‹ La méthode graphique dans les sciences expérimentales et particulièrement en physiologie et en médecineChapitre 217 sur 277 · MYO GRAPHIE DU CŒUR · texte numérisé non relu

MYO GRAPHIE DU CŒUR

Le circuit de la pile se fait à travers l’appareil-signal déjà décrit et se referme au moyen d’une clef de du Bois-Reymond. De cette clef part un circuit dérivé qui se rend au cœur de la grenouille et qui, au moment où l’on ouvre la clef, fait partie du circuit principal. Dans ces conditions, si la clef est fermée, rien ne passe par le cœur, car la résistance de son tissu est infinie par rapport à celle de la clef métallique; alors le signal est traversé par le courant et le style est attiré dans la position inférieure. Dès qu’on ouvre la clef, le courant passe par le cœur de la grenouille, mais la résistance que cet organe présente affaiblit tellement le couran que le signal se désaimante comme si le circuit était rompu. Alors le style passe à la position supérieure, où il reste jusqu’à ce que la clef soit fermée de nouveau et que le courant cesse de traverser le cœur pour repasser par le signal.

Quand on a soin de n’ouvrir la clef que pendant un temps trèscourt, 1/5° de seconde, le cœur réagit à peu près comme aux courants induits. La figure 273 montre une série d’excitations obtenues par de courts passages du courant d’un élément Daniell de grande dimension. Les excitations sont appliquées à différents instants de la révolution du cœur, comme cela a été fait dans les expériences sur les courants induits. Mais, dans ce cas d’applications brèves d’un courant de pile, on constate que la période réfractaire est absente et que le temps perdu du cœur est sensiblement le même dans tous les cas.

Il ne, faudrait pas croire cependant à une action particulière du courant de pile sur le cœur. L’absence de la période réfractaire et la brièveté constante du temps perdu tiennent à ce que le courant employé était trop fort. Il suffit de mettre des résistances sur le circuit de ce courant pour en réduire l’intensité. On voit alors apparaître les phénomènes auxquels donnent naissance les courants induits, c’est-à-dire la phase réfractaire et la variation du temps perdu. Du reste, ces phénomènes varient suivant qu’on affaiblit ou qu’on augmente le courant de la pile, absolument comme ils varient pour les courants induits de forces différentes.

Si le courant de pile est continu, il se comporte comme des excitations multiples et produit une tétanisation complète ou incomplète suivant son énergie.

Or la théorie qui s’applique à l’inlluence des excitations induites fréquemment répétées explique également les influences du courant continu. Quand le cœur, à la suite de la clôture du

courant qui le traverse, est entré en systole, il devient réfractaire, et pendant un certain temps les choses se passent comme si le courant ne le traversait pas. Puis, le cœur redevient excitable et

Fig. 275. Cœur de grenouille excité par des courants de pile très-brefs et appliqués à des instants différents de révolution.

rentre dans une nouvelle systole qui lui enlève encore son excitabilité.

En somme, les effets des courants de diverses natures se rap-

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prochent les uns des autres d’une manière très-frappante. Le cœur, de son côté, présente avec les autres muscles des analogies marquées, sauf en ce point : qu’à un moment de sa secousse qui correspond à sa période de raccourcissement, il est moins sensible aux excitations électriques.

Est-il bien sûr qu’on ne trouverait pas dans tous les muscles de l’organisme une phase de moindre excitabilité? On n’en saurait répondre a priori , mais il sera intéressant de faire sur ce sujet des recherches spéciales, en plaçant les muscles explorés dans les conditions favorables à la production de la phase réfractaire*.

Conclusions. — L’excitabilité du cœur n’est pas la même aux différents instants d’une révolution cardiaque.

Une excitation unique, si elle est très-intense, provoque, il est vrai, toujours une systole du cœur, ainsi que l’a vu Bowditch; mais si elle est faible, elle ne trouve le cœur excitable qu’à certains instants.

Le cœur présente, à chaque révolution, une phase réfractaire. Celle-ci correspond au commencement de la systole des ventricules. Du reste, cette phase varie en durée suivant l’intensité de l’excitant et suivant les conditions où se trouve le cœur.

Relativement à Yintensité de l’excitant, on constate que s’il est faible, la période réfractaire dure au moins pendant toute la phase systolique; quand l’excitation augmente de force, la phase réfractaire se réduit aux premiers instants de la systole ventriculaire, et finit par disparaître tout à fait si l’excitation devient assez forte.

Relativement aux conditions où se trouve le cœur , on voit que la chaleur abrège et peut môme supprimer la phase réfractaire, tandis que le froid en augmente la durée.

Les systoles provoquées artificiellement ne troublent pas sensiblement le rhythme du cœur, car celui-ci compense par un repos plus grand qu’à l’ordinaire le travail excessif qu’on lui a fait faire. Il y a là une nouvelle preuve de la tendance du cœur à travailler uniformément.

Toute systole provoquée a d’autant plus d 'amplitude qu’elle arrive plus tard après la systole spontanée qui la précède.

1. M. Boudet, de Paris, a fait dans mon laboratoire des expériences encore inédites, desquelles il résulte que si deux excitations appliquées à un muscle se suivent de trop près, la seconde n’a pas tout son effet.

Toute systole provoquée a un temps perdu d’autant plus court que l’excitation qui lui a donné naissance est arrivée plus tard après la systole spontanée qui la précède.

Quand une série d’excitations électriques faibles agit sur le cœur, la plupart de celles-ci trouvent le cœur réfractaire; aussi, le nombre des systoles est-il beaucoup plus petit que celui des excitations.

On peut faire varier la fréquence des excitations faibles sans changer sensiblement celle des systoles : le cœur, dès qu’il a reçu une excitation efficace, se trouvant ramené à la phase réfractaire.

Mais si l’on fait varier l’intensité des excitations sans en changer la fréquence, comme la période réfractaire devient moins longue, le nombre des systoles s’approche de celui des excitations et peut l’atteindre, ce qui met le cœur dans un état de tétanos quand les excitations sont assez fréquentes.

Les courants de pile de courte durée se comportent sensiblement comme les courants d’induction.

Le courant continu d’une pile , lorsqu’il est faible, agit comme une série d’excitations discontinues et ne fait qu’accélérer le rhythme du cœur. Cela tient à ce que le courant n’agit que dans les moments où le cœur n’est pas réfractaire. •

Mais un courant de pile suffisamment intense accélère davantage le rhythme cardiaque, car la période réfractaire est plus courte pour les courants forts. A un certain degré d’intensité, le courant de pile met le cœur dans un tétanos complet.

Les autres muscles de la vie organique devront être soumis également à la myographie ; il y aura là d’intéressantes applications à la médecine. Legros et Oninus ont déjà tenté quelques essais sur la myographie intestinale. François Franck a déterminé le retard du resserrement des vaisseaux après une excitation électrique; nous en parlerons plus loin.

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