de la vie. Or, le spectacle direct de la vie séduit beaucoup plus souvent les hommes et un bien plus grand nombre d'entre eux que tout le reste : une preuve brutale en est que la masse des lecteurs de journaux se jette avant tout et parfois exclusivement sur les faits-divers et les feuilletons, c'est-à-dire, d'une part, sur les événements graves arrivés à des congénères dont on ignore et dont on ne cherche même point à retenir le nom, d'autre pari, aux récits d'existences iiiiaginaires (|u'ouvre au\ hM'Ieui's i'habih'té des romanciers.

Dans le cours de nos jouiih'm^s à chacun, ([u'esl-ce qui nous intéresse donc plus universellement, plus inunédialemenl, plus inlassablement, que la vie d'un de nos semblables, qui nous sera soudain révélée par un récit bien fait, par une confidem^e sincère,

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par une de ces surprises quelconques du hasard qui viennent parfois nous découvrir l'intimité d'un foyer ou le Iréfond d'une destinée?

C'est que, toul occupés nous-mêmes et tendus à vivre, nous regardons de tous nos yeux comment Ton vit à côté de nous, conuneiit nos compagnons de bord se tirent de la multiple difficulté de vivre, comment chacun d'eux résout pour son propre compte tous ces problèmes de sa formation personnelle, de la religion, de Thonneur, de Tamour, du mariage, de la naissance des enfants et de leur éducation, de l'argent, du support des maladies et des déceptions, du vieillissement dont secrètement on s'aperçoit si vite, alors même qu'on est encore dit jeune, de la vieillesse, de la mort.

Cet appétit de la vie des autres et du « vécu », qu'a dCi ressentir, j'imagine, l'humanité à toute époque, est bien puissant à la nôtre, puisque, depuis cent ans, il s'impose à l'art sous les noms divers de romantisme, naturalisme, réalisme, naturisme, pleinairisme, tranches de vie, etc., etc.. Le public réclame perpétuellement qu'il y ait le moins de différence et de transposition, le plus d'identité possible entre la vie, matière de l'art et l'art lui-même : à mesure que les écoles, planant de leur propre vol, s'éloignent du sol de la terre, il les y rappelle, et toutes les réformes esthétiques depuis un siècle ont été un effort plus ou moins heureux, de rapprochement vers la réalité de Idivie. Les preuves en seraient trop faciles à trouver dans l'évolution du théâtre, de la poésie lyrique ou du roman.

D'autres preuves se peuvent tirer du genre de goût actuel du public français pour l'histoire : on sait avec quelle furia il s'est jeté naguère sur les « Mémoires », qui ne sont autre chose que de l'histoire « vécue », et voici qu'il encourage depuis peu ce que je me permettrai d'appeler « l'histoire romancée ». Il favorise visiblement aujourd'hui les historiens qui mettent dans leur histoire encore plus de vie que leurs prédécesseurs, en y introduisant des personnages fictifs, mais vraisemblables, qui incarnent toute une classe sociale ou un état d'esprit collectif. Voilà comment, sous quelques plumes éminentes^ « l'histoire romancée » paraît presque sur le point de se confondre avec le roman historique, si aimé encore de notre génération, qui a fait récemment, à l'une de ses œuvres venues du Nord, un extraordinaire succès.

De tout temps Ton a donc aimé à connaître d'une façon vivante la vie des hommes, de tous les hommes, et depuis un siècle plus

' Les Lenôtre, Funck-Brentano, frères Margueritte, M.-R. Monlaur,etc...

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qu'on ne l'avait jamais fait, et notre génération, à cet égard, semble renchérir encore sur ses aînées, en s'ajjpropriant le fameux mot de Térence, légèrement modifié : « Je suis honnne et je considère que nulle vie d'homme ne m'est étrangère. »

Une semblable curiosité procède peut-être encore d'un inconscient retour sur soi-même et sur la dignité humaine, et celui qui prend intérêt à une biographie quelconque se dit peut-être, à son insu, que toute vie d'homme a le droit d'être connue. Chaque être humain ayant tiguré sur la terre n'a-t-il point légitimement quelque aspiration à ce que l'on conserve la trace et le souvenir (le son passage, pour ne point retomber dans le néant de l'éternel oubli, tout comme les simples insectes que sa marche a foulés et les animaux dont s'est nourrie sa chair? Il tente désespérément, de toutes ses forces, d'atteindre, suivant ses moyens, à une telle survivance : tantôt c'est en s'adonnant à la carrière laborieuse de l'ambition, tantôt par des fondations pieuses ou académiques, etc., et l'on pourrait retrouver sans doute un vestige obscur de la force de cette aspiration chez la masse dans l'inscription maniaque des noms, graffiti de tous les siècles, sur les monuments publics et jusque sur les arbres renommés des forêts, surtout chez les pèlerins qui ont fait quelque effort pour les aller visiter.

