VITESSE DE L’AGENT NERVEUX
avons recueillis en mesurant sur nous-même la vitesse de l’agent nerveux.
On enregistre successivement deux secousses musculaires sur un même cylindre, en ayant soin que le nerf soit excité, dans les deux expériences, en des points différents, mais toujours au même instant, par rapport à la rotation du cylindre, par exemple
Fig. 68. Mesure de la vitesse de l’agent nerveux.
au moment précis où la pointe du myographe passe sur la verticale qui correspond à l’origine des lignes l et 2.
Dans l’expérience qui a donné la secousse de la ligne 1, le nerf était excité très-près du muscle. Dans celle qui a tracé la secousse 2, le nerf était excité 30 centimètres plus loin. Comme le cylindre tourne d’un mouvement uniforme, on peut estimer à quel temps correspond la distance qui sépare les deux secousses. Pour faciliter la mesure de cet intervalle, des lignes verticales signalent les débuts de ces secousses ; dans la figure 68, l’intervalle qui les sépare correspond à un centième de seconde, pendant lequel l’agent nerveux a parcouru 30 centimètres de nerf, ce qui correspond à une vitesse de 30 mètres par seconde.
Pour mesurer ce temps avec une vigueur Irès-grande, nous nous servons du chronographe et faisons tracer sur le cylindre les vibrations d’un diapason muni à cet effet d’un style très-fin qui frotte sur le papier enfumé.
C’est à cette méthode que nous recourons toujours dans nos expériences.
Reportons-nous à la la figure 68. L’intervalle qui sépare le début des deux secousses correspond au temps que l’agent nerveux a mis à parcourir 30 centimètres de nerf ; ce temps correspond à peine à 1/100 de seconde. Or quand on excite le nerf tout près du muscle, c’est-à-dire dans des conditions où le parcours de l’agent nerveux est devenu presque nul, il y a encore un retard assez grand du mouvement sur l’excitation. C’est le temps perdu de
! 48 ' APPAREILS INSCRIPTEURS DES MOUVEMENTS. Helmholtz; il représente plus d’un centième de seconde dans celte expérience.
La plupart des auteurs pensent que la vitesse de l’agent nerveux varie sous certaines influences; que la chaleur l’augmente tandis que le froid la diminue.
Il nous semble, au contraire, que la variabilité de durée appartient presque exclusivement à ces phénomènes encore inconnus qui se produisent pendant le temps perdu de Helmholtz.
De même que des employés de la poste, fatigués ou engourdis par le froid, causent un retard dans la distribution des dépêches, sans que pour cela il y ait un changement dans la vitesse du train qui les a portées, de même aussi le muscle, selon qu’il est reposé ou fatigué, échauffé ou refroidi, exécutera plus ou moins vite le mouvement commandé par le nerf.
Un grand défaut est inhérent à l’emploi de la méthode de Helmholtz, il tient à ce que l’agent nerveux ne paraît pas circuler avec la même vitesse aux différents points de la longueur du nerf. De sorte que la proportionnalité des temps aux longueurs ne s’observe pas sur tous les points du parcours de l’agent nerveux. On va voir que le même reproche s’adresse aux mesures qu’on a faites de la vitesse de l’agent nerveux sensitif.
La méthode de Helmholtz a été appliquée par Schelske à la mesure de la vitesse de transmission de l’agent nerveux à travers les nerfs sensitifs.
On excite d’abord la surface cutanée en un point aussi éloigné que possible des centres nerveux, à un orteil par exemple, le moment de l’excitation est pointé sur un cylindre par un signal électro-magnétique, puis, dès que le patient a perçu la sensation, il réagit en frappant sur une touche, ce qui pointe sur le cylindre un nouveau signal. Portant alors l’excitation sur un point de la peau moins éloigné des centres, on procède de la même manière. Enfin en retranchant l’un de l’autre les temps qui ont été trouvés dans ces deux expériences successives, la différence, mesurée au chronographe, est attribuée au temps que l’agent nerveux a mis à parcourir la distance qui sépare les deux points excités.
Dans les expériences faites avec la méthode de Schelske, on suppose comparables des termes qui ne le sont pas; l’excitation d’un orteil, par exemple, n’est pas du tout assimilable à l’excitation de la pulpe de l’index. Dans le premier cas, on s’adresse à des éléments nerveux dont la sensibilité tactile est très-rudimentaire,