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J'attends tout de sa grâce, et rien de ma faiblesse

(Acte II, se. vi.)

IK Cl iSSICISME DE CORNEILLE.

L'invention romanesque du « Menteur ».

Un poète qui vienl de réaliser trois ouvrages pleins

et achevés n'a plus de doutes sur ee qu'il pcut.Unecertitude heureuse, un air d'assurance et de liberté se communiquent à tontes ses entreprises. Après le succès de Cinna, Corneille se plaît à reconnaître en conquérant tout le domaine de la poésie dramatique et à l'étendre : il dédaigne de se répéter : il essaye ses forces dans des voies nouvelles. Polyeucte fut un de ces essais; le sujet, semi-religieux, était hardi : l'expression t'nt d'un naturel inusité alors. Etait-ce donc là une manière nouvelle de Corneille, et devait-il s'y tenir ? Non pas. il aimait à dérouter les prévisions, à ne paraître lit'1 à aucune formule ; il avait la coquetterie de sa fécondité. La Mort de Pompée, représentée au Marais, pendant que Y Hôtel de Bourgogne donnait Poli/eiiele. était comme une gageure relevée par le poète. « J'ai fait Pompée, dit-il1, pour satisfaire ù ceux qui ne trouvaient pas les vers de Polyeucte si puissants que ceux de Cinna. et leur montrer que j'en saurais bien retrouver la pompe, quand le sujet le pourrait souffrir. » Le Menteur, qui vit le jour ce même hiver, atteste encore

1. Épître mise en tète du Menteur dans les éditions antérieures à 1660,

mieux celte jeune souplesse. Autre essai : le poète s'amuse à « repasser de l'héroïque au naïf ».

Et en effet, le Menteur de Corneille, comme les Plaideurs de Racine, montre à quel pointées excellents ouvriers classiques se tenaient au-dessus de leur travail, savaient garder leur fraîcheur d'aperception, s'offraient neufs à des sujets neufs. Si ces deux poèmes de verve légère étaient absents de l'œuvre de nos tragiques, nous serions moins sûrs que celle-ci vient d'une volonté réfléchie et tout à fait maîtresse d'elle-même. Mais des deux, c'est encore le Menteur qui apporte le mieux cette preuve ; il est supérieur parce qu'il ne verse pas de L'autre coté. dans la bouffonnerie débridée; il observe une tenue élégante, sans aucune contraction de rire forcé. C'est un jeu de lion ; la puissance qui d'autres fois l'ail frémir se montre ici débonnairement, se tourne en adresse détendue et sûre; tout froncement de sourcil a disparu.

Corneille fut tenté par ce jeu en lisant une comédie espagnole : la Vérité suspecte {la Yerdad sospeehosa), qui le ravit. « Elle est très ingénieuse, dit-il, et je n'ai rien vu dans cette langue qui m'ait satisfait davantage.... L'invention m'en charme tellement, que je ne trouve rien à mon gré qui lui soit comparable en ce genre, ni parmi les anciens, ni parmi les modernes. Elle est toute spirituelle depuis le commencement jusqu'à la lin, et les incidents si justes et si gracieux, qu'il faut être, à mon avis, de bien mauvaise humeur pour n'en

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approuver pas la conduite, et n'en aimer pas la représentation.... Le sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné, quej'ai dit souvent que je voudrais avoir donné les deux plus belles pièces que j'ai faites, et qu'il fut de mon invention.... C'est une merveille de théâtre1. » Ainsi amorcé, le porte n'eut guère qu'à laisser agir son imagination, ses facultés d'observation et surtout de style, pour que la comédie qu'il avait admirée devint sienne et passât d'une langue dans l'autre: ce fut un travail joyeux et fait de verve. La matière le délectait : il était sûr de ne pouvoir échouer avec une fable si jolie.

La Vérité suspecte (ou mieux : discréditée) est, eneffet, un des plus purs et fins chefs-d'umvre du théâtre espagnol. Corneille l'avait découvert dans un recueil publié à Saragosse, en 1050, sous le nom fameux de Lope de Vega (ce recueil formait le tome XXII de son répertoire) : mais c'était là une tricherie de librairie : pour mieux écouler l'ouvrage, on l'avait faufilé dans le bagage du plus renommé des poètes du temps, qui d'ailleurs, vieilli et tourné vers la dévotion, fut innocent de l'usurpation, si même il la connut. L'auteur véritable de la Irrité suspecte, Juan Ruizde Alarcon yMendoza réclama, mais avec détachement, en homme habitué à de pareilles spoliations, et trop fier pour entrer en chicane*. Cet Alarcon était un personnage singulier. .\é

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