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CHAPITRE VII

SPHYGMOGRAPPIIE ET CARDIOGRAPHIE.

Du sphygmographe. — Formes du pouls à l'état de santé et dans les maladies; lièvres, affections aiguës, choléra. — Formes du pouls dans les lésions du cœur, les anévrysmes des artères. — Sphygmographe à transmission ] inscription simultanée de la pulsation du cœur et de celle des artères. — Cardiographie humainca

Du sphygmogi'aphe.

Le sphygmographe inscrit les variations de la pression du sang dans les artères, d'après le changement de consistance que présentent les vaisseaux suivant que cette pression s'élève ou s'ahaisse. Or, chaque fois que le cœur envoie une ondée sanguine à l'intérieur du système artériel, il se produit, en chaque artère, un durcissement qui suit les phases du mouvement de l'onde sanguine.

C'est donc de l'extérieur du vaisseau que l'instrument explore les changements de la pression. Pour être médiate, l'estimation de ces changements n'en est pas moins précise, ainsi qu'on peut s'en convaincre lorsque l'on compare les formes de la pulsation aux phases de la pression du sang qui les produisent.

Deux sortes de sphygmographes ont servi dans mes recherches, le sphygmographe direct et le sphygmographe à transmissio7i, déjà décrits page 181. Le sphygmographe direct presse sur l'artère au moyen d'un ressort dont on gradue la pression au moyen d'une vis de réglage. Tour à tour déprimée par le ressort, puis ramenée à son diamètre normal par l'accroissement de la pression du sangj la paroi artérielle s'élève et s'abaisse en transmettant ses mouvements à un levier qui les amplifie. Ce levier doit] être d'une

légèreté extrême, afin d'obéir aux mouvements qu'il reçoit; d'autre part il doit être rendu solidaire des déplacements du ressort, ces conditions sont remplies dans la construction de l'appareil^

Fig. 280. Sphygmographe direct inscrivant le tracé du pouls.

C'est sur l'artère radiale qu'on place le sphygmographe. Ce vaisseau présente l'avantage d'être soutenu en arrière par le plan résistant que lui offre la face palmaire du radius, et l'on sait que sans cet appui l'artère se déroberait à la pression du sphygmographe et ne laisserait pas sentir les variations de la pression du sang qui la remplit.

Tandis que le levier oscille, une plaque rectangulaire qui reçoit le tracé se transporte d'un mouvement uniforme dont la vitesse, réglée par un rouage d'horlogerie, est d'environ un centimètre par seconde.

1. Un grand nombre de sphygmographes ont été construits dans ces dernières années ; voici l'indication des notes qui ont été publiées relativement à plusieurs de ces appareils :

A. T. Keytj M. D. Cincinnati, Ohio. The new Sphygmograph ; ov, Instrument. adapted at Sphygmograph, Sphygmometer, Cardiograph, Cardiometer, and to other uses. (Ne>v- York, 1876.)

Julius Sommerbrodt. Ein neuer Sphygmograph und neue Besbachlungen an den Pulscurren der Radial- Ar 1er ie. (Breslau, 1876.) Berl. Klin. Wochenscrift, n" 15 u. 31.

Pond. M, D. Rutland, Vermont. Sphygmographe à colonne liquide dont la charge varie au moyen d'un piston et est indiquée par un cadran. (Prospectus sans date.)

Pulsspicgel. Pholosphygmographie. L'idée est donnée par Czermack, dans le but de supprimer le poids du levier. Millheilungen ans dem physiologischen Privât Laboralorium, von J.-IS. Czermack, in Prag. 1864.

FORMES DQ POULS. t61

L'inscription des mouvements du levier sur cette plaque donne naissance aux tracés les plus variés au point de vue de la forme, de l'amplitude et de la régularité des pulsations qui y sont inscrites.

Voici quelques types des pulsations de la radiale.

