CHAPITRE VI
PNEUMOGRAPHJE.
Etudes graphiques sur les mouvements de la respiration : Vierordt et G. Ludwig. — Application des instruments, signification des tracés. — Pneumographe à transmission. — Courbes des mouvements du thorax. — Rapport des mouvements respiratoires du thorax avec ceux de l’abdomen. — Rapport des mouvements respiratoires avec ceux de l’air respiré. — Des volumes de l’air inspiré et expiré évalués par la méthode graphique. — Fréquence et rhythme de la respiration à l’état normal. — Influences qui modifient les caractères de la respiration: influence de l’étroitesse des voies respiratoires, obstacle au passage de l’air dans l’inspiration ou dans l’expiration.
Étude graphique des mouvements respiratoires et des influences
qui les modifient.
Lorsque K. Vierordt eut publié, en 1855, ses recherches sur la forme du pouls étudié d’après la méthode graphique, le savant physiologiste de Tubingen comprit que l’on pouvait étendre davantage l’emploi des appareils inscripteurs. Bientôt, en effet, il fit paraître, avec la collaboration de G. Ludwig, un travail sur les mouvements respiratoires *. Les auteurs de ce mémoire recueillirent les tracés des mouvements du thorax pendant la respiration; ils expérimentèrent sur eux-mêmes et sur plusieurs sujets de différents âges.
Nous avons voulu étudier également les caractères graphiques des mouvements respiratoires ; mais nous avons cherché surtout à déterminer les influences qui font varier le rhythme, la fréquence et l’amplitude de ces mouvements à l’état sain, afin d’avoir, dans
1. Vierordt et G. Ludwig, Deilrage ziïr Lehre von cler rien A thembewegungeti (Arch. fur physiologische Heilkunde, 1855, t. XIV, p. 253).
ces notions physiologiques, un guide qui nous permît de saisir la cause des perturbations que la respiration présente dans les maladies. Pour bien faire comprendre la tendance de nos études nous commencerons par exposer brièvement ce qui avait été fait par les auteurs qui viennent d’être cités.
Ces physiologistes ont employé dans leurs recherches le sphygmographe de Yierordt. Le sujet mis en expérience était couché sur le dos, et l’on appuyait sur son sternum le bouton qui, dans l’exploration du pouls artériel, repose sur le vaisseau. La grande branche du sphygmographe traçait sur le cylindre d’un kymographion la courbe des mouvements respiratoires. On analysait cette courbe de la manière suivante : on appréciait la fréquence des respirations en évaluant leur nombre pour une durée connue et toujours la même; cette durée correspondait à un tour complet du cylindre, par exemple.
D’autre part, on mesurait exactement la durée des inspirations, des expirations et des pauses qui les séparent. Pour cela, on projetait chacun de ces éléments d’une courbe respiratoire sur la ligne des abscisses, c’est-à-dire sur la ligne horizontale qui représente la circonférence du cylindre. Enfin, l’amplitude des mouvements s’évaluait en mesurant la hauteur verticale qui séparait le maximum du minimum de chaque courbe, autrement dit par la projection de cette courbe sur la ligne des ordonnées. Yierordt et G. Ludwig cherchèrent d’abord à déterminer la capacité vitale de chacun des sujets mis en expérience. Pour cela, il faisait faire une inspiration aussi profonde que possible, puis une expiration aussi complète qu’il se pouvait. Le cylindre étant immobile pendant ce temps, le levier du sphygmographe traçait un grand arc de cercle. Par les deux extrémités de cet arc, on menait deux lignes horizontales et par conséquent parallèles; l’écartement de ces deux lignes était la mesure graphique de la capacité vitale du poumon. Ces deux points de repère une fois établis, on pouvait, dans un tracé des mouvements respiratoires, savoir si la poitrine, en s’emplissant et en se vidant, se rapprochait plus ou moins des limites de sa capacité vitale.
Yierordt et G. Ludwig firent plus : ils voulurent déterminer la relation qui existe entre l’amplitude d’une courbe respiratoire et la quantité d’air mise en mouvement par la respiration au même moment. Ces auteurs employèrent le spiromètre à la mesure des volumes d’air, et conclurent de leurs expériences que la hauteur
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des courbes est sensiblement proportionnelle à la quantité d’air inspirée.
Enfin, comparant l’amplitude à la fréquence des mouvements respiratoires, ils tirèrent cette autre conclusion, que la poitrine se dilate d’autant moins que la respiration est plus fréquente.
Ce sont là les deux principales conclusions qui ressortent du travail des deux auteurs allemands; le reste de ce mémoire consiste surtout en tableaux des durées et des amplitudes de chacune des inspirations et des expirations dont le tracé a été pris; de ces mesures, il est difficile de tirer autre chose que des moyennes qui ont peu de valeur, car elles ne peuvent s’appliquer à aucun cas particulier. On va voir, en effet, qu’il n’y a rien d’absolu dans la durée relative des inspirations et des expirations, et que si, d’une manière générale, on doit admettre que l’inspiration est le temps le plus court, il peut arriver telle influence qui renverse complètement ces rapports de durées.
Application des instruments; signification des traces.
Le premier explorateur des mouvements respira toires dont je me sois servi était un cylindre élastique creux mis sur le trajet d’une ceinture. L’ampliation ou le resserrement de la poitrine, agissant sur ce cylindre à capacité variable, y appelaient ou en expulsaient de l’air; ces mouvements alternatifs actionnaient un tambour à levier. Cet appareil a été employé par Bcrt dans ses recherches sur les mouvements de la respiration1.
Une seconde disposition est représentée figure 276. Elle a été déjà décrite page 203; la fonction en est plus sûre que celle du cylindre; elle commence quand on met en prise la vis Y avec la pièce qui agit sur le tambour; elle cesse quand on relève la vis.
En ce moment, je donne au pneumographe une disposition plus commode encore : toutes les pièces saillantes sont supprimées et l’instrument peut être porté sous les vêtements ou au lit sans qu’il y ait à craindre un dérangement.
Du reste, tous ces appareils donnent des tracés semblables.
Pour comprendre la signification de ces courbes, suivons par la pensée les mouvements qu’exécutent de proche en proche les dif-
1. Bert. Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, 1870