‹ La Méthode de Bier: Dans les Suppurations Otitiques et MastoïdiennesChapitre 9 sur 49 · ENT SE SR · texte numérisé non relu

ENT SE SR

Il. — RÉSULTATS DE L'HYPERÉMIE PAR LA BANDE.

1° Résultats de Bier et de Keppler.

Dans la dernière édition de son livre (traduction française, 1907) Bier dit avoir traité, avec le concours de Keppler, 28 otites moyennes par la stase hyperémique. Des 98 cas, 17 étaient aigus, 11 chroniques et tous, à l’exception d’un seul, compliqués de mastoïdites.

1° Cas aigus. — Les 17 cas de mastoïdites aiguës peuvent se répartir de la façon suivante :

Un insuccès. — Ce cas dut être opéré, malgré la stase : il s'agissait d’une malade atteinte d’otite aiguë bilatérale, d’origine grippale. La bande ne fut ou ne put être appliquée, qu’un mois après le début des accidents, et la stase dut être abandonnée au bout de vingt et un jours. L'opération fut. pratiquée des deux côtés et permit de constater : 4° que la couche corticale était extrèmement dure, 2° que toute la mastoïde était détruite, remplie de pus et de fongosités.

D’après Bier on peut incriminer comme cause d’insuccès soit le facteur étiologique (origine grippale), soit l’extrème dureté du cortex ayant empêché la fusée du pus vers l’extérieur, soit la nécrose osseuse précoce.

16 guérisons. — Il s’agit de cas qui guérirent en trois à quatre semaines, avec rétablissement parfait de la fonction auditive, sauf chez un malade qui présentait d’ailleurs des lésions anciennes du labyrinthe. Parmi ces cas il y avait:

2 mastoïdites de Bezold : elles guérirent après incision.

2 otites suppurées avec mastoïdites sans abcès : les mastoides étaient très œdémateuses, hyperémiées et douloureuses,

ns

mais sans fluctuation à leur niveau. Ces deux cas guérirent par la stase, sans incision ni paracentèse.

Les autres cas évoluèrent avec abcès sous-périostés : ils furent incisés ; la paracentèse fut également pratiquée et la bande appliquée selon les règles. Tous ces cas guérirent.

2° Cas chroniques. — Bier et Keppler ont traité par l'hyperémie onze otites moyennes suppurées chroniques qui peuvent se répartir de la façon suivante :

Un cas de mastoïdite récidivante (Bier), chez un individu trépané lors de la première atteinte. Stase : six heures par jour, guérison (voir Keppler : cas chroniques, observation I).

Une otite moyenne avec polype, sans mastoïdite : il s’agissait d’une otorrhée datant de l’enfance, chez une jeune fille de 16 ans: l’écoulement était très abondant et très fétide. Le traitement consista d’abord dans l'application de la stase, vingtdeux heures par jour, et le nettoyage quotidien du conduit : malgré cela, l'otorrhée diminua seulement et ne guérit complètement qu'après ablation du polype (Keppler : observ. 2).

Quatre cas opérés (séquestres et cholestéatomes) EAU : observ. V à VIII):

Deux cas avec guérison incomplète : la mastoïde guérit : l'otorrhée persista (Keppler : obs. III et IV).

Un cas de mort (abcès du cerveau) (Bier : obs. 67). Enfin les deux derniers cas furent opérés. |

L'opération, chaque fois qu'elle fut pratiquée, permit de constater la vascularisation extraordinaire de l’os et la délimitation extrêmement nette des parties malades. |

Étant donnés ces résultats, Bier et Febpiés arrivent aux conclusions suivantes :

1° La stase donne d'excellents résultats dans les cas aigus, résultats qui ne le cèdent en rien à ceux que l’on obtient avec la gouge et le maillet : La transformation rapide de

QE

l'écoulement qui devient fluide et séreux, la disparition des douleurs spontanées et provoquées, etenfin la guérison complète avec bonne conservation de la fonction auditive, telles sont les conséquences du traitement hyperémique appliqué aux mastoïdites aiguës.

