DURÉE DES ACTES NERVEUX
Dupée des actes nerveux.
L’attention des physiologistes ayant été attirée sur le singulier phénomène découvert par les astronomes, on chercha quelle pouvait être la cause de l’erreur personnelle et de ses variations.
Des éléments multiples devaient probablement composer ce retard : c’était le temps nécessaire au transport de l’impression visuelle jusqu’au sensorium; celui que nécessitaient la perception sensorielle et l’acte volontaire par lequel l’observateur devait réagir -, c’était en outre le transport, à travers les nerfs moteui's, de l’ordre émané du cerveau; enfin le temps nécessaire au muscle pour accomplir le mouvement qui devait signaler que l’observateur avait perçu la sensation.
Chacun des éléments de cet acte complexe a été étudié et mesuré par les physiologistes. Helmholtz, appliquant une idée théorique de Du Bois-Reymond, a donné une méthode pour indiquer chronographiquement la vitesse avec laquelle l’agent nerveux chemine dans les nerfs moteurs1.
Cet illustre physiologiste a montré également que le muscle n’obéit pas tout de suite à l’ordre qu’il a reçu des nerfs moteurs et qu’il y a un temps perdu, ou période d'excitation latente, entre l’arrivée de cet ordre et l’exécution du mouvement.
En somme, toutes les expériences dans lesquelles on mesure une vitesse de transmission se ramènent à mesurer l’intervalle de temps qui sépare deux explorations successives, correspondant à deux passages successifs du mobile par deux points dont la position est connue. Citons comme exemple la mesure de la vitesse de l’agent nerveux moteur par la méthode de Helmholtz.
Pour bien faire comprendre les conditions de cette expérience, nous nous servirons d’une comparaison.
Supposons qu’une lettre soit partie de Paris pour aller à Marseille et que, résidant dans cette dernière ville, nous soyons averti de l’instant précis où le train-poste quitte Paris, tandis que nous n’avons pour nous prévenir de son arrivée que la connaissance
1. On verra plus loin que cette méthode n’est peut-être pas susceptible d’une certitude absolue.
de l’instant où la lettre est distribuée à Marseille. Comment pourrons-nous, avec ces données, apprécier la vitesse de la marche du train? Il est clair que l’instant où la lettre nous est remise n’indique pas celui de l’arrivée du train, car entre celte arrivée et la distribution, il se passe des actes préparatoires : classement des lettres, transports, etc., qui demandent un certain temps que nous ne connaissons pas.
Pour avoir une idée plus exacte de la vitesse du train qui porte le courrier, il faut se faire envoyer le signal du passage de ce train à une station intermédiaire entre Paris et Marseille : à DÛ on par exemple ; on voit alors que la distribution des lettres arrive 6 heures plus vite après le départ de Dijon qu’aprôs le départ de Paris. Connaissant la distance kilométrique qui sépare ces deux stations, nous déduirons, du temps employé à la franchir, la vitesse de marche du train. En supposant cette vitesse uniforme, nous saurons l’heure à laquelle le train sera arrivé à Marseille, ce qui nous donnera enfin la connaissance du temps employé au classement des lettres jusqu’à leur distribution.
Helmholtz, en expérimentant sur l’agent nerveux moteur, excita d’abord le nerf dans un point très-éloigné du muscle et nota le temps écoulé entre cette excitation qui provoquait le départ du message porté par le nerf, et l’apparition du mouvement dans le muscle. S’adressant ensuite à un point du nerf très-rapproché du muscle, il constata que, dans ces conditions nouvelles, le mouvement suivait de plus près l’excitation ; la différence de temps observée dans ces deux expériences consécutives mesurait la durée du transport de l’agent nerveux sur une longueur connue de nerf et par conséquent en exprimait la vitesse. Celle-ci varie de 15 à 30 mètres par seconde ; elle est plus faible chez la grenouille que chez les animaux à sang chaud.
Or, il résulte des expériences de Helmholtz que tout le temps qui s’écoule entre l’excitation et le mouvement, n’est pas occupé par le transport de l’agent nerveux ; mais que le muscle, quand il a reçu l’ordre apporté par le nerf, reste un instant avant d’agir. C’est ce que Helmholtz appelle le temps perdu. Ce temps . correspondrait, dans la comparaison que nous avons employée tout à l’heure, à la durée du travail préparatoire qui se faisait entre l’arrivée des lettres et la distribution.
Les physiologistes ont répété avec quelques perfectionnements l’expérience de Helmholtz. On voit, figure 68, des tracés que nous