Il n'est guère possible de supputer le nombre de choses physiques et morales dont nous aurions la clef si, exactement, nous connaissions ainsi, chacun, nos ascendants, c'est-à-dire les personnes de qui nous tenons l'être, le sang avec ses richesses et ses faiblesses, et beaucoup de nos idées. Sans compter le culte des ancêtres qui y gagnerait, tandis qu'il se trouve si peu d'hommes qui sachent quelque chose de précis sur leur propre famille au delà de deux ou trois générations, nous ne devons point oublier que le document humain, c'est-à-dire les observations sur l'individu, forme la matière de l'art, de la littérature et de la plupart des sciences morales ou biologiques. Trop absorbée malheureusement par sa dépense d'énergie quotidienne, l'hunumité ne fait pas ses relevés de compte. Mais de quelle ressource ce serait et pour la famille et pour le penseur, si de chaque existence éteinte il demeurait une notice ou au moins une « llche » biographique bien faite, sincère et équitable celle-là! Alors on aurait la raison de bien des intluences héréditaires qui s'exercent indéniablement sur chacun de nous, et l'on entendrait, par-delà le temps, résonner au vrai la voix des « morts qui [>arlent ». Le jour où une personnalité marquante surgirait dans une race, la consultai ion d'une pareille « généalogii^ biographique » ferait comprendre en grande partie, — la liberté de

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l'âme demeurant entière, — par quelles réserves de sève lentement accinnulées a pu être préparée une fleur de vei'tu ou de talent, d'héroïsme ou de génie. Ce serait une manière de pénétrer les secrets les plus délicats de la nature, peut-être même de soupçonner (juelques-uns de ceux de la Providence.

En attendant lavènement de ces ressources plus complètes dont disposeront, il faut l'espérer, nos neveux, et à ne se servir que des existantes, Ton voit que Sainte-Beuve eut raison de nous révéler le secret de Tintéret qui git dans les vies, toutes les vies, des vies moyennes ou môme complètement ordinaires en apparence, telle celle d'une jeune receveuse des postes, dans le Perche, cette Christel, qui termine par une idylle touchante les Portraits de Femmes; telles encore ces vies modestes de solitaires ou de religieuses, qu'il nous a racontées en perfection dans son Histoire de Port-Royal.

C'est bien ce premier principe qu'il transporta dans la critique littéraii'e : « Ce que j'ai voulu en critique, disait-il dans sa maturité, ça été d'y introduire une sorte de charme et en même temps plus de réalité qu'on n'en mettait auparavant, en un mot de la poésie à la fois et quelque physiologie. * » Cette réalité et cette physiologie qu'il souligne lui-même, qu'est-ce autre chose (jue la vie et le teinpêrament de l'honune, par lesquels il éclaire l'écrivain? Nous avons donc à nous poser maintenant notre seconde question.

LA lilOGRAPHIE d'uN ÉCRIVAIN EXPLiQUE-T-ELLE EN PARTIE SOx\ ŒUVRE?

Que se propose donc la critique littéraire, sinon Ci expliquer et de juger les ouvrages de littérature, c'est-à-dire 1" d'éclairer les idées et les sentiments qu'ils contiennent, 2" d'apprécier la part de beauté qu'ils présentent?

Avant le dix-neuvième siècle, elle se contentait déjuger et de confronter chaque œuvre avec les règles esthétiques qui, dogmatiquement, s'imposaient au genre correspondant. Traitant un ouvrage tout comme un bolide qui aurait chu du ciel, elle s'exposait à des lacunes et à des méprises étranges, en ne tenant quasi aucun compte des circonstances qui l'avaient vu naître, des influences qu'il avait subies. Mais, il y a près d'un siècle, la critique littéraire ne se satisfit plus à aussi bon compte : appliquant, elle aussi, la méthode des a sources », elle se proposa le

^ Portraits littéraires, nouvelle édition, t. 111, p. 546. .