2° La stase donne des résultats moins encourageants jusqu'ici dans les cas chroniques. Cependant Les bons résultats obtenus par Bier dans les ostéomyélites chroniques des membres, encouragent l’auteur à continuer ses expériences. La méthode sera favorable, dit-il, dans les cas où il n’y a pas formation de séquestres, mais seulement d’abcès ou, mieux, de cavités tapissées de granulations dans l'intérieur de l'os.

2° Résultats de Heine. |

Heïine a traité 19 cas aigus, compliqués ou non : comme 4 d'entre eux étaient bilatéraux, le total de ces cas se monte par conséquent à 23. Il les divise en cinq classes et voici quels sont les résultats obtenus par l’auteur :

1° Otites moyennes aiguës sans perforation : deux cas.

Le premier concernait une otite bilatérale : le traitement par la stase fut abandonné au bout de trois jours par suite de l’apparition d’une pneumonie. Le malade guérit.

Le second était également bilatéral : au dix-huitième jour de stase survint du côté droit une mastoïdite qui fut opérée. L'autre oreille guérit.

2% Otites moyennes aiguës suppurées sans mastoidites : trois cas.

Le premier guérit en six jours.

Le second fut traité douze jours, mais la cure radicale devint nécessaire : il s’agissait vraisemblablement d’une affection de l’attique.

Le troisième, d’un diagnostic incertain, fut traité six jours

. . Q > par la stase sans succès : après plusieurs instillations d'alcool,

l'amélioration survint.

3 Otites aiguës avec douleurs mastoidiennes à la pression :

six Cas.

Le premier concernait une otite bilatérale qui guérit.

Le second guérit, puis récidiva, et finalement évolua vers la guérison complète.

Quatre cas furent opérés ; deux d’entre eux après treize et dix-huit jours de stase : l'opération montra des lésions avancées de la mastoïde. Le troisième évolua avec vomissements et vertiges, et la trépanation fit découvrir un abcès extra-dural. Le quatrième enfin ne put être traité que cinq jours par suite de l’apparition d’une angine phlegmonneuse.

4° Otites aiguës avec infiltration des parties molles : cinq cas.

Le premier fut opéré au bout de deux jours : la pointe de la mastoïde était détruite et il y avait un commencement de descente d’abcès dans les muscles profonds du cou.

Le second concernait une mastoïdite de Bezold : celle-ci guérit mais, au moment de la publication du travail de Heine: une légère sécrétion de la caisse persistait encore.

Le troisième guérit complètement en sept jours.

Le quatrième guérit en partie : les phénomènes mastoïdiens disparurent, un léger écoulement d'oreille persistait encore au bout de cinq semaines.

Le cinquième parut guéri au bout de huit jours : une récidive survint qui nécessita la trépanation : il y avait des lésions mastoïdiennes étendues.

5° Olites aiguës avec abcès rétro-auriculaire d'origine mastoidienne : trois cas. |

Le premier était bilatéral : d’un côté existait un abcès rétroauriculaire, de l’autre une otite aiguë suppurée non compli

a A quée : le premier guérit ; la sécrétion auriculaire persista de l’autre côté assez abondante.

Le second guérit.

Le troisième fut amélioré : il était encore en traitement quand parut le travail de Heïne.

D’après ces quelques résultats Heine arrive aux conclusions suivantes: c’est qu’un plus grand nombre d’essais est nécessaire pour que l’on puisse se faire une idée de la valeur de la méthode, mais que les mastoïdites avec abcès ou infiltration des parties molles lui semblent les plus propres à être traitées par la stase. Enfin cette méthode, dit-il, peut, en retardant une opération nécessaire, avoir de graves conséquences : nous savons tous, dit-il, combien les phénomènes extérieurs sont souvent peu marqués et combien grave el dangereux estle processus qui évolue à couvert dans l’épaisseur de l’os. L'influence de la stase sur les phénomènes douloureux ne lui sembla pas aussi net qu’à Bier.

