I.A .MLIlIoUE CLASSIQUE UL KICOLAS POUSSES
« Mon naturel me coutraint de chercher et
aimer les choses Lien ordonnées, fuyant la confusion, qui m'est aussi contraire et ennemie, comme est la lumière des obscures ténèbres.
Lettre à M. de Chantelou, du 7 avril 1642.
La maxime de « tenir toujours l'esprit au-dessus
de son ouvrage » est celle que suivait M. Pascal le père, dans l'éducation de son illustre lils. Entendons par là qu'il ne présentait à l'enfant aucune difficulté, avant qu'il ne l'eût reconnu capable de la surmonter par ses propres forces. Pour un homme fait, qui se discipline Lui-même, cette règle est un engagement de ne pas se laisser prendre par les choses, niais, d'abord, de s'en emparer en les comprenant. Car d'être pris par des choses dont la nature réelle nous est inconnue, en n'ayant égard qu'à l'agrément que nous y trouvons, c'est nous enchanter de nous-mêmes stérilement. Celui qui, artiste ou bien savant, veut sortir de son rêve, doit se poser devant le monde comme un miroir uni. exact, sans trouble, et seulement intelligent.
« Intelligence » et « assiduité au travail », voilà ce qui fait d'abord le grand peintre, selon Poussin. Il ne peut se promettre que la seconde de ces qualités, et « si la première ne chemine pas d'un pied égal »,
il n'aura du moins rien négligé pour la stimuler1. Il ne cultive aucune faculté plus diligemment que son zèle pour comprendre et savoir à fond. Lorsque Descartes, dans les Régula*, recommande ces deux points : Ne pas supposer vrai ce qui est faux, et tâcher de parvenir à la connaissance de toutes choses, il énonce aussi bien une maxime de Poussin à son travail. Le peintre n'opère jamais que sous le contrôle d'un autre lui-même, qui est de sens froid toujours et ne le laisse point vaguer. « Je ferai tous mes efforts pour satisfaire à l'art, à vous et à moi, » écrit-il à M. de Chantelou2; l'on se rend compte que le juge nommé le dernier n'est pas le moins sévère, ni le moins libre. Gardons-nous de faire la théorie de ce dédoublement ; contentons-nous de décrire ; esseyons de cinémalograpluer cette abeille dans le mystère de la mellilîcalion. Peut-être saisirons-nous ainsi, de façon concrète, sans quitter d'un pas l'homme vivant et travaillant, ce qu'est la méthode classique.
D'abord Poussin, pour se mettre à l'ouvrage, veut être parfaitement sain, net et libre d'esprit. C'est ce qu'il appelle sa « bonne veine » ou son « temps d'élection » 3 ; il aime mieux « interrompre tout à fait le travail commencé que d'y employer par intervalles les forces épuisées d'un esprit languide ». Dans ses