‹ La Méthode de Bier: Dans les Suppurations Otitiques et MastoïdiennesChapitre 37 sur 49 · TITI. — VALEUR DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

TITI. — VALEUR DE LA MÉTHODE

Établir la valeur de l’aspiration comme traitement des affections suppurées de l'oreille, est chose difficile, à première vue, si l’on veut se baser sur les résultats des auteurs étrangers que nous avons signalés précédemment. Il faut reconnaître, en effet, que ces résultats, pour la plupart,sont peu concluants, très insuffisants, même ceux de Sondermann, l’un des promoteurs de la méthode : le nombre de leurs observations est si restreint et Les observations sont si peu détaillées que rien de précis ne semble s’en dégager. Voyons si, en réunissant nos expériences personnelles à celles dont nous avons parlé, il est possible de tirer quelques déductions pratiques, utiles pour le spécialiste.

Otites moyennes aiguës suppurées et furoncles du conduit. — Parmi les qualités de l'aspiration sur lesquelles ont insisté les partisans de cette méthode, il en est deux qu'ils considèrent comme primordiales, la disparition des phénomènes douloureux et la durée plus courte de l'affection. Ces deux avantages existent-ils réellement ?

1° Disparition rapide des phénomènes douloureux.

Nous avons déjà insisté sur ce point à propos de la bande:

QE

en ce qui concerne les appareils aspirateurs, il est, dans cer-

tains cas, difficile de déterminer leuraction analgésiante, surtout au cours des otites suppurées : dans ces derniers cas, Gaudier n’a pu la constater: pour notre part, chez presque tous nos malades, la paracentèse avait été faite le jour même de la première séance d’aspiration, ou la veille : or, la paracentèse suffit parfaitement à calmer les douleurs atroces de l’otite aiguë ou à les faire disparaître, et cela se conçoit aisément : quelle part reviendra donc ici à l’aspiration, c’est ce qu'il est difficile de préciser.

Cependant cet avantage est réel :il est même très net parfois, en particulier pour les furoncles du conduit : Gaudier a traité par l'application de ventouses cette affection si dou- : loureuse : les résultats furent excellents : nous avons, nous : aussi, fait une constatation identique, chez une femme qui souffrait d’un furoncle du conduit et dont nous résumons

ici l’observation en quelques mots.

Furoncle du conduit. — La malade, âgée de 40 ans, vient consulter, le 17 janvier 1908 : à la suite de grattage du conduit auditif droit avec une épingle, sont survenues, il y a dix Jours, de très vives douleurs dans l’oreille et, en même temps, une surdité presque complète du même côté : depuis deux Jours, un peu de pus s'écoule du conduit.

L'examen pratiqué le même jour, permet de constater, une petite masse saillante, de la grosseur d’un pois, située sur la paroi inférieure du conduit et en obstruant la lumière ; elle siège à une faible distance du méat. Il y a tendance à l’œdème tout autour .de cette masse, et l’abcès semble s'être développé en plein tissu et non pas superficiellement. Une vive douleur est réveillée par pression exercée sur cette saillie avec l'extrémité du spéculum ou avec un stylet. Il y a du pus dans le conduit, et la région préauriculaire est un peu tuméfiée et dou-

loureuse.

La malade se plaint d’élancements intermittents, mais très doulou-

MANS Te) Hal

reux et de sensation de plénitude dans l'oreille : Il lui est absolument

impossible de se coucher du côté malade.

. .. . p + , , N Le jour même, on pratique l'aspiration : on fait une séance d’un

quart d'heure pendant laquelle l'appareil est ôté à deux reprises, chaque fois pendant deux minutes. L'application de l'appareil et les séances sont un peu douloureuses, par suite de la pression exercée par les bords de la ventouse sur la région préauriculaire légèrement æœdématiée.

18 janvier. — La malade dit avoir pu dormir la nuit précédente et se coucher sur l'oreille malade, ce qui ne lui était pas arrivé depuis douze jours. L'écoulement purulent, après l'aspiration, à été hier très abondant. Aujourd’hui, la saillie du furoncle est moins volumineuse, On pratique une seconde séance d’aspiration.

19 janvier, — La malade a passé une excellente nuit : elle ne souffre presque plus : le furoncle est plus petit et l’œdème de voisinage a disparu : la suppuration est très faible. On pratique une troisième aspiration.

20 janvier. — La malade ne souffre plus:le conduit est sec et perméable, encore un peu rouge. On cesse l’aspiration.