3° Résultats de Stenger.

Beaucoup moins nombreuses que les précédentes furent les expériences de Stenger :ilne traita par la stase que 10 otites aiguës non compliquées : en ce quiconcerne les mastoïdites, il appliqua, non pas l’hyperémie, mais-une méthode nouvelle sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir dans la seconde partie de ce travail.

Les otites aiguës simples qu’il traita par l’hyperémie étaient de cause inconnue ou consécutives à une angine : quelquesunes d’origine a frigore:aucune n'était survenue au cours d’une maladie infectieuse : sept d’entre elles guérirent complètement après un intervalle de neuf à dix-neuf jours de stase: un cas s’aggrava au quatrième jour du traitement par l'apparition d’une otite sur l’autre oreille, et la stase fut abandonnée : chez un malade, dont l’otite datait de quatre semaines,

survint, le troisième jour du traitement, une fièvre élevée et l'opération fut nécessaire : enfin, chez un dernier malade, avec sappuration depuis cinq semaines, aucune amélioration ne fut observée au bout de quatorze jours.

Stenger conclut en faisant remarquer que l’hyperémie agit :

1° Objectivement, sur l'écoulement qui est d’abord plus abondant, puis diminue et se tarit.

2° Subjectivement, sur les phénomènes douloureux qui disparaissent presque complètement.

3° Sur les phénomènes généraux:la température s’abaisse, non'pas brusquement, mais en lysis.

Pour Stenger, la $lase est facilement applicable et supportée : elle mérite d’être employée.

&° Résultats de Fleischmann. À

Fleischmann ne traita pas moins de25 malades par la méthode de Bier. Nous résumerons brièvement ses résultats

dans lé tableau suivant :

RÉSULTATS de l’aff NAnbLe y | Guérison Nature de l'affection de se après cas traités Guérison Guérison A par la stase par le traitement ordinaire

ne nene | es

Otites aiguës sup-| 9 5 3) purées sans com- Au bout de 10 plications. à 23 jours . de stase.

® Mastoïdites. 12 5 gl En 7 à 18 jours.

Cas chroniques. 2 J 4 Périchondrites. 12 [Aucune amélio- {

ration par la stase après 2 et3 semaines,

Le 909"

La stase fut en général très bien supportée : dans les cas simples, otites suppurées banales en particulier, les malades ne fureñt pas astreints à rester à l’hôpital, des raisons purement matérielles (manque de lits) s’y opposant: chaque séance était de douze heures par jour. 7

Dans les mastoïdites, la bande était appliquée d’abord pendant vingt-deux heures par jour : puis, dans les cas favorables, après la disparition des phénomènes aigus, on réduisit les séances à des durées de douze heures.

Les résultais, d'après Fleischmann, diffèrent beaucoup de ceux de Keppler : ;

Action sur les phénomènes subjectifs. — L'influence calmante de la douleur n’a pas été, en général, aussi rapide que le dit Keppler : parfois même on put constater la persistance ou l’accroissement des phénomènes douloureux : quelquefois une stase prolongée les fit apparaître : c’est surtout dans les cas d’abcès sous-périosté qu’on put constater d’une façon évidente leur disparition ou leur atténuation, mais comme, dans ces cas, l’abcès fut incisé, on peut se demander, dit Fleischmann, si cette influence analgésique est bien le résultat de l'hyperémie et non pas celui de l’incision.

Action sur les phénomènes objectifs. — Le traitement par la bande n’empèêcha, en aucune façon, la formation des abcès d’origine mastoïdienne. Quant à la sécrétion du conduit elle s’accrut les premiers jours, puis, dans les cas favorables, devint peu à peu moins abondante et plus séreuse.

Le gros danger de la méthôde est, d’après Fleischmann, la disparition des phénomènes aigus objectifs et subjectifs ; et la transformation des formes à évolution nette en formes latentes : ces dernières, beaucoup plus graves, peuvent aboutir à des lésions très étendues sans que le chirurgien en soit prévenu.

