Voyez la Machine animale, p
DE L’ODOGRAPHE.
sionnent entièrement et produisent une courbe qui semble absolument dépourvue de saccades.
Quant à la forme générale du mouvement, elle n’est altérée en aucune façon. On' sait, en effet, que de grandes masses ne modifient que très-lentement, la vitesse dont elles sont animées, quand elles roulent ou glissent avec peu de frottement. Dans un train de chemin de fer, les causes d’accélération et de ralentissement agissant avec une extrême lenteur, la durée d’un tour de roue différera très-peu de celle du tour suivant, et ne pourra contenir aucune variation importante de la vitesse. De sorte que si chaque tour de roue du wagon, en provoquant le passage d’une dent du rouage, fait marcher le style inscripteur, on obtiendra par une série de saccades insensibles, plus ou moins précipitées suivant la vitesse du train, une courbe qui exprimera d’une manière fidèle l’espace parcouru à chaque instant.
Je me suis servi d’abord, pour actionner le style inscripteur, d’un rouage qu’on trouve tout fait dans le commerce : le récepteur télégraphique de Bréguet. L’échappement de cet appareil laisse passer deux dents du rouage à chacune de ses oscillations. Il suffit, pour transformer cet appareil en inscripteur de la translation d’un véhicule, de placer sur le moyeu de la roue une came qui provoque à chaque tour l’échappement de deux dents du rouage, en agissant, soit par un électro-aimant, soit par un de ces tambours à air dont on a déjà vu si souvent l’emploi. Toutefois, comme ce genre d’inscription a des applications très-nombreuses, j’ai construit à cet effet un instrument spécial que je nomme odographe et dont on va décrire le fonctionnement*.
De l’odographe.
Cet instrument représenté figure 95 se compose d’un cylindre vertical tournant d’une manière uniforme sous l’action de rouages d’horlogerie placés à son intérieur. Ce cylindre est couvert de papier gradué millimétriquement ; sa vitesse est calculée de façon que chaque millimètre corresponde à une durée connue : une minute, par exemple.
Parallèlement à l’axe du cylindre se meut un style inscripteur
1. Pour les détails de la construction, voyez Technique, chap. n.
portant une plume chargée d’une encre à la glycérine qui ne se dessèche pas. Ce style est conduit dans une rainure qui se trôuve à la face interne d’une des colonnes de l’appareil; cette colonne est creuse et dans son intérieur est une vis qui tourne lentement et fait
monter le style inscripteur. Il s’agit de commander le mouvement de la vis par celui de l’essieu du véhicule. Pour cela, on se sert d’une soufflerie à air dont le tube, pénétrant par la partie supérieure du cylindre, se rend dans un tambour à membrane situé à l’intérieur de ce cylindre. Chaque va-et-vient de l’air actionne ia membrane dont les mouvements alternatifs commandent un encliquetage qui fait tourner la tête de la vis motrice par laquelle ie styl est commandé. •
Une disposition particulière fait que le style, une fois arrivé au sommet de la colonne, retombe au bas de celle-ci et recommence une ascension nouvelle. De cette façon, on peut écrire pendant plusieurs tours du cylindre sans que les tracés se confondent. Un tel instrument peut fonctionner pendant plusieurs jours consécutifs sur une voiture ou sur un wagon.
La rapidité avec laquelle marche le style traceur étant liée à celle du train lui-même, on verra la pointe écrivante se déplacer d’un mouvement accéléré au moment du démarrage et d’un mouvement diminué lors des arrêts. En outre, les rampes et les des-
Fig. 96. Tracés fournis par i'odographe sous l'influence de différents mouvements.
186 APPAREILS INSCRIPTEURS DES MOUVEMEMTS.
centes se signaleront par des ralentissements et des accélérations du style (fig. 96).
On obtient de cette façon la courbe expérimentale des espaces parcourus à tout instant par un train. Sur de petits parcours, cette courbe diffère sensiblement de la courbe construite théoriquement d’après la méthode de Ibry, et dont on a vu précédemment un exemple *.
Or, ces courbes qui rendent de si grands services à l’administration des chemins de fer s’écartent cependant un peu de la vérité, car elles négligent les variations de vitesse qui se produisent suivant les pentes, les arrêts et les départs. Elles supposent toujours uniforme la marche du train et l’expriment par une ligne droite qui joint l’un à l’autre deux points où le train s’arrête à des heures déterminées.
L’instrument qui vient d’être décrit s’applique également à toute espèce de voiture et permettra de mesurer la vitesse de la traction sur différents terrains et dans différentes conditions telles que : les différents genres d’alimentation de l’animal qui traîne le véhicule, son état de fatigue ou de repos, le mode d’attelage de. la voiture, la température ambiante, etc.
Sur ces divers points, le physiologiste trouvera de nombreux sujets d’études qu’on n’avait pas encore entreprises jusqu’ici dans des conditions favorables.
L’odographe ne s’applique pas seulement à l’inscription de la marche des véhicules, mais on conçoit aisément que tout rouage puisse l’actionner et inscrire les phases de son mouvement. Soit une machine à vapeur dont on active plus ou moins le foyer, ou à laquelle on fasse faire un travail plus ou moins grand, il en résultera des différences de marche que l’odographe traduira si l’on charge une des pièces mobiles de la machine d’actionner le style inscripteur.
L’odographe peut servir de moyen de contrôle pour un rouage quelconque. Un mouvement d’horlogerie bien uniforme donnera pour tracé une ligne parfaitement droite. Un rouage à ressort muni d’un volant fournira une courbe à convexité supérieure exprimant que le mouvement se ralentit pendant la marche.
La figure 96 montre des tracés obtenus dans des conditions variées. La courbe A est obtenue avec une voiture rapide qui a