DURÉE DES CHOCS
On place le mobile d’avant au milieu de la course à parcourir, tandis que le mobile d’arrière est mis sur une sorte d’arbalète qui le devra lancer à un moment donné. On imprime alors au cylindre une grande vitesse contrôlée par le chronographe. Le style du mobile d’avant trace sur le cylindre une ligne circulaire; à ce moment, on presse sur la détente de l’arbalète et le 2e projectile est lancé. Le choc a lieu, le 1er projectile parcourt le reste du chemin, tandis que le 2e reste immobile au lieu où le choc s’est produit; il trace alors à son tour une ligne circulaire.
D’autres fois, le mobile choquant continue encore sa marche, mais d’un mouvement ralenti; d’autres fois enfin il rétrograde
Fig. 8!J. Inscription de la durée d'un choc.
On arrête le cylindre et on recueille un tracé dont la figure 89 montre une des formes possibles.
Dans celle figure, la ligne oblique a est tracée par le mobile choquant; son inclinaison mesure la vitesse du mouvement de translation. La ligne oblique a' est tracée par le style du mobile choquant lorsqu’il a perdu sa vitesse. La ligne horizontale ponctuée était tracée au commencement de l’expérience par le mobile d’avant; celui-ci, après le choc, a tracé la ligne oblique b'.
On voit que ces deux lignes obliques, a et b droites et sensiblement parallèles l’une à l’autre, expriment que le mouvement de chacun des mobiles était uniforme et que le corps choquant a transmis la presque totalité de son mouvement au corps choqué. Après la rencontre, le mobile choquant n’a plus eu qu’une faible vitesse (ligne a') qui s’est éteinte bientôt *.
La durée du choc se déduit de la distance horizontale qui
1. Cette conservation d’une partie de la vitesse de la première masse ne s’observe qu’autant que les substances qui se choquent n’ont pas une élasticité parfaite.
sépare le point où s’arrête le mouvement du corps choquant de celui où commence le mouvement du corps choqué. Dans cette ligure 89 l’intervalle qui sépare le tracé de ces deux instants est d’une brièveté extrême; l’œil a peine à le distinguer et l’on voit aisément qu’il représente une étendue bien moindre que celle qui correspond à 1/500" de seconde mesuré au chronographe. Les expériences assez nombreuses que j’ai faites à ce sujet m’ont fait voir que, dans le cas où deux masses de bronze se rencontrent, la durée du choc est inférieure à 1 /25000e de seconde.
Quant au partage de la vitesse entre deux mobiles qui se choquent, elle n’est pas moins intéressante à étudier. Dans l’expérience précédente, les masses étant égales et l’élasticité des corps étant presque parfaite, la force vive passait presque tout entière de l’une à l’autre b Mais, au moyen de masses additionnelles qu’on fixe à l’un ou à l’autre des mobiles, par de fortes vis, on peut donner à l’un d’eux une masse double de l’autre; si le corps choquant est le plus lourd, les deux mobiles se mettent en marche avec des vitesses différentes. Dans le cas inverse, le corps choqué prend une vitesse moindre que celle qu’avait le corps choquant. Quant à la durée du choc, elle m’a semblé également brève dans tous ces cas, et presque inappréciable malgré l’extrême puissance des appareils b Ces expériences devront être répétées avec des vitesses plus grandes de rotation du cyli ndre et de Iranslation des mobiles.
Accclérographe de 91. Deprez, donnant la courbe des vitesses imprimées à un projectile par la poudre à canon.
Un des actes les plus rapides que l’on puisse inscrire, c’est le mouvement des projectiles de guerre. Dans ces mesures, en raison de la vitesse du mouvement, on doit disposer d’une surface animée d’une vitesse de translation extrêmement rapide. Marcel Deprez a obtenu la solution de ce problème au moyen de l’instrument qu’il appelle accélérographe.
1 . Le corps choquant ne parcourt plus, après la rencontre, qu’un espace de quelques millimètres, et accomplit ce trajet avec une vitesse très-faible.
2. Je n’ai pas terminé les recherches relatives à la durée des chocs, suivant les vitesses imprimées aux mobiles, et. suivant la forme et l’élasticité des surfaces de contact; ce sera l’objet d’études ultérieures.