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VITESSE DES PROJECTILES

Renversant la disposition qu’on donne ordinairement aux appareils, M. Deprez imprime à une plaque de papier le mouvement

d’un piston sur lequel agissent les gaz de la poudre, tandis qu’un ressort fortement tendu anime le style traceur d’une translation

Fig. 91 • Vitesse des projectiles. Courbes tracées avec l'accélérographe de M. Deprez;

poudre du Ripault.

rapide. De ces deux mouvements combinés résulte une courbe qui traduit les effets des gaz de la poudre.

Si la poudre imprimait au piston et au papier qu’il porte un mouvement uniforme; si, d’autre part, le style traceur recevait du ressort qui le tire un mouvement uniforme lui-même, la ligne tra-

cée serait une droite dont l’obliquité, dans un sen^ ou dans l’autre, exprimerait la prédominance de l’un des deux mouvements. Mais le mouvement du papier, comme celui du style, sont tous deux accélérés. Si cette accélération était la môme de part et d’autre, la ligne tracée serait encore une droite, car à chaque instant le style inscripteur serait dévié d’une même quantité suivant l’axe des x et celui des y. Mais si l’accélération n’est pas la même, une courbe la traduira; c’est ce qui se produit dans la plupart des expériences de Deprez.

Pour connaître les valeurs de l’accélération imprimée au piston, Deprez a recouru parfois à l’inscription directe du temps, au moyen d’une tige qui vibrait 1000 fois par seconde.

Les figures 90 et 91 ont été obtenues avec cet appareil. Leur signification est la suivante :

Chacune des divisions verticales ponctuées correspond à la

position que le style occupait aux instants 1, 2, 3 . etc., mesurés

en millièmes de seconde. La position du piston est exprimée, pour chacun de ces instants, par l’intersection de la courbe tracée avec ces divisions du temps. De sorte que dans l’analyse d’un tracé de ce genre, tout se passe comme dans le cas où l’on aurait ù interpréter une courbe fournie par la machine Morin. Comme la translation du style n’est pas uniforme, on s’est servi d’un style vibrant pour contrôler la marche du projectile.

Les deux courbes que nous avons prises comme exemples présentent des caractères bien différents : la poudre de Wetteren imprime au projectile une accélération beaucoup moins grande que celle du Ripault.

Accroissement des végétaux.

Nous avons examiné les principaux cas où la méthode graphique se prête à l’inscription de mouvements très-rapides ; pour compléter l’exposé de ses applications, nous la montrerons aux prises avec des mouvements d’une grande lenteur. L’accroissement des végétaux est un des exemples les plus frappants qu’on puisse choisir.

Le 21 juillet 1873, je pris une tige de Paulownia dont la hauteur était de lm,40, et, l’appliquant contre un solide tuteur, j’attachai à l’aisselle d’une des feuilles les plus hautes un fil dont la

ACCROISSEMENT DES VÉOÉTAUX. 177

traction agissait sur un style écrivant l. L’appareil, après avoir fonctionné deux jours et deux nuits consécutives, donna le tracé (fîg. 92). On remarque, au premier abord, que l’accroissement de l’arbre avait son maximum entre midi et minuit. La période du tracé qui répond à la matinée est sensiblement horizontale, pendant une grande partie de son étendue. J’ai pu me convaincre que les variations de températures n'influaient pas d’une manière sensible sur la longueur du fil et par conséquent sur la forme du tracé. Enfin, pour me mettre à l’abri des influences hygromé-

Fig. 92. Courbe de l’accroissement d’une tige de Paulownia, aux différentes heures du jour

et de la nuit.

triques, j’ai employé un fil de métal pour transmettre la traction de l’arbre au style.

D’autres expériences, faites sur la même plante, m’ont donné des résultats concordants. Je regrette de n’avoir pu jusqu’ici opérer sur plusieurs espèces végétales, en variant les conditions hygrométriques et la température; en plongeant la plante (jans la lumière et dans l’obscurité ; en la plaçant dans des atmosphères de différentes compositions; enfin, en faisant agir sur elle des faisceaux lumineux diversement colorés. Il y a là, sans doute, un vaste champ à explorer pour la physiologie végétale, et si j 'indique, dès aujourd’hui, les résultats encore informes que m’ont donnés ces expériences, c’est avec l’espoir de voir ces recherches reprises

1. La disposition de l’appareil était un peu différente de celle qui consiste à agir sur un curseur roulant sur des rails ; c’est à ce dernier appareil que je recours aujourd’hui dans mes expériences.

par d’autres physiologistes plus préparés que moi à les poursuivre l.

Moyens de réduire les mouvements qui sont trop étendus pour pouvoir être inscrits avec leurs dimensions réelles.

La longueur des cylindres dont on se sert pour inscrire les tracés est ordinairement de 25 à 30 centimètres; quand le mouvement qu’on étudie n’excède pas ces dimensions, on peut, comme dans les expériences qui précèdent, l’inscrire directement, de façon qu’un centimètre de longueur, mesuré sur le papier parallèlement

l’axe des ordonnées, exprime un centimètre de chemin parcouru. Mais s’il s’agit de mouvements très-étendus, il faut les réduire dans des proportions connues : au 10e, au 100e, au 1000e, etc., suivant le besoin. On règle, en même temps, la vitesse de rotation du cylindre, pour que le tracé présente la clarté convenable.

La réduction du mouvement se fait au moyen de poulies ou d’engrenages agissant comme dans les compteurs, c’est-à-dire. de façon que, dans la série des rouages, un pignon d’un certain nombre de dents agisse sur une roue dont les dents soient 10 fois plus nombreuses. Dans ces conditions, pendant que le premier mobile fait 1000 tours, le second n’en fait que 100; le troisième, 10; le quatrième, 1 ; le cinquième, l/10e de tour seulement, et ainsi de suite.

Tous ces mobiles, saillants à l’extérieur du rouage, peuvent recevoir des poulies à gorge. Une corde enroulée sur l’une des poulies transmet au rouage le mouvement qu’il s’agit de réduire. Un fil enroulé dans la gorge d’une autre poulie transmet au style inscripteur le mouvement convenablement réduit. 11 y a encore d’autres moyens de réduire l’étendue d’un mouvement. (Voir Technique, chap. iii.)

Comme exemple d’inscription de mouvements réduits, je citerai des expériences faites sur la locomotion humaine, et dans lesquelles il s’agissait d’inscrire les mouvements du pied, lorsqu’il quitte le sol pour aller prendre un nouvel appui.

i. On trouve dans Sachs, Physiologie végétale, des expériences analogues faites au inoyen d’un simple levier amplificateur de mouvement; Cette disposition que j’avais employée d’abord m’a paru défectueuse, attendu que l’arc de cercle tracé par la pointe écrivante déforme trop le mouvement.

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