PROPORTION RELATIVE DES MATÉRIAUX
Enfin, les prix de revient sont indiqués par une courbe spéciale, qui exprime, en milliers de francs, la valeur du pont. Ce prix se lit sur la même échelle que les poids des matériaux
Prenons un exemple particulier pour l’interprétation de ces courbes : soit un pont de 30 mètres d’ouverture; il entrera dans la construction de ce pont 500 kilog. de plomb, 12 000 kilog. de fonte, 22 000 kilog. de bois, 100 000 kilog. de fer et le prix de revient sera 65 000 francs. Tout un livre de tarifs et les principaux résultats de la théorie de la résistance des matériaux tiendraient dans quelques tableaux de ce genre, et l’on ne saurait trop admirer la clarté et la concision avec lesquelles sont exprimées les indications qu’il fournit.
Ilne faut pas croire qu’une telle clarté d’exposition appartienne exclusivement aux choses du commerce et de l’industrie; le même mode d’expression peut s’appliquer aux objets les plus divers. Ainsi, le naturaliste aurait, en certain cas, grand avantage à construire des courbes de ce genre.
Supposons, par exemple, que, pour une espèce animale quelconque, on dresse un tableau qui, marquant sur les abscisses le poids des individus s’accroissant avec l’âge, porterait sur les ordonnées le poids des différents organes, ou les proportions des différents tissus ; on aurait construit un tableau qui présenterait par luimême un intérêt considérable, car on y suivrait, pas à pas, l’évolution relative de ces organes. On verrait que les uns, comme le foie, à mesure qu’on s’éloigne de la naissance, perdent de leur importance relative, ou s’atrophient comme le thymus; que d’autres, au contraire, se développent d’une façon prédominante.
L’intérêt s’accroîtrait encore, si, dressant des tableaux analogues pour des animaux d’espèces différentes, le naturaliste superposait les courbes les unes aux autres, afin de chercher dans ces comparaisons les caractères propres à chaque espèce; s’il recherchait en quel sens l’élevage, les croisements et les différentes influences modificatrices de l’espèce font varier le développement relatif des organes et des tissus.
Construits à une même échelle que fixerait la convention, ces
dilatation possible du métal et placer les pièces de fonte sur des rouleaux qui permettent cette dilatation.
1. Voici sur quelle base le prix est établi : on attribue à 1000 kilogrammes de fer une valeur de 600 francs, à 1000 kilogrammes de fonte 300 francs, de plomb 800 francs, tandis que le mètre cube de bois employé reviendrait à 75 francs.
tableaux permettraient de rassembler sous le regard les travaux exécutés, en tous lieux et à toute époque, par les différents naturalistes ou anatomistes. Ce serait, dira-t-on, une œuvre immense à réaliser. Oui certes, et il n’appartient à personne de l’exécuter à lui seul. Uu travail de ce genre serait l’œuvre de la science, et ce travail s’accomplira. Peut-être déjà l’entreprise a-t-elle été faite sur certains points de ce vaste sujet; on trouverait à coup sûr, dans les ouvrages des naturalistes, des pesées comparatives d’organes faites à différents âges, constituant des matériaux tout prêts pour un travail d’ensemble1. Mais, à ces éléments divers il faudrait donner l’unité de type nécessaire pour rendre la comparaison possible, ce qui ne se fera que par l’entente parfaite d’un certain nombre de chercheurs, autour desquels viendront promptement se grouper les autres en présence des résultats obtenus.
Nous aurions encore bien des exemples d’application des courbes à emprunter aux travaux des ingénieurs. Entre les mains de ces savants auxquels l’emploi de la géométrie est heureusement si familier, la méthode graphique se plie aux représentations les plus variées.
Citons les applications qui ont été faites à la statisque du mouvement des différentes marchandises sur les voies de terre et d’eau. On trouvera, dans ces exemples, des modes d’expression susceptibles de s’appliquer à des phénomènes de diverses natures.
Courbes de l’activité commerciale sur les différents tronçons
d’un chemin de fer.
Minard, en France '2, et A. Belpaire, en Belgique 3, ont, à la même époque à peu près, dressé des tableaux exprimant le degré d’activité du transport sur les différents tronçons d’une ligne de chemin de fer. Ces tableaux méritent d’être signa-
1. Alphonse Milne Edwards et Grandidier, dans leur remarquable ouvrage sur la faune de Madagascar, ont tenté de représenter par des courbes le développement relatif des différentes apophyses sur un même os considéré chez différentes espèces animales. Nous regrettons que les dimensions de ce tableau ne lui permettent pas d’entrer dans notre texte.
2. Des tableaux graphiques et des cartes figuratives , par Minard, inspecteur général des ponts et chaussées. Paris, 1861.
3. Notice sur les cartes du mouvement du transport en Belgique. A. Belpaire, ingénieur des ponts et chaussées; Bruxelles, 1841.