Disserl. and Discuss.,t, 1, p
?, Douglas, Séuart Mill, p. 187.
malgré tous les efforts faits en ce sens, malgré le sentiment que nous avons de différences d'intensité psychologique, reste rebelle à l'application du nombre. Puisque le fait social, le fait économique sont, au fond, des faits psychiques, les spéculations que l’on peut faire sur eux doivent garder aussi la forme qualitative : Mill, lorsqu'il aborde, dans le VI: livre de la Logique, l'étude de la science sociale, a soin de rappeler « l'impossibilité d'appliquer des nombres précis à des faits de cette nature » (1).
Mais la qualité mème du faitse trouvera déterminée par la représentation psychologique que Mill en a. Devinant la question essentielle sur laquelle devaient discuter les sociologues à la fin du x1x° siècle (2), Mill voit bien que l'en peut hésiter entre deux conceptions du fait social : ou bien on le concevra comme original, comme irréductible, et il faudra en aborder l'étude directe ; ou bien on se le représentera comme une sorte de complication du fait psychique, et la s0ciologie se laissera déduire de la psychologie. On entrevoit déjà comment l’idée qu’on se fait de la nature des faits étudiés commande toute la théorie de la méthode. Si Mill a bien vu la question, il ne s’est pas moins nettement décidé : « Les lois des phénomènes de la société, nous dit-il, ne sont et ne peuvent être rien autre chose que les lois des actions et des passions des hommes unis entire eux dans l’état de
1, Logique,1. VI, ch. VI, $ 2, 6. IL, p. 457 ; cf. Belot, p, 79, n. 6.
2.La discussion qui se prolongea entre M. Durkheim et M. Tarde
est particulièrement digne d’être rappelée,
société. Les hommes, quoique à l’état de société, sont toujours des hommes, leurs actions et passions obéissent aux lois de la nature humaine individuelle. Les hommes ne sont pas, lorsqu'ils sont réunis, transformés en je ne sais quelle autre substance douée de propriétés nouvelles, à la façon dont l'oxygène et l'hydrogène diffèrent de l’eau (1)... Les êtres humains en société n'out pas d’autres propriétés que celles qui dérivent des lois naturelles de l’individu et qui peuvent s'y réduire (2). » Tout ce que Mill reconnaît, c’est que l’état de société constitue un ensemble de conditions, de circonstances qui aura son action sur la structure psychologique de l'individu. « Il y a, explique-t-il (3), des principes de la nature humaine étroitement liés aux idées et sentiments engendrés par la vie sociale. Sans doute il n’y a guère de lois élémentaires de l’esprit qui soient spéciales à cet état : mais les lois ordinaires, agissant dans ces conditions produisent des résultats assez universels et assez simples pour qu’on puisse les appeler lois sociales. » C’est pour cela qu'il y a lieu de constituer une science sociale distincte de la science de l’homme individuel, comme nous l’avions précédemment indiqué.
C’est surtout dans sa correspondance avec Auguste
1. On a remarqué avec raison (Belot, Introduction, p. LVI) que Mill, admettant une « chimie mentale ». (Logique, 1. VI, ch. IV $ 3) n'était guère fondé à refuser d'admettre une « chimie sociale », étant donné surtout que la science sociale est, selon lui, un prolongement de la psychologie,