Lettre du 20 mars
2. Rapprochez Eugène Carrière : « Une synthèse absolue de la terre en une seule créature est visible dans tout squelette, expression complète de la vraie beauté.... L'architecture et la sculpture y trouvent leurs lois démontrées. L'architecture, par l'ordonnance naturelle des lignes générales, leur adaptation aux fonctions essentielles de l'être, leurs correspondances visibles; la sculpture, par la sensible nécessité des saillies et des creux. Ces architectures, ces sculptures naturelles, dont chaque élément a sa raison, tous se commandant mutuellement, donnent à l'esprit satisfaction complète par leur rigoureuse harmonie. » [L'homme visionnaire de la n'alité. Squelettes et fossiles au Muséum a" 'histoire naturelle, p. 8.)
sorte que l'on découvre, si je puis dire, la généalogie vraie de la nature; la notion de loi objective de nécessité, qui parait inhérente à toute poésie classique et en être la marque, serait donc, à ce qu'il semble, déjà impliquée par la façon dont les « classiques » regardent et observent. Le « prospect » de Racine lui a dévoilé, dans les malheureux vivants dont il fera Oreste et Phèdre, la courbe nécessaire du délire amoureux.
Pour mieux éviter de se perdre au dédale de la nature. Poussin ne dessinait pas immédiatement ce qu'il voyait; il donnait à la sensation le loisir de se transformer en représentation. Bellori parle bien de la soif d'apprendre, brama d'imparare qui le chassait, loin des compagnies, vers le Capitolc ou les jardins silencieux de Rome pour y dessiner1; mais il disciplinait cette soif. En conservant les images quelque temps dans la mémoire, il les amenait à se clarifier, à s'unifier, et d'abord, pour les pouvoir conserver, il s'était obligé à regarder les objets avec une énergie tout active, en multipliant les remarques sur les grandeurs, les formes, les couleurs. « Il étudiait en quelque lieu qu'il fût, rapporte Félibien2. Lorsqu'il marchait par les rues, il observait toutes les actions des personnes qu'il voyait; et s'il en découvrait quelques-unes extraordinaires, il en faisait des notes clans un livre qu'il