‹ La méthode graphique dans les sciences expérimentales et particulièrement en physiologie et en médecineChapitre 51 sur 277 · HISTORIQUE DES APPAREILS INSCRIPTEURS · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DES APPAREILS INSCRIPTEURS

réduisant le plus possible le nombre des instruments indispen- • sables à l’emploi de la méthode.

Disons-le tout de suite, le vice commun des appareils employés par les physiologistes était l 'inertie des organes qui devaient traduire les phases des mouvements. Cette inertie les déformait comme dans les tracés du sphygmographe de Yierordt, ou bien ajoutait des vibrations parasites comme dans le myographe de Helmholtz ou le kymographion de Ludwig. Réduire autant que possible la masse des organes qui devaient être animés de vitesse; remplacer par des ressorts les poids dont on se servait pour estimer les forces en action ; diminuer le plus possible la vitesse des organes inscripteurs, en limitant l’étendue des mouvements à inscrire, sauf à en amplifier le tracé par des procédés optiques, tels sont les moyens qui permettent d’obtenir de fidèles expressions graphiques. On verra, dans les chapitres qui vont suivre, que la précision des appareils est déjà arrivée à un degré satisfaisant.

Bien que la physiologie, objet principal de mes études, ait provoqué la construction de la plupart des instruments qui vont être passés en revue, j’ai dû rassembler dans ce travail des applications de la méthode graphique à des phénomènes de toute nature.

En effet, sur le terrain de l’expérimentation rigoureuse, toutes les sciences se donnent la main ; quel que soit l’objet de ses études, celui qui mesure une force, un mouvement, un état électrique ou une température, qu’il soit physicien, chimiste ou physiologiste, doit recourir à la même méthode et employer les mêmes instruments.

Historique des appareils inscripteurs.

Bien que l’invention des appareils inscripteurs ne date guère que d’un siècle, il serait difficile de retracer avec certitude l’histoire de leurs développements. Si la machine de Poncelet et Morin semble être le premier type d’appareil inscripteur parfait, il n’en est pas moins vrai que, dès le commencement du dernier siècle, on essaya d’écrire automatiquement certains phénomènes.

Le marquis d’Ons-en-Bray a décrit dans les Mémoires de l’Académie, 1734, un anémographe qui écrivait sur une feuille de papier enroulée autour d’un cylindre.

Vers l’année 1794, Rutherford publiait la description d’un thermométrographe qui traçait avec une pointe sur une bande de papier noirci animée d’un mouvement de translation.

En 1779, Magellan, membre de la Société royale de Londres, imagina un « météorographe perpétuel », appareil destiné à inscrire, en un lieu quelconque du globe, toutes les variations atmosphériques On doit supposer que la construction de ces appareils était encore bien imparfaite, puisque, jusqu’à nos jours, on n’a cessé de perfectionner les inscripteurs météorographiques sans qu’un type définitif et entièrement satisfaisant ait encore été obtenu ; mais dès le siècle dernier, on était déjà arrivé à la conception générale de la météorologie graphique.

J. Watt introduisit en mécanique le premier appareil inscripteur et aborda du premier coup l’un des problèmes les plus élevés :

1. Dans une remarquable étude historique sur les météorographes, Radau expose comme il suit l’invention de Magellan : Cet auteur développe le projet d’un « météorographe perpétuel », dont il représente toutes les parties par des dessins. 11 insiste sur l’utilité qu’il y aurait à obtenir des tracés continus de toutes les variations atmosphériques dans les différents lieux du globe. * Ce n’est pas assez, dit-il, de savoir si, par exemple, le baromètre ou le thermomètre étaient à une telle hauteur ou à un tel degré, dans la huitième, la neuvième ou la deuxième heure du jour; il faut aussi être instruit s'il y a eu quelque autre variation ou changement considérable dans l’intervalle qui s’est écoulé entre l’heure qu’on a marquée et celle du jour suivant, ou l’autre du jour qui l’a précédé; et quel était le moment où chaque variation est arrivée.... L’instrument dont je vais donner l’idée produit les effets dont je viens de parler, et c’est par cette considération que je l’appellerai météorographe perpétuel, parce qu’il donne constamment les observations météorologiques pour chaque heure du jour, et cela sans autre soin que celui de. le remonter au bout de la semaine ou du mois, c’est-à-dire en même temps qu’on remonte la pendule qui lui sert de régulateur. L’idée en est si simple et si aisée dans la pratique, qu’il n’y a pas de personne tant soit peu curieuse qui ne puisse le faire arranger sous ses yeux, et à peu de frais, par un artiste quelconque, même d’une capacité médiocre.... »

Magellan donne ensuite une description détaillée des divers instruments qui lui paraissent le mieux répondre à son but. « D’abord, dit-il, pour faire les expériences barométriques relatives à la météorologie, je crois que le baromètre statique est le plus avantageux. » Cependant un baromètre à siphon, muni d’un flotteur, peut servir au même objet. Comme thermographe, Magellan préfère le thermomètre métallique. Son anémographe se compose d’une girouette à chevilles de d’Ons-en-Bray pour la direction, et d’un anémomètre de pression pour la force du vent. Pour l'humidité, il choisit l’hygroscope de Whitehurst, qui se compose de deux lattes de bois collées ensemble, et dont l'une est coupée de travers à son milieu. Un pluvioscope à flotteur, et un « atmidomètne », formé d’un flotteur qui supporte un vase plein d’eau (le vase monte quand l’évaporation le rend plus léger), complètent le météorographe. Magellan dit qu’on pourrait y ajouter un « rhoiamètre », en supposant que la station fût voisine d’un port de mer ; on conduirait la mer dans sa cave, on poserait une bouée sur l’eau, et la tigë de la bouée suivrait les fluctuations de l’ebbe et du jusant. Magellan veut d’abord que

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