‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · PS IN · texte numérisé non relu

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pas été jugée telle par un corpsqui assurément est en état de l'apr précier. L'épiscopat en effet sen est vivement occupé; les conciles en ont fait la matière de leurs délibérations et de leurs décrets, On sait encore que les plus illustres membres du collége apostolique regardent la réforme chrétienne de l’enseignement comme le seul moyen de salut qui reste à la société. Le cardinal Altieri, entrautres, n'a-t-il pas écrit à Mgr. Gaume qu'on ne pouvait contester l'évidence de sa thèse sans se mettre en opposition avec la vérité la plus manifeste et sans compromettre l'avenir religieux de la société humaine. Quand un homme de cette trempe d'esprit, et si universellement estimé dans la haute position qu’il occupe. sexprime ainsi dans les documents destinés à devenir publics, on doit supposer qu’en effet la question est grave et d’une impor tance majeure,

Les corps enseignant les plus en réputation, tels que les universités d'Oxford et de Cambridge tiennent le mème langage. Les noms les plus grands et les plus respectables au monde, dans la science, dans la littérature et dans la politique ne viennent-ils pas se grouper autour de celui de Mgr, Gaume, et par là donner un démenti solennel à ceux qui, ignorant ce qui se passe autour d'eux, répètent avec satisfaction que la méthode chrétienne est un fruit conçu par quelques esprits faux et exagérés ?

Pour n'en citer qu'un seul, Donoso Cortès, limmortel génie de l'Espagne, le philosophe catholique par excellence, n’a-t-il pas écrit: «Il n'y a que deux systèmes possibles d'éducation: le ‘chrétien et le païen. La restauration du dernier nous a conduits «à l’abîime dans lequel nous sommes, et nous n’en sortirons “certainement que par la restauration du premiers» :

La question des classiques n’est pas importante! Mais qui répète cette chanson dans notre pays? Quelques voix isolées qui voudraient prévaloir contre la voix de tout notre clergé, si éminent en savoir et en vertus. C’est bien ici le lieu de nous écrier avec un orateur célèbre: « N'est-ce pas le comble de la ‘déraison, je dirai presque de l'impiété, de ne compter pour rien “les grands intérêts de la religion, et de les immoler à des «intérêts éphémères, et plus que douteux, de grammaire, de « rhétorique et de poésie, et de vouloir étouffer les nobles accents « de la foi en se faisant l'écho des ricanements de Satan»

ÏIL.

La question des classiques n'est pas une question morte. & Ë Quel est maintenant l'argument que feront valoir nos adversaires contre les preuves intrinsèques et extrinsèques que nous

venons d'apporter en faveur de l'importance de la question des 2*

classiques? Sontils, comme on dit, tellement poussés au pied du mur, qu'il n'y ait plus pour eux moyen de regimber, et qu'il leur faille mettre bas les armes? Non, pas sitôt. Ils ont encore de fortes pièces à faire jouer, comme nous l’allons voir. Tout ce que nous venons d'alléguer, ils le pulvérisent en disant avec un grand sérieux et sur le ton de l'assurance: La question des classiques est née si peu viable, qu'elle est morte en Europe depuis longtemps, et morte pour ne jamais revivre.

Voilà qui est bientôt dit ; mais il serait fort difficile, ou pour mieux dire impossible, de démontrer que cet avancé repose sur un fondement solide. La question des classiques n’est plus guère discutée en Europe, il est vrai, parce que cette question, comme toute autre, ne peut pas être discutée éternellement, La discussion est nécessaire pour faire connaître une question, l'approfondir, pénétrer les esprits de son importance. Cela obtenu, elle doit cesser, et il ne reste plus u'à en appliquer les conclusions pratiques. C'est ce qui a eu lieu en Europe relativement à In question des classiques. Elle a été agitée sériensement pendant longtemps ; aujourd'hui chacun travaille de son côté et sans bruit, les uns à opérer la réforme demandée, les autres à recueillir les heureux fruits que donne chaque jour cette réforme mise en pratique.

Il est donc vrai de dire que la question des classiques est aujourd'hui plus vivace que jamais, car dans plusieurs diocèses de France, dans un grand nombre de diocèses en Lombardie, en Espagne, dans plus de quarante diocèses du royaume de Naples, le plan d’études proposé par Mgr. Gaume a été adopté et fonctionne en donnant des résultats qui surpassent toutes les espérances. S'il y a des évèques en France qui ne font pas encore suivre la mé. thode chrétienne dans les institutions qui sont sous leur dépendance, on sait ce qui met le bon vouloir de la plupart d’entre eux en échec : ils ne sont pas libres à cause des examens pour le baccalauréat que contrôle l'Université de Paris. Son Eminence le Cardinal Gousset, déplorant cet état de choses, disait à son grand vicaire, M. Marin Gauthier : « Si j'étais aussi libre qu'on l’est en Canada, j'adopterais complètement le système de Mgr. Gaume. »

En Italie, la question fait des progrès rapides, malgré les obstacles qu'elle rencontre et qui sont d'un autre genre que ceux qu'elle a à surmonter en France. Le cardinal Altieri, évèque d'Albano, est un de ceux qui sont à la tête du mouvement et qui en accélèrent la vitesse. Grâces surtout au zèle infatigable du saint évêque d’Aquila, Mgr. Filippi, la thèse a fait un pas immense depuis un an. Son fameux discougs, prononcé à l'Académie de la Religion Catholique, a produit partout le plus vif enthousiasme, et a fait naître des convictions chez ceux qui étaient encore indécis et flottants.

