TRAJET AÉRIEN D’UN BALLON
sions. L’expression naturelle d’un parcours est une ligne tracée sur une carte de géographie, et dont les inflexions diverses réunissent entre elles tous les points qui ont été parcourus. Or, à la notion fournie par une telle ligne peut s’en ajouter une autre, l’indication d’un changement qui s’est produit pendant la durée du parcours. Un exemple saisissant de ce mode de représentation géographique est donné par la figure 37. C’est l’itinéraire de l’armée française pendant la campagne de Russie 1812-13, dressé par Minard. Cette figure, construite au moyen de documents statistiques patiemment recueillis à différentes sources, traduit l’amoindrissement graduel de l’armée parle rétrécissementincessantd’une zone dont la largeur exprime le nombre des soldats de Napoléon.
D’abord largement établie sur les rives du Niemen, cette bande représente le front d’une grande armée, qui s’avance : 422 000 hommes la composaient. Puis, à mesure qu’elle marche, cette armée s'amoindrit, la bande se resserre ; arrivée à Moscou, elle est réduite des trois quarts de son contingent. Alors le désastre commence. La bande, teintée de noir, traduit les étapes du retour ; elle s’amincit toujours, et quand elle est arrivée à son point de départ, ce n’est plus qu’un petit fil noir. Il n’est pas revenu un soldat sur cent. Sur tout ce long parcours, les noms écrits sur la carte évoquent le souvenir de sinistres épisodes, et au bas de la carte l’échelle des variations du thermomètre Réaumur explique douloureusement chaque phase de cette immense destruction d’hommes.
Minard a plusieurs fois employé le même mode d’expression pour montrer la marche des armées et les pertes qu’elles subissent en route; il a figuré de cette manière l’itinéraire de la retraite des Dix Mille; ailleurs, il montre l’armée d’Annibal débarquant d’Espagne, traversant les Gaules, franchissant le Rhône et les Alpes, et envahissant l’Italie. Toujours il arrive à des effets saisissants, mais nulle part la représentation graphique de la marche des armées n’atteint ce degré de brutale éloquence qui, dans la figure 37, semble défier la plume de l’historien.
Trajet aérien d’un ballon.
L’ascension tristement célèbre du ballon le Zénith a été représentée dans la figure 38 par Gaston Tissandier, le survivant de
cette hardie expédition. Cette courbe représente les hauteurs atteintes en fonction du temps. En même temps, on peut suivre l’itinéraire du ballon à travers une sorte de topographie de l’atmosphère où des stratifications de nuages et de buées son! disposées à des hauteurs variables. Les aéronautes fondent ainsi la science
Fig- 38. Diagramme de l’ascension du ballon le Zênilh à grande batteur, 15 avril 1875.
météorologique, en ce qui touche à la constitution de l’atmosphère et aux températures à diverses hauteurs.
Dans la figure 38 la courbe est tracée en fonction de la hauteur et du temps, on a donc sacrifié les indications des distances parcourues et l’iliriéraire suivi relativement à la surface terrestre.