‹ La Méthode de Bier: Dans les Suppurations Otitiques et MastoïdiennesChapitre 7 sur 49 · I. — LA BANDE ET SON APPLICATION · texte numérisé non relu

I. — LA BANDE ET SON APPLICATION

1 L'appareil. — La richesse vasculaire de la tête permettant d'obtenir très facilement une hyperémie suffisante au moyen d’une consiriction légère, il est inutile d'appliquer au cou plusieurs tours de bande, comme on le fait pour les membres. L’instrumentation, comme pour les membres, est très ordinaire, et se réduit à peu de chose: c’est la technique qui est délicate.

L'appareil le plus simple, celui que conseillent Bier et Keppler, est la bande de coton élastique que l’on trouve partout dans le commerce, à bas prix: elle doit avoir une largeur de 3 centimètres, si on l’applique aux adultes, et de 2 centimètres seulement si on l’applique aux enfants: la bande sera d’une longueur suffisante pour entourer le cou et, à l’une de ses extrémités, on fixera un crochet, à l’autre, une série de boucles afin de pouvoir serrer et desserrer à volonté, augmenter ou diminuer la stase suivant les cas. La fermeture se fera sur la partie postérieure du cou, la peau à ce niveau étant plus résistante. Pour éviter les blessures, les érosions possibles dues au frottement du crochet, on glissera sous lui un morceau de feutre : enfin, si la peau du malade est très fine et délicate, il sera bon de doubler la bande d’une lame de gaze. |

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Le défaut du coton élastique étant de se relâcher très rapidement, on a cherché à le remplacer par d’autres tissus plus solides et aussi souples. La flanelle, utilisée quelquefois, est trop chaude et mal supportée par le malade. Le caoutchouc est assez pratique et Schmieden recommande l’emploi du lien de caoutchouc tissé, ayant l’aspect d’une jarretière très élastique. L'appareil de Henle, surtout appliqué aux membres, pourrait peut-être, suivant quelques auteurs, servir à la stase céphalique : il se compose d’un tube de caoutchouc que l’on fixe avec une pince et que l’on gonfle d’air jusqu’à ce que le degré de stase nécessaire soit obtenu: on note ce degré au moyen d'un manomètre à mercure et, aux séances suivantes, on arrive facilement à la même constriction en se basant sur les renseignements donnés par le manomètre. Cet appareil a, lui aussi, ses inconvénients: sa mise en place est délicate et, dit Keppler, il peut se gonfler irrégulièrement : d’où pression inégale et douloureuse: il est, enfin, très génant la nuit. |

2 Règles à observer dans l'application de la bande. — Bier et Keppler ont formulé les règles permettant d'appliquer correctement la bande ; elles présentent plusieurs particularités qu’il importe de signaler :

1° Le siège. — La bande doit être appliquée au-dessous du larynx.: d’ailleurs, on ne peut guère l'appliquer au-dessus, et, sur le larynx même, elle exercerait une pression pénible.

2° La protection des téguments. — Nous avons signalé précédemment les précautions à prendre pour éviter toute lésion des téguments : si la peau est très délicate, on peut, comme le conseille Keppler, la durcir par des lavages à l'alcool simple ou à l'alcool camphré. Schmieden met, dans la région de la jugulaire, de chaque côté, sous le lien de caoutchouc, un

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morceau de feutre mou, roulé en pelote. Malgré toui, Le érosions se produisent parfois : il suffira de les ÉGOUNAEE d’un peu de poudre d'oxyde de zinc et, généralement, il ne sera pas nécessaire d'interrompre la stase.

3° L'œdème et la coloration de la tête.— La bande est pie appliquée lorsque le visage prend un aspect légèrement bouffi et une coloration bleu rougeâtre: dans certains cas, l’'œdème est très accentué et parfois même de gros bourrelets œdémateux se forment au-dessus de la bande et retombent sur elle comme des sacs. La peau devient chaude. Par suite de la grande vascularisation céphalique tout rentre très rapidement dans l’ordre lorsque la bande est enlevée, et là face reprend son aspect normal.

4° La durée de la stase. — En moyenne la stase est appliquée de dix-huit à vingt-deux heures par jour : mais, sur ce point, il y a des exceptions : quand l’œdème est trop marqué,quand surviennent des lésions cutanées, quand le malade supporte mal la stase,ce qui est rare,ou enfin quand la convalescence et la guérison sont proches, on peut réduire de beaucoup le nombre des heures de stase et faire des pauses plus longues. D’une manière générale on peut dire que l’hyperémie doit être d'autant plus prolongée que l’infection est plus aigué.

5° L’évacuation des collections purulentes. — I1 est nécessaire ici, comme en chirurgie générale, d'appliquer rigoureusement cette règle de Bier. Toute collection purulente sera donc ouverte, aussitôt que possible: tout tympan bombé sera paracentésé: s’il existe une perforation insuffisante, on agrandira cette perforation : même conduite à tenir pour la mastoïde et pour les abcès développés à son niveau et venant faire saillie sous les téguments. Le tamponnement et e drainage seront abandonnés, l’incision seule devant assu-

rer Le bon écoulement du pus: si la plaie tend à se fermer, on évitera la stagnation du pus par une pression douce ou l'application d’une ventouse. Les lavages peuvent être employés si la sécrétion est très abondante ou ia poche de l’abcès très volumineuse.