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En Angleterre, la question vit, grandit et acquiert chaque Jour de nouvelles forces, L'illustre suecessenr du regretté cardinal Wiseman, Mgr. Manuing, entre complotement dans les vues de Mgr, Gaume et il admet l'urgente nécessité de la réforme des études dans le sens chrétien. |

La Suède luthérienne même à fuit des vœux ardents pour qu'une réforme radicale de l'enseignement vint arracher aux griffes du paganisme les enfants du Christ, et, ce qui est plus, les états généraux de ce pays se sont sérieusement occupés de la réforme en question.

Partout aujourd'hui on comprend cette grande parole qu'un des plus savants évêques de France, Mgr. Parisis, dont la mort récente à été regardée comme une calamité publique, avait prononcée en combattant le système païen au point de vue religieux : « C'est la plus redoutable épreuve de l'Eglise depuis son ber Ce, »

La Question des Classiques considérée relativement à l'étude des langues mortes,

Le système païen n’aboutit qu’à former des élèves d'une ignorance fabuleuse en fait de latin.

Au point où nous en sommes, nos adversaires n’ont plus guère qu'un cri de détresse à faire entendre. Aussi nous disent-ils tout en larmes : Ah ! du moins, sauvons, sauvons le beau latin! Que va-t-il devenir si on ne l’étudie plus ou peu dans les auteurs du siècle d'or ?

est ici l'éternelle fin de non recevoir qu'on oppose à la réforme des études. En vain une raison éclairée, en vain l'histoire montre jusqu'à l'évidence que la société périt par le système d'enseignement païen, on ferme les yeux pour ne pas voir, les oreilles pour ne pas entendre. La bouche seule reste ouverte pour crier : Le beau latin ! Sauvons le beau latin !

Remarquons d’abord que ceux qui réclament le plus fort ne connaissent guère ni le beau, nile latin. Bien loin d’être capables d'improviser, de rédiger même, dictionnaire en main, une seule phrase de ce beau latin auquel ils sacrifient tout, ils ne

sont pas même en état d'en juger. Des faits sont là pour en fournir la preuve à qui la demandera.

Le beau latin ! Mais qu’on nomme donc l’heureux mortel qui le possède, qui le sache passablement après sept ou huit années consacrées à son étude ? Le système actuel d'enseignement a-tl doté notre pays d’un latiniste de quelque renom ? La vieille Europe a-t-elle été plus heureuse que nous sous ce rapport ? Ecoutons des témoins non suspects.

En 1782, Mercier écrivait : « Il y a dix colléges de plein exer- « cice à Paris ; on y emploie sept ou huit ans pour apprendre la « langue latine, etsur cent écoliers quatre-vingt-dix-neuf en sortent « sans le savoir. »

Depuis cette époque s’estil rencontré de meilleurs latinistes : M. Lenormand va nous l’apprendre. Quoique chaud adversaire de Mgr. Gaume, il a publié ce qui suit : «Le dicton des écoles du «moyenäâge trouve à s'appliquer sans restriction chez nous: « Græcum est, non legitus, c'est Au grec, cela ne s'explique pas. « Quant au latin, s’il y a deux cents personnes à Paris et ing cents « dans la France qui en lisent pour leur plaisir, c'est beaucoup « dire, »

Ailleurs il dit: «J'avais fait comme les autres, et générale- “ ment sous de bons professeurs, le cours d'étude de cette fameuse « Université. On trouvera mon nom parmi les lauréats de l'époque ; ‘et pourtant, lorsque je voulus remonter sérieusement à la source «des études classiques, dès la première épreuve, JE ME SENTIS { D'UNE ICNORANCE FABULEUSE. »

Un professeur, examinateur de l'Université, M. Gatien Arnoult, ajoute : « Le grec et le latin, ces objets apparents des études collé- «giales, sont mal enseignés : la nreuve en est que Tous les «élèves ignorent le grec, et qu'aucun ne sait bien le latin. Au « reste, pour la valeur scientifique de l’enseignement en France, «il existe une infaillible pierre de touche ; ce sont les examens « dits du baccalauréat. Eh bien ! je le déclare franchement : il « y a sept ans que j'ai fait pour la première fois ces examens, et « depuis sept ans, je n’ai pas trouvé uN sEuL candidat sur dix « qui répondit même passablement. »

Un autre membre de l'Université, professeur de philosophie dans un des lycées les plus importants, cité par Mgr. Dupanloup,. évêque d'Orléans, écrivait : « Le niveau des études est présentement si bas, que c’est une question de savoir s’il peut baisser encore. Partout, même à Paris, où nos habitudes de centralisation expédient chaque année les plus brillants sujets de la province, la moyenne des classes est déplorablement faible. A

’aris, entre les cinq ou six premiers et le reste de la classe, # y a un abime ; il y en a un autre entre les dix suivants et ce qu'on appelle la queue de la classe. Or, cette queue est interminable. Si bien qu'entre le vingtième et le soixantième, il n'y

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