3° Résultats de Eschweiler et de Isemer.

De toutes les observations publiées sur le traitement des affections d'oreille par la $tase, les plus intéressanies, les plus détaillées et les plus importantes sont, avec celles de Bier et de Keppler, les observations de Eschweiler à Bonn et de Isemer à Halle. Le premier, sous la direction de Bier, le second, sous la direction de Schwartze, appliquèrent la méthode suivant ses règles les plus strictes: aussi leurs résultats sont-ils particulièrement utiles pour ceux qui désirent se faire une idée précise de la valeur de l’hyperémie.

Eschweïler traita par la bande 14 otites aiguës toutes compliquées de mnastoïdites : mais résumons dans le tableau suivant tous ces cas : il nous montre que 10 guérirent par la stase, À guérit après opération, 2 eurent une terminaison fatale : 1 malade abandonna le traitement.

Dans la plupart de ces cas, après ouverture d’un abcès sous-périosté, l'exploration au stylet permit de reconnaître que l’os était rugueux et il existait en outre une perforation de la corticale. Voici la liste et le résumé de ces expériences :

Cas I. — Mastoïdite aiguë avec abcès sous périosté. Incision et paracentèse. Stase. Guérison en sept jours.

Cas IT. — Otite moyenne aiguë suppurée avec perforation tympanique en cul-de-poule. Légère tuméfaction des parties molles de la région rétro-auriculaire. Stase. Guérison en quarante jours.

Cas III. — Otite moyenne aiguë suppurée avec douleurs très vives au niveau de la mastoïde (pointe et bord postérieur). Stase. Guérison en onze jours. i : Cas 1V.— Otite moyenne aiguë suppurée avec écoulement abondant, et douleurs très vives au niveau de la mastoïde (pointe et bord postérieur). État général très mauvais, Stase.

Guérison en vingt-six jours.

ss — 31 —

Cas V. — Otite moyenne aiguë consécutive à une angine. Mastoïdite. Le malade abandonne le traitement.

Cas VI. — Mastoïdite aiguë avec abcès sous-périosté. Incision. Stase. Guérison en treize jours.

Cas VII. — Otite moyenne aiguë suppurée consécutive à la rougeole. Rougeur et tuméfaction des parties molles rétroauriculaires. Pas de fluctuation. Rétrécissement du conduit dans sa partie profonde. Stase. Petite incision. Guérison en quarante-six jours. |

Cas VIII. — Otite aiguë consécutive à la scarlatine. Mastoïdite avec abcès sous-périosté. Imcision. Stase. Guérison en dix-huit jours.

Cas IX. — Affection de l’attique sans suppuration. Stase, puis opération de Schwarize : collection suppurée mastoïdienne bien limitée. Apparition de phénomènes méningés, évidement et trépanation au niveau du lobe temporal et du cervelet. Mort par méningite suppurée.

Cas X, — Otite aiguë suppurée bilatérale : phénomènes septicémiques. Pas de symptômes de mastoïdite. Paracentèse du côté droit. Stase, mal supportée, n'est appliquée que quatre jours. Mort par phlébite du sinus et méningite.

Cas XI. — Otite aiguë suppurée : mastoïdite aiguë avec abeès sous-périosté. Incision. Stase. Guérisonen dix-septjours. Cas XIT. — Mastoïdite aiguë avec œdème rétro-auriculaire

marqué. Malgré deux incisions, pas de pus. Stase. Guérison en vingt-cinq jours.

Cas. XIII. — Malade diabétique. Otite consécutive à une angine. Paracentèse suivie d’un écoulement de pus abondant : pas d'amélioration par la stase. Opération. Guérison.

Cas XIV. — Mastoïdite aiguë avec œdème rétro-auriculaire rouge et douloureux.Pas de fluctuation. Pas d’incision. Stase. Guérison en dix-huit jours.

Page 1