L'influence analgésiante est, ici, des plus nettes : nous ne discuterons’/pas pour savoir si elle résulte de l’hyperémie ou de l’évacuation du pus produite par la ventouse. Elle existe et cela suffit.

Chez un second malade atteint d'otorrhée ancienne et souffrant de l'oreille depuis quelque temps, l’application d’une ventouse de Bier eut les mêmes résultats: avant les premières séances d'aspiration, douleurs d'oreilles extrêmement vives ; après chaque séance, changement de scène : le malade se trouve très bien : il peut, enfin, dormir la nuit, et même, triomphe de la méthode, il réclame ces séances qui le soulagent. Nous reproduisons ici cette observation :

Otite moyenne suppurée chronique. — Ch., Charles, 51 ans, employé, Ecoulement de l'oreille pendant l'enfance, tari jusqu’à il y

a dix ans. À cetle époque, écoulement dé l’oreille droite durant une

quinzaine de jours, sans douleurs, puis reparaissant à intervalles variables, en moyenne tous les cinq ou six mois. Pas de traitement.

Il y a trois mois, reprise de l’otorrhée droite. En même temps, l'oreille gauche, jusqu’alors indemne, coule également : traitement : ‘instillation de glycérine phéniquée, puis d’alcool. Pas de modification.

13 novembre 1907. — Depuis huit jours environ, sensation vertigineuse : parfois, le malade croit tomber. Depuis deux jours, douleurs dans l’oreille gauche ayant provoqué de l’insomnie la nuit dernière.

Oreille droite : Pas d'écoulement actuel. Atrésie du méat et du conduit. Manche du marteau un peu relevé. Tympan rétracté. A la partie postérieure et moyenne, au-dessous de l'extrémité du manche, petite perforation où le Valsalva passe à sec.

Oreille gauche : Atrésie du méat encore plus accentuée, Manche du marteau rouge, fortement saillant : la moitié inférieure est détruite et le Valsalva fait sortir du muco-pus jaune, non fétide, abondant.

Épreuve de l’audition :

Weber latéralisé du côté droit.

Rinne — à droite.

— à gauche.

Montre perçue à 10 centimètres à droite ; non perçue à gauche,

Voix basse perçue à 1 m. 25 à droite, à 5 centimètres à gauche.

Les différentes épreuves de Stein ne donnent aucun résultat.

Pas de nystagmus au repos. Après rotation de droite à gauche, quelques secousses nystagmiformes horizontales, quand le regard est porté à droite.

Traitement. — Compresses chaudes : bains avec solution isotonique de bicarbonate de soude.

16 novembre. — Cette nuit, vives douleurs (deux cachets d’antipyrine). On ne trouve aucune cause de la douleur ni dans loreille externe, ni dans l'oreille moyenne. On pratique trois séances d’aspiration par jour, chaque séance étant de dix minutes de durée.

17 novembre, — A la première aspiration, un écoulement de sang pur s’est produit par le conduit. On cesse l’aspiration.

Dans la soirée, épistaxis abondante.

La nuit, le malade a bien dormi, sans médicaments.

18 novembre. — Ce matin, le malade se sent très bien : le conduit

est rempli de pus légèrement filant.

L’aspiration doit être faite, à cause du collapsus du méat : on fait

trois reprises de trois minutes. Au commencement, écoulement de

quelques gouttes de sang : cet écoulement cesse très rapidement et ne se reproduit pas. Il ne s’écoule pas de pus. Le malade n’accuse pas de douleurs à l'aspiration. à

19 novembre. — Pendant la nuit, très vives douleurs.

Trois séances d’aspiration.

20 novembre, — Hier soir, le malade s'est plaint beaucoup de la tête et de l'oreille : sa démarche était incertaine : il a dû se coucher pour ne pas tomber : la nuit a été bonne. |

21 novembre. — Les douleurs spontanées ont diminué bien que le malade ait un peu souffert cette nuit. Les troubles labyrinthiques ont disparu aujourd’hui. Épreuves de Stein négatives. Écoulement très

abondant : pus épais.

23 novembre. — Même traitement : trois séances d'aspiration : chaque aspiration soulage beaucoup le malade qui, de lui-même, réclame ce traitement. Chaque aspiration donne quelques gouttes de pus.

25 novembre. — Le malade va beaucoup mieux : il ne souffre plus la nuit : il dort huit heures sans se réveiller. Écoulement très peu abondant : l’aspiration ne fait presque plus venir de pus.