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pins souvent de remonter aux sources naturelles de ehaqne écrit, en un mot d'expliquer avant de juger, ce qui lui permettait de juger, après ce long travail préalable, beaucoup plus équitablement l'originalité de l'écrivain : tel un magistrat, en face d'un prévenu, cherche à sonder la genèse et les mobiles de Tacte et mesure ainsi plus exactement la responsabilité morale de l'homme. Pour être vrai, il convient de reconnaître que, souvent, la critique du siècle dernier, curieuse de tout, même de ce qui n'ofTrait pas une grande valeur proprement esthétique, a tendu, par réaction, à s'absorber dans la tâche de V explication pour faillir un peu au ministère du juge?nent, notamment du jugement moral.

Les sources propres d'une œuvre sont manifestement dans l'époque, les circonstances où elle s'est produite, les empreintes qui ont marqué sur elle, le tour que lui a conféré son auteur, en un mot elles se peuvent ramener à l'artiste qui l'a créée avec sa date, sa race, son pays, ses idées et ses sentiments, son tempérament propre. Par exemple, quiconque a ressaisi, dans sa vie familière, le naturel âpre, brusque, sec et simpliste de Malherbe, entêté de clarté et d'ordre religieux et politique, comprend sans peine le caractère de son lyrisme et de sa réforme du Parnasse. — Pour qui sait la naissance en Orient d'André Ghénier, le tils de la belle Grecque, et son enfance dans la serre chaude des vallées du Languedoc, s'explique tout uniment comme le jeune poète a pu entrer de plain-pied dans l'antiquité, et, entre autres choses, pour être plus précis, la vivacité dont il rend les impressions de fraîcheur'. — Notre illustre contemporain, M. Sully-Prudhomme, le philosophe-poète, ne s'éclaire-t-il pas singulièrement avec ses nobles et éternelles incertitudes métaphysiques, si l'on connaît ses attaches avec la brumeuse ville de Lyon, d'où était sa mère pâle et triste, où les âmes, reployées sur elles-mêmes, ont coutume d'être inquiètes des grands problèmes; où liù-même, à la vingtième année, connut une sorte de vision religieuse -? Voilà ce qui, dans une large mesure, a commencé, avec des précisions diverses, à être déterminé au dix-neuvième siècle.

Villemain, dans ses brillants tableaux, tint compte largenuMit de l'histoire de la société. Mais c'est Sainte-Beuve qui, à notre sens, signala avec le plus de finesse et le plus de tact, les sources historiques et surtout personnelles d'une œuvir d'art littéraire. Sans théorie tapageuse, chei'chantavcH' son bon sens a\iséà appliquer son idée neuve, après maints tâtonnements, (|ue M. (i. Mi-

^ Nous avous développé cette idée dans notre étude sur André Cliénier [Correspondant du 25 octobre 1001, p. ^.>77-279). - Cf. Gaston Paris, Penseurs et Poètes, p. 171.

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ehaiil vient do si l)ioii nous déduire' , il nous a donné riniuntahle galerie des Lundis, où il n'a point snbslituê, eomine on l*a dit, l'étude des écrivains à celle des œuvres, mais accompCK/iiv lune par l'autre : nous avons analysé, au commencement, la savante marche littéraire \n\v échelons biographiques^ qui est proprement sa manière.

En inaugurant cette méthode pleine du <( charme » qu'il sentait bien, Sainte-Beuve avait compris à merveille qu'elle l'éalisait par surcroit son tout féminin désir de plaire, qui fut l'un des traits essentiels de sa nature. Puisqu'il avait formé l'entreprise hardie et contestable de faire descendre la critique littéraire érudite des ouvrages spéciaux et des chaires d'enseignement supérieur dans la presse quotidienne, rien ne la pouvait mieux favoriser : le grand public se lasse, en effet, très vite des questions d'art pur, il est friand, en revanche, des traits de biographie, qui rafraîchissent son attention, nous l'avons vu, piquent sa curiosité et mettent en œuvre sa sympathie. Aussi, entremêler les questions esthétiques d'anecdotes biographiques et les relier les unes aux autres par leurs délicates affinités, c'était un coup de maître, qui fut l'habileté en même temps que l'originalité de Sainte-Beuve. Non seulement il nous expliquait le caractère des physionomies littéraires, mais encore il rapprochait de nous les littérateurs, en montrant que, tout artistes qu'ils sont, ils sont hommes comme nous, avec des faiblesses comme les nôtres, parfois pires que les nôtres, notamment du côté de l'orgueil, et, en iin de compte, il rapprochait de nous la littérature.

