I. Voir La Vie ouvrière, pp. 89 et ^o
vraie vie ouvrière, la vie ouvrière à perpétuité, j'en arrivais à être tenté de croire, sous l'action des réalités qui me pressaient de toute part, que j'étais véritablement soumis à cette dure destinée.
Dans cette lettre je note, enfin, une erreur de détail et une méprise. Il est inexact de croire que mon u point ne vue philosophique et psy- » chologique » m'empêche de connaître la vraie vie ouvrière ou même de la vivre. Au contraire, il me permet de l'analyser, donc de la connaître, et, par la sensation de ditîércnce, de la sentir, donc de la vivre. — La phrase» ... cette » vie que l'auteur trouve drôle... » est le résultat d'une équivoque facilement explicable : nombreux sont les ouvriers qu'afflige la grossièreté de la vie ouvrière ; ils la sentent, la déplorent et la voilent de peur qu'elle n'excite le dédain ou la raillerie. Mais je crois que, chez mes lecteurs comme chez moi-même, elle n'a provoqué qu'une profonde tristesse, et quant aux responsabilités, je les ai nettement situées ailleurs.
Je tiens également à signaler une très intéressante remarque due à un professeur d'économie politique de l'une de nos Facultés de Droit. Il se demande si « le moment n'est pas
» venu OÙ l'amélioration du sort des ouvriers » va dépendre d'une éducation... qui leur sera » donnée... par les faits », par le « contact des » réalités » et « par les rapports... entre grou- » pements ouvriers et patronaux également » organisés. »
Mes enquêtes nouvelles me permettent de répondre affirmativement. J'ai constaté, non sans étonnement du reste, des symptômes très nets de dégoût de l'anticléricalisme et de l'action politicienne, en même temps qu'une tendance caractéristique à l'organisation corporative, celle-ci comme ceux-là issus de l'expérience acquise et d'une réflexion appliquée aux réalités de l'heure présente.
Roanne vient de nous en lournir un exemple frappante La crise textile y est devenue tellement aiguë que les patrons se sont vus réduits à faire conduire quatre métiers, et non plus deux, par un seul ouvrier. A toute autre époque, semblable mesure eût déchaîné une grève violente. La gravité de la situation actuelle, sentie par les salariés autant que par les patrons, a produit des effets tout différents. Une commission patronale et une commission ouvrière, nommées par les intéressés, se sont réunies pour aviser aux mesures à prendre.