27 novembre — Douleurs réapparues depuis deux jours ainsi que l’écoulement qui était presque tari: deux minutes d’aspiration ne font pas réapparaître de pus, maïs le Valsalva, pratiqué immédiatement après, ne fait pas sortir de pus. Le conduit est réduit à une simple fente par suite du gonflement (préexistant au traitement) des parois,

- d’où condition très défavorable car il semble que ces parois sont aspi-

rées et empêchent la sortie du pus. Même traitement.

28 novembre. — L’aspiration d’hier a ramené un peu de pus. Le malade n’a pas souffert. L’aspiration faite pendant trois minutes ramène du mucus absolument transparent : l'aspiration ne ramène du mucus clair que depuis vingt-quatre heures : jusque-là, le mucus ramené était troublé. à

otre

29 novembre. — Muco-pus filant, à peine louche. Pas de douleurs. L’aspiration ne ramène rien.

4 décembre. — Le malade a eu un grand frisson hier: 40° hier soir et ce matin. Érysipèle. Compresses d'alcool : régime lacté : repos au

lit absolu.

21 décembre. — La malade a fait un érysipèle de la face sans complications : il est aujourd’hui guéri de cet érysipèle. L’oreille gauche secrète encore du pus épais : le malade n’a d'ailleurs Suivi aucun traitement depuis douze jours : il ne se plaint plus du tout de son oreille.

Après essuyage du conduit, on voit un fond de caisse bien épidermisé : le manche du marteau manque presque complètement, mais il y à, au niveau de la courte apophyse, un bourgeon. Attouchements à l’acide chromique : poudre d’acide borique.

26 décembre. — Oreille gauche : en raison de la sténose du conduit, aucun traitement n’est possible et le malade va se mettre luimême chaque jour des gouttes d’alcool boriqué. Oreille droite: depuis deux jours, tympan un peu rosé. Écoulement muqueux (otite séreuse). Mettre une mèche tous les Jours.

Désinfection nasale au protargol.

L'observation, au point de vue de l’aspiration, n’a plus aucune valeur depuis l'apparition de l’érysipèle : on ne recommence pas l'aspiration.

9 janvier 1908. — Oreille gauche : le conduit est un peu moins sténosé : l'oreille suppure toujours.

Oreille droite : l'écoulement muqueux a complètement cessé.

16 janvier. — Légère suppuration de l'oreille gauche : Le malade

quitte l'hôpital pour se soigner chez lui.

2 Durée plus courte de l'affection.

D’après les résultats de quelques observateurs, la durée des otites aiguës suppurées serait très abrégée, du fait du traitement par les ventouses : Leuwer donne, pour les cas traités par lui, une durée moyenne de dix jours : Mack a guéri les siens en cinq à dix jours — nous ne parlons pas des deux ma-

lades de Sondermann qui ne guérirent, le premier qu’au bout d’un mois, le second, au bout de six semaines — nos malades ont guéri après une durée moyenne de quinze jours.

Les chiffres évidemment sont favorables à la méthode ; mais, pour apprécier toute leur valeur, il est indispensable d'établir une comparaison entre les cas traités par la ventouse et les castraités par les simples pansements secs aseptiques.

La méthode, autrefois classique, des injections dans le conduit, suivies de douches de Politzer et d’instillation de liquides antiseptiques, est aujourd'hui abandonnée : Lermoyez et Lubet-Barbon ont montré, dansun rapport fait en 190% à la Société française d’otologie, combien irrationnel, irritant et sale était ce vieux traitement. On soigne aujourd'hui les otites aiguës suppurées comme les chirurgiens actuels soignent un abcès chaud : incision large, drainage, pansements rares pratiqués par un médecin rompu à l’asepsie et à l'otoscopie, telles sont les règles simples et précises observées maintenant et Lermoyez arrive aux conclusions suivantes :

Une otite aiguë, traitée par le vieux traitement, a une chance sur quatre de durer deux mois environ.

Une otite aiguë, traitée par le nouveau traitement, a moins d’une chance sur douze de ne pas être. guérie au bout d’un mois (1).

En écartant les otites frustes et les otites virulentes, les premières qui évoluent en deux à trois jours, les secondes qui nécessitent toujours ou presque toujours l'intervention chirurgicale, on peut dire que l’otite moyenne aiguë suppurée présente, traitée par la méthode des RADÉEMENTE secs aseptiques, deux types usuels: :

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