PHASES DE L’EXCITABILITÉ DU CŒUR
traction est très-forte, elle comprime énergiquement le ventricule et empêche le sang de le remplir pendant la diastole; dès lors, on n’obtient plus que les courbes myographiques du ventricule, qui fonctionne comme dans le cas où le cœur serait isolé. Mais si la traction est faible, le ventricule effectue sa réplétion diastolique et le tracé renferme tous les détails normaux de la pulsation cardiaque.
Le tracé (fig. 219) montre les transformations successives que
Fig. 219. Tracés des pulsations du cœur de la grenouille sous l'influence d’une pression
de plus en plus forte.
présente le cœur d’une grenouille sous l’influence d’une traction de plus en plus énergique du fil tenseur du myographe.
Sur les tracés représentés plus loin, le lecteur reconnaîtra donc aisément, d’après la forme de la courbe, le degré de pression auquel était soumis le ventricule.
Dans le myographe qui vient d’être décrit, les cuillerons sont électriquement isolés par des pièces d’ivoire placées sur le trajet des bras qui les supportent. Chaque cuilleron est mis en rapport avec un fil métallique destiné à transmettre au cœur des excitations électriques de différente nature. Les courants de pile ou les courants induits traverseront donc le ventricule, dans le sens transversal, en passant d’un des cuillerons à l’autre.
Enfin, pour signaler l’instant précis ou se produit l’excitation électrique dont on veut connaître les effets, on dispose, au-dessous de la pointe du levier qui trace les mouvements cardiaques, la pointe d’un signal de Deprèz qui inscrit, avec une précision parfaite, le moment où l’excitation a eu lieu.
Supposons qu’on veuille appliquer au cœur une excitation par un courant induit de rupture, on fait passer à travers le signal de Deprèz le courant qui traverse la bobine inductiice. Dès lors, au moment précis de la rupture du courant inducteur, le signal lia-
INSCRIPTIONS MULTIPLES
cera sur le papier l’instant de celte rupture qui coïncide absolu ment avec la production du courant induit excitateur.
L’expérience étant ainsi disposée, on donne au cœur une excitation électrique au début d’une systole; puis, après avoir observé les effets qui se sont produits, on excite de nouveau le cœur à un moment plus avancé de sa phase systolique, puisa un autre moment, plus tardif encore ; enfin, par des excitations successives, on explore de la même façon l’excitabilité du cœur aux différents instants de sa diastole l.
La figure 220 montre ce qui se produit en certaines conditions qui seront indiquées tout à l’heure. De la ligne inférieure 1 à la ligne 3, le cœur est réfractaire aux excitations; cette période réfractaire correspond au début de ta phase systolique. — De la ligne 4 à la ligne 8, le cœur réagit aux excitations, mais avec des rapidités bien différentes. Ce retard correspond à ce que Helmholtz appelle temps perdu pour les muscles volontaires. Or, ce retard va toujours en diminuant à mesure que le cœur est excité dans une phase plus avancée de sa diastole ; très-long pour la ligne 4, où il atteint environ 1/2 seconde, il est presque nul pour la ligne 8. (Afin de rendre plus saisissable la durée de ce temps perdu, on a teinté par des hachures la partie du tracé qui s’étend depuis le moment de l’excitation jusqu’à l’apparition de la systole provoquée.)
En comparant entre elles les systoles provoquées à différents instants, on constate que la systole provoquée est d’autant plus forte, qu’elle arrive plus longtemps après la systole spontanée qui la précède. Il semble que le cœur qui vient d’agir ait besoin d’un repos pour réparer ses forces, nerveuses ou musculaires, et que le mouvement qui se produit est d’autant plus intense que ce repos a été plus complet.
Si l’on suit de bas en haut la série des tracés de la figure 220, on voit que l’amplitude des systoles provoquées est d’abord petite (ligne 4), plus grande (ligne 5) ; puis qu’elle diminue encore (ligne 6), pour grandir de nouveau (dans les lignes 7 et 8).
Ce fait ne contredit pas ce qui vient d’être dit précédemment; car si dans la ligne 6, par exemple, on voit une systole provoquée plus faible que dans la ligne qui la précède et dans cel-
1. J’avais d’abord essayé de provoquer, par les mouvements du cœur lui-même, les excitations qu’il reçoit; mais le dispositif compliqué, nécessaire pour obtenir cet effet, n’est pas indispensable; on s’habitue bien vite à produire l’excitation au moment voulu en se guidant sur le tracé qui s’inscrit.