‹ La methode comptable en affairesChapitre 5 sur 6 · ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

ÉDUCATION ET ENSEIGNEMENT

Bien qu'il y ait un grand pas de fait en comptabilité, l'on constate malheureuse-

ment que des entreprises importantes sont conduites sans aucun recours aux vrais principes protecteurs de la comptabilité. L'on prétend même en certains milieux que " Ça toujours bien été jusqu'à présent " et qu'il n'y a rien à faire. C'est un peu comme l'opinion de cet homme " pratique " qui prétendait que " Tenir des livres est simple affaire d'arranger des nombres de certaines façons, et comme les nombre? n'ont pas changé depuis mille ans, il ne peut exister de nouvelles méthodes de s'en servir ". C'est autant dire que l'électricité est la même qu'au jour de l'invention et qu'il n'y a rien à faire pour en améliorer l'application. Il en est cependant qui en jugent autrement, et l'assistance de ce soir en est une bonne preuve et un précieux encouragement.

Il faut se l'avouer, et cela justifie peutêtre bien des gens, la comptabilité demande une étude de plus en plus sérieuse, et plusieurs ne peuvent y apporter l'attention qu'il faudrait pour répondre aux exigences toujours grandissantes de leur carrière. Pour s'en convaincre, il suffit de constater quelles difficultés nous avons souvent à bien faire fonctionner un sys-

tème de livres que nous organisons. Tant que l'expert-comptable est là, ça va assez bien, puisque le teneur de livres n'a qu'à regarder faire. Mais dès que celui-ci est livré à lui-même, il est très peu souvent en mesure de surmonter les difficultés nouvelles qu'il rencontre. C'est pourquoi dans ces cas nous n'avons pas seulement à organiser des livres, mais à faire tout un cours de comptabilité à celui qui doit les tenir.

C'est pour répondre à ce besoin que nous avons inauguré cet hiver un cours de comptabilité à l'Université Laval, vu que les moyens de se perfectionner dans cette branche sont plutôt rares et difficiles. L'expérience est très heureuse, croyonsnous, car, s'il est vrai que l'effort personnel marque l'intérêt et le succès d'une entreprise, je puis vous dire en toute franchise que ceux qui suivent ce cours cette année sont d'une assiduité et d'une ardeur qu'on ne m'avait pas permis d'espérer.

L'on m'avait plutôt laissé entendre qu'il ne faudrait pas me décourager si ce cours se bornait à une assistance moyenne de cinq, et les faits contredisent heureusement ces prévisions en montant plutôt à

quinze l'assistance moyenne. C'est vous dire que nous avons des jeunes qui ne demandent qu'à se perfectionner et qui savent apprécier les moyens qu'on met à leur disposition. Pour vous dire mieux, j'ai déjà des adhésions sérieuses en assez grand nombre pour assurer la répétition de ce cours l'an prochain.

Comme je le disais plus haut, la situation s'est améliorée sensiblement, surtout depuis quelques années. L'on ne compte plus désormais les maisons qui ont de bons systèmes de livres et où l'audition se fait régulièrement chaque année. Les comptables en charge ont aussi fait, semble-t-il, un certain proprès dans la science des comptes, et je sais que dans plusieurs bureaux, le comptable est devenu un véritable associé à qui l'on confie le plus intime de ses affaires et sur qui il faut compter pour la saine administration et le succès de l'entreprise. C'est que la concurrence est de plus en plus un facteur embarrassant et que l'on ne peut tourner

à son profit que par une surveillance je dirai mathématique.

Et c'est pourquoi les comptables occuperont des postes de plus en plus importants dans les affaires et devront jouir d'une considération très large et très généreuse si l'on veut s'en faire des aides compétents et sûrs. Il est à espérer que rien ne sera épargné en conséquence pour favoriser les employés de bureau qui ont des aptitudes et qui veulent se perfectionner, en leur facilitant d'abord la poursuite de leurs études par tous les encouragements, et aussi en les faisant travailler dans des conditions favorables à leur formation. A supposer par exemple que chacun de vous ait chez lui une bonne comptabilité et donne toutes les chances à ses employés d'apprendre à la bien tenir ; voyez- vous quel rendement supérieur vous en obtiendriez ? Vous me direz peut-être : " Dès qu'ils sauront quelque chose, ils iront ailleurs." C'est peut-être vrai, mais si l'idée se généralise, les comptables compétents se feront de moins en moins rares, et le choix sera plus facile à faire qu'il peut l'être aujourd'hui.

Nous ne sommes pas en arrière d'ailleurs

puisque bien des jeunes gens étudient maintenant la comptabilité, en marge de leur travail de bureau, grâce à la générosité et à l'encouragement pécuniaire de plusieurs patrons. Les banques marquent le pas dans cette voie en donnant des bonus très appréciables à leurs employés qui passent avec succès certains examens de comptabilité. Et Ton comprendra que je rende ici un hommage particulier à mes anciens patrons1, qui m'ont donné personnellement les meilleures chances de me perfectionner. Et pour vous dire davantage, malgré que ma demande d'emploi comportait expressément qu'il ne s'agissait pour moi que d'une cléricature pour faciliter mes études et prendre à mon compte le temps venu, l'on m'a donné une position responsable, avec un salaire très raisonnable, et l'on m'a favorisé constamment, jusqu'au jour où j'ai jugé à propos d'ouvrir bureau pour moi-même. Quel intérêt avait-on de me payer des dépenses de voyage, de me fournir des livres, des documents, des directions et du travail approprié à mes études ? Aucun, si ce n'é-

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