‹ La méthode chrétienne considérée dans ses avantages et sa nécessité et réponses à certaines difficultés [microforme] (volume 2)Chapitre 7 sur 19 · RATES · texte numérisé non relu

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«Ces appréciations se vérifient de la manière la plus irréfra- «gable et la plus triste aux épreuves du baccalauréat. Les Fa: «cultés ne sont pas bien méchantes ; et cependant la proportion « des candidats refusés pour n'avoir pas su faire passablement «une version est vraiment formidable, Quant aux épreuves « orales, je prie Dieu de toute mon âme qu'il n'y amène jamais «un spectateur allemand ou anglais, ou du moins qu'il épargne « à mon amour-propre la douleur et l'humiliatoin de m'y trouver «à côté de lui. de n'ai pas le courage d'en dire davantage : on « peut aller voir.»

Cette ignorance du latin n'est pas seulement le fait des élèves. elle atteint aussi les professeurs. Il y a cent ans le P. Judde, jésuite, disait aux régents de sa compagnie : « Vous ne pouvez, «sans y mettre beaucoup de temps, faire un thème qui vaille « quelque chose.»

Après trois siècles d'enseignement et d'études, voilà où nous en sommes en fait de connaissance du beau grec et du beau latin ! Combien d'autres preuves de notre ignorance fabuleuse, nous pourrions ajouter à celles que nous venons de donner !

Nous ne savons plus le latin ! voilà ce que prouvent les faits : voilà ce que le sens intime dit tout bas à chacun de nous. Au sortir du collége, c’est à peine si les plus forts eussent été ca. pables de lire sans’ dictionnaire une page de Cicéron ou de Tacite ; mais à coup sûr pas un seul n’eût été en état de soutenir une conversation ou une discussion latine tant soit peu étendue.

Aujourd'hui c'est pis encore ; notre mémoire ne conserve de la langue latine que des réminiscences tellement affaiblis, qu'à l'exception de ceux qui, par état, ont fait de la lecture des ouvrages latins l'occupation habituelle de leur vie, nous n’oserions nous risquer à expliquer un passage d'un auteur tant soit peu difficile, ui peut-être à le traduire sans traduction, et moins encore à écrire nos pensées en latin.

Nous ne savons plus le latin ! Et pourtant on consacre six où sept ans à l’'apprendre ; on dépense en livres et en professeurs des sonimes immenses : il semble, à voir le grand appareil qu'on met à cette étude, que nous devrions être les plus grands latinistes du monde. D'où vient cette baisse dans la connaissance d’une langue sur laquelle pivote cependant tout le système de notre éducation publique ? Outre plusieurs causes, il en est une que nous signalons ici parce qu'elle est la principale.

L'étude d'une langue morte offre par elle-même d'assez grandes difficultés. Ces difficultés augmentent lorsque la langue à étudier est celle d’un peuple dont les idées, les sentiments, la religion, les institntions, les nsages, la vie publique et privée sont

Le soixantième, est un zéro, le Dans les départements, c’est la

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totalement différents des nôtres. L'enfant ne trouve ni dans son éducation première ni dans la société au milieu de laquelle il vit aucune ou presqu'aucune idée correspondant à celle du monde dont il est condamné à étudier la langue; il doit deviner et le sens des mots et le sens de la pensée. Dans ce monde tout nouveau pour lui, il ne sait comment s'orienter ; le plus souvent il marche à tâtons, se voit arrêté par des difficultés insurmontables qu'il évite en tombant dans des contresens et finit par prendre à dégoût uné étude qui reste toujours pour lui à l’état de labeur, sans jamais passer à celui de plaisir.

Les langues mortes offrent des difficultés plus grandes encore, Le génie de ces langues nous manque ; nous ignorons, étant étrangers aux peuples qui les ont parlées, mille choses qui donnent aux phrases un cachet, aux mots des significations et des nuances particulières. Combien de transpositions, de placements de prépositions, d’adjectifs ou d'adverbes, que nous regardons comme des élégances ! Combien de tournures que nous croyons employer à coup sûr dans un cas donné et qui feraient éclater de rire les Grecs ou les Romains, comme nous faisons nous-mêmes lorsque nous entendons les étrangers parler notre langue ! Ajoutons que nous n'avons pas d'autorité infaillible qui puisse redresser nos erreurs.

« J'ai oui dire, écrivait Perrault, à un grand personnage, que “si un Romain du temps de Cicéron avait entendu déclamer « Muret, le premier homme de son siècle pour la belle latinité, « il se serait tenu les côtés de rire à tous moments, parce qu’à «tous moments il aurait oui quelques mots hors de son sens na- «turel, où quelque phrases bizarrement placée.»

Plus loin il ajoute : « Si les étrangers n’entendent et ne par. «lent jamais notre langue dans la dernière perfection, malgré «l'avantage qu'iüs ont de lapprendre des naturels français, nous « sommes de bien pire condition à l'égard de la langue latine et « de la langue grecque.

«Il n’y a point d'étrangers qui, pour l'ordinaire, ne fassent «une infinité de fautes lors mème qu'ils croient le mieux dire, «trompés qu'ils sont par de fausses analogies qu'ils prennent pour «des règles. Peuvent:ils savoir, par exemple, les différents usages « de neuf et de nouveau, qui signifient la même chose, qu'il faut « dire un habit neuf et non pas un habit nouveau ; une chanson «nouvelle et non pas une chanson neuve ; et cependant que neuf «et nouveau se peuvent dire quelquefois de la même chose, “comme : voilà une pensée nouvelle, voilà une pensée toute «neuve ? Sentiront-ils jamais la différence qu’il y a entre achever « de se peindre et s'achever de peindre ? IL y a mille écueils sem- « blables dans notre langue, où il est impossible que les étran- «gers ne viennent pas échouer à tous moments.

Ce que Perrault dit ici de l'étude du françaiset de la difficulté

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