Taine arriva et, avec son esprit puissant, mais insensible aux nuances, s'emparant de la vue juste de Sainte-Beuve, il la mit en système et la faussa. C'est l'opinion généralement admise aujourd'hui par les critiques : mais le public est, en général, très éloigné encore d'une semblable sévérité et cite avec une admiration sans mélange VEssai sur La Fontaine et ses fables, un des livres les plus brillants et les plus faux de la critique française. Sans compter que le fabuliste n'a sans doute jamais eu le dessein de représenter dans le détail, toutes les classes sociales de son époque, ainsi que l'affirme l'auteur, comment peut-on prétendre qu'un écrivain est le produit nécessaire de la racé^ du milieu et du moment; que La Fontaine, par exemple, fut fatalement ce que nous voyons qu'il a été, parce que c'était un Champenois vivant au temps de la cour de Louis XIV? comme si

^ Sainte-Beuve avant les « Lundia ». Essai sur la formation de son esprit et de sa méthode critique. Thèse do. doctorat ès-lettres, 735 pages. Paris, A. Foiitemoing, 4003.

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fous les Champenois de cette époque, qui vinrent à Versailles, étaient nécessairemen devenus des La Fontaine... Que le fabuliste ait reçu de son milieu une certaine empreinte, nous le nions certes moins que personne, et nous admettons fort bien que les alentours et comme l'écorce du génie d'un écrivain soient expli- ({ués par là, mais il n'en reste pas moins vrai que La Fontaine fut La Fontaine surtout par la raison qu'il était La Fontaine, ce qui veut dire qu'il apportait de naissance un ensemble d'aptitudes et de prédispositions qui constituent le fond de sa nature propre : la théorie de Taine ne tient nul compte de cet élément primordial, qui est pourtant l'essentiel et comme la base d'un écrivain, à savoir le tempérament non pas ethnique, mais individuel.

Cet élément premier peut-il donc être atteint par une analyse scientifique? Dans une certaine mesure, croyons-nous. C'est d'abord lorsqu'on aura su, au moyen des exactes notices d'ancêtres que nous demandons plus haut et par cette sorte de généalogie biographique, compter et mesurer les éléments héréditaires qui entrent manifestement dans la composition d'un individu.

Les philosophes modernes allèguent aussi l'état des parents au moment de la conception de l'individu, lorsque du moins il est possible de le savoir.

Nous pensons que la part d'inconnu pourra reculer encore, grâce, entre autres, à une connaissance qui a joui longtemps d'une bien mauvaise réputation et qui fait aujourd'hui hausser les épaules à tous ceux qui ne l'ont pas étudiée de près, autant dire à presque tout le monde : nous voulons parler de l'astrologie scientifique. Nous percevons d'ici les sourires incrédules et moqueurs de ceux de nos lecteurs qui nous ont suivi jusqu'à ce point, et d'avance nous les affrontons bravement comme toutes les fois que la vérité est en jeu. Car enfin il est devenu impossible de nier la réalité des résultats de la moderne science astrale, à la suite des récents travaux, à la fois mathématiques et psychologiques, de M. Paul Flambart et de ses émules : étant donné le caractère et la nature d'un écrivain, par de savants calculs astronomiques il retrouve, à une heure près, la date de la naissance, ou inversement avec la date exacte de la naissance, il reconstitue, sans les connaître, les linéaments d'un (»spril. d'im caractère et même parfois d'une vie. Ainsi, l'un de ses confrères en cette science, à qui Ton a présenté le ciel de nativité de George Sand, a authenti(iu(îment écrit ces (juelques traits d'ensemble sans soupçonner le moins du monde la personne visée :

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