6° Le repos au lit. — Le repos au lit est absolument nécessaire, du moins dans la période aiguë.

7° La stase ne doit pas être douloureuse. — Si le malade se plaint de véritables douleurs, c’est que la bande est mal appliquée: il faut alors l'enlever et recommencer l'opération.

3° Accoutumance du malade à la stase. -- Il semble, à première vue,qu’une bande maintenue serrée autour du cou ne puisse qu'être très pénible pour le malade qui la porte. Bier, désireux de connaître exactement les effets de la bande, l’appliqua consciencieusement sur lui-même avant de l’essayer chez ses malades : « J'ai porté, dit-il, pendant une nuit, une bande élastique serrée aussi fortement que j'ai pu le. supporter. Cela m'a coûté une nuit d’insomnie et m'a causé des bourdonnements d'oreilles, des battements dans le crâne et une douleur au front. J’aiété obligé de détacher la bande de temps en temps. Le lendemain matin, une fois la bande enlevée, les paupières restèrent gonflées et les conjonctives rouges pendant quelque temps. J’éprouvai de la céphalée frontale jusqu'à midi; mais je ne ressentis pas d’autres malaises. »

Tels sont les résultats d’une stase très forte, mais Bier a soin d'ajouter qu’il ne l’essayerait jamais à ce degré chez ses malades. Appliquée plus modérément, la bande provoque, nous l’avons vu, une coloration bleue et un gonflement de la face, un peu de malaise la première fois, une sensation désagréable d’étranglement, puis tout disparaît, très rapidement d’ailleurs, et le malade n’éprouve plus aucune gêne

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pendant les séances suivantes. Jamais la stase ne doit provoquer de souffrances réelles ; les malades se plaignent-ils de pesanteur et de poids dans la tête, il faut relâcher un peu Ja bande. Bier recommande à ceux qui ne sont pas encore tres habitués à sa méthode, d’appliquer cette dernière d’abord aux adultes, avant d'en venir aux enfants, les premiers pouvant mieux que les seconds renseigner le médecin sur ce qu'ils éprouvent.

En résumé, d’après Bier, la bande appliquée au cou est désagréable, les premières heures, pour’ celui qui la porte, mais l'accoutumance se fait très rapidement, le malade peut manger et dormir sans difficulté pendant les séances.

Les observateurs qui expérimentèrent cette méthode après l’auteur sont d'accord avec lui. Tous ont pu constater, qu’en général, le lien était bien supporté : cependant, la plupart d’entre eux ont signalé quelques exceptions dues peut-être à un défaut de technique (durée trop longue des séances, application trop serrée et siège trop élevé de l’appareil, etc.). C’est ainsi qu'Hasslauer eut deux malades qui restèrent enroués aussi longtemps que le lien resta appliqué : un troisième parla, pendant deux jours, avec la voix nasale. Chez un de ces malades, les cordes vocales, à l'examen laryngoscopique montrèrent une légère, rougeur, chez le second les bandes ventriculaires étaient un peu œdématiées et rouges : chez le troisième, les cornets du nez étaient un peu gonflés. L'application de la bande au-dessous du larynx fit disparaître très vite ces phénomènes.

Fleischmann, dont les malades supportèrent très bien la stase, les enfants aussi bien que les vieillards, signale cependant le cas d’une femme neurasthénique qui, pendant les séances, restait couchée sous peine de vertiges : les vertiges disparaissaient dès que le lien était ‘té, Une jeune fille de

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19 ans supporta également très mal la stase, se plaignant de violentes douleurs de tête et de troubles respiratoires : on fut obligé d’enlever la bande pendant la nuit : enfin, un garçon de 11 ans eut, dans les premières heures, de la céphalée et des vomissements : le lien fut ôté, puis réappliqué plus progressivement et les accidents ne se reproduisirent pas. Heine et Stenger signalèrent, eux aussi, l'apparition de vomissements. Chez un malade de Heiïine, une angine existante s’aggrava pendant la stase, pour aboutir à un abcès péri-amygdalien qui guérit après incision. Faut-il, comme Heine semble le croire, incriminer la bande dans le développement de l’abcès, c’est ce que Eschweiler, dans son article de critique, se refuse à admettre : « Pour des raisons anatomiques, dit-il, la stase ne peut avoir que peu d'influence sur les vaisseaux efférents de l’amygdale et de la région palatine qui sont difficiles à comprimer par la bande. »

En somme, à part ces quelques cas que nous venons de signaler et qui peuvent être considérés comme des exceptions, il est un fait admis sans conteste, c’est que l’hyperémie obtenue par le lien est bien supportée par les malades. Tout dépend de son mode d'application et de l’état psychique du patient.

4° Contre-indication de la stase. — Les contre-indications de la méthode de Bier sont, d'après l’auteur lui-même et d’après ses élèves, à peu près nulles : les deux seuls points qui ont pu donner lieu à des discussions sont : l’artériosclérose, et l'existence de végétations adénoïdes.

L'artério-sclérose ; il semble logique, en effet, et prudent, de renoncer à l'emploi de la bande chez les personnes âgées toujours susceptibles d'avoir une hémorragie cérébrale : Kepplér, cependant, ne voit pas là de contre-indication, et Fleischmann a pratiqué la stase sans accident chez une vieille

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