‹ La méthode concentrique dans l'étude des psychonévrosésChapitre 12 sur 17 · II. — Expérience mystique · texte numérisé non relu

II. — Expérience mystique

L'expérience mystique, dont je m'aperçois que je viens déjà de parler par anticipation, ne comprend pas que des états positifs ou de grâce. Elle comprend aussi des états négatifs, tristesses et sécheresses (que je trouve si souvent, dans les âmes qui viennent me consulter) et qui peuvent aboutir à Vacedia des cloîtres, au Démon de Midi de Paul Bourget et à des tentations multiples.

L'analyse des états négatifs m'entraînerait trop loin et je les laisse aujourd'hui de côté. Je m'arrête, au contraire, aux états positifs, c'est-à-dire aux grâces d'oraison. Schématiquement, à l'oraison vocale succèdent l'oraison mentale cl l'oraison passive. Sainte Angèle de Foligno a donné de cette ascension une description remarquablement claire :

« L'oraison, dit-elle (1), est là où est trouvé Dieu.

« Et sont trois écoles, savoir trois parties de l'oraison hors desquelles Dieu n'est trouvé. »

Il y a, en effet, oraison corporelle, mentale el surnaturelle.

(1) Le livre de la bienheureuse sœur An gèle de Foligno du tiers ordre de Saint François, documents originaux édiles et traduits par le P. Paul Doncœur. Art. cathol., L926,

« Corporelle est celle qui se fait avec son de paroles et exercice corporel, comme génuflexions. Et celle-ci, jamais je ne l'abandonne. Pour ce qu'en effel, quelquefois je voulais m'exercer en la mentale, et quelquefois, j'étais trompée par paresse et sommeil et perdais mon temps. Aussi je m'exerce en la corporelle. Et cette corporelle mène à la mentale. Elle doit, en effet, être faile avec attention et quand tu dis : Notre Père, considère ce que tu dis. Non en courant, t'elîorçant d'achever certain nombre comme ces petites femmes qui font certains travaux aux pièces.

« Elle est mentale quand la méditation de Dieu occupe tellement l'âme qu'elle ne pense à rien autre qu'à Dieu. El si quelqu'autre cogitation entre en l'esprit, je l'appelle mentale. Et cette oraison coupe la langue, car elle ne peut parler. L'âme, en effet, est totalement pleine de Dieu, tellement qu'elle ne peut être occupée à aucune autre chose en pensant ou en parlant sinon de Dieu et en Dieu. Et de cette mentale, on vient à la surnaturelle.

« J'appelle surnaturelle celle où l'âme est ravie par cette pitié de Dieu et méditation, tellement qu'elle est entraînée quasi au delà de sa nature ; et elle comprend de Dieu plus qu'elle ne voit que par sa nature peut être compris ; et elle connaît qu'elle ne peut comprendre. Et ce qu'elle comprend, elle ne peut l'expliquer: car tout ce qu'elle voit et sent est au-dessus de sa nature.

« En ces trois écoles donc chacun reconnaît soi-mèrne et Dieu. Et de ce qu'on connaît, on aime. Et plus on aime, plus on désire avoir ce qu'on aime. Et c'est signe du vrai amour, que celui qui aime ne transforme pas une part de soi. mais tout soi en l'Aimé. Mais pour ce que cette transformation n'est pas continue, et ne dure pas, le désir prend l'âme de rechercher tous les modes par lesquels elle pou 1 rail être trans-

is*

formée en la volonté de l'Aimé, afin de revenir de nouveau en cette vision. Et elle cherche ce qu'aima Celui qu'elle aime. Et Dieu le Père nous fit une route par l'Aimé, savoir par son Fils, qu'il fit fils de pauvreté, douleur et mépris et obéissance vraie. Or, comme il n'est plus grande pauvreté que de ne pas connaître Dieu (savoir, orgueil par lequel est tombé le premier homme), il trouva une autre pauvreté que nous devons observer. »

Cette ascension présente de multiples degrés, de la prière vocale à l'oraison mentale, à la méditation active, à la méditation contemplative augustinienne. à la contemplation active ou troisième demeure de Sainte Térèse. à la contemplation passive ou quatrième demeure de Sainte Térèse où commence la vie mystique et aux demeures ultimes de l'oraison d'union et de l'union transformante. Au seuil de la vie mystique, à l'oraison de quiétude par purifications actives et passives succède l'oraison passive dans la voie illuminative et la voie unitive. Il ne faut pas croire, d'ailleurs, que toujours ce schéma se réalise. D'abord, les trois voies ne sont pas forcément marquées des mêmes oraisons. Néanmoins, ce schéma général rend service et pour faciliter la compréhension des états d'oraison selon les auteurs, voici la reproduction d'un tableau de concordance des degrés de la vie spirituelle, d'après Garrigou-Lagrange.

Les âmes sont complexes. On ne peut pas les limiter à des étiquettes de catalogue. Si nous suivons trait à Irait l'histoire des états d'oraison, nous voyons déjà que Saint Augustin avait décrit trois types :

1° Les commençants (virtus),

2° Les progressants (tranquillitas),

3° Les parfaits (avec les deux degrés : in grossi o in lucem et mansio in lucé).

Page 1