Dans la figure 281 ont été réunis sans ordre des types correspondant à des maladies variées; je n'avais d'autre but que de

Fifî -^Bl. —1. Fièvre bur un vieillard à artères alliéromaleuses. — 2. Fièvre typhoïde, période de déclin. ^ 3. Colique de plomb. — 4. Péricardite rhumatisinale avec lièvre. — 5. Convalescence d'une fièvre typhoïde. — 6. Pouls d'un vieillard, rareté extrême des pulsations. — 7. Fièvre irauiiatique consécutive à une coxalgie suppurée. — 8. Anévrysme disséquant de l'aorte.

grouper des formes très-dissemblables, à propos desquelles nous allons analyser les différents éléments d'une pulsation artérielle.

Éléments d'une pulsation.

Quand on veut se rendre compte des formes que peut revélif chacune de ces pulsations, il faut les décomposer en une série

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d'éléments dont chacun peut varier à sa manière ; ces éléments sont l'ascension, le sommet et la descente de la courbe tracée.

Vascension de la courbe est plus ou moins brusque, suivant la manière dont se fait l'accroissement de] la pression du sang dans Tarière. Ici, comme dans tous les cas dont nous avons déjà parlé, la vitesse d'ascension est exprimée par la brusquerie de la ligne qui la traduit; de même, l'amplitude du pouls ou hauteur d'ascension, correspondra à l'intensité du changement qui s'est produit dans la pression du sang artériel. (Dans la figure 281, l'ascension du pouls est très-rapide pour les tracés 1, 4, 6, 7; elle est plus lente pour les tracés 2, 6 et 8.)

Le sommet de la pulsation présente une forme tantôt aiguë (tracés 1, 3, 4), tantôt plate (tracé 5), ou arrondie (2 et 8), suivant le cas ; parmi les types représentés ci-dessus, toutes ces formes se rencontrent depuis le sommet aplati jusqu'à la pointe aiguë. Comme cette partie du tracé correspond au maximum de la pression du sang, sa forme exprimera tantôt une période d'état de cette pression comme dans la courbe 6, où le sommet présente une sorte de plateau; tantôt une chute soudaine de la pression fera suite à son élévation brusque et se traduira par une pointe aiguë du tracé. La tbrme à plateau signifie que le sang poussé par le ventricule, après avoir rempli l'artère, continue à garder sa pression maxima par suite d'une prolongation de l'effort ventriculaire ; on observe cette forme chez les vieillards dont le cœur envoie dans les vaisseaux une ondée volumineuse et prolongée. On l'observe aussi à des degrés divers dans les cas où la tension artérielle est forte. La forme aiguë peut être définie une chute soudaine de la pression ; elle se produit quand l'onde sanguine, courte et haute, ne met qu'un instant à franchir le point du vaisseau qu'on explore. Enfin la forme arrondie, intermédiaire aux précédentes, correspond au passage d'une onde plus longue et en général moins forte.

La période descendante du tracé correspond à une chute de la pression du sang; l'écoulement qui se fait sans cesse à travers les vaisseaux capillaires produit cette chute d'une manière nécessaire. On remarque ordinairement dans cette partie du tracé un ou plusieurs rebondissements qui ont reçu les noms de dicrotisme ou polycrotisme, suivant le nombre d'oscillations dont ils [sont

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formés. Parfois le dicrotisme atteint presque la même hauteur que le premier soulèvement, mais en général il est beaucoup plus faible.

Dicrotisme du pouls.

La cause de ce phénomène est dans la production d'une onde sanguine secondaire qui se porte vers la périphérie en suivant la première onde. L'explication de ce phénomène a été donnée à propos du mouvement des ondes liquides à l'intérieur des tubes élastiques. Nous n'aurions pas à y revenir si nous n'avions remarqué, depuis nos premières publications, qu'il reste encore de l'obscurité sur le mécanisme de ce rebondissement du pouls. Nous rappellerons donc brièvement la manière dont se produisent et se succèdent les ondes dans un vaisseau.

Une première impulsion ventriculaire envoie dans le système artériel une certaine quantité de sang; celui-ci, grâce à la vitesse dont il est animé, s'élance, sous forme d'ondes, dans chacune des artères qui émanent de l'aorte. De là, le mouvement se propage dans une direction centrifuge et accuse son passage au-dessous du sphygmographe par un premier soulèvement du levier. Ce premier mouvement est à peine accompli qu'un autre lui succède dans des conditions semblables, mais avec une intensité moindre. C'est l'onde secondaire ou dicrole^ dont la direction est également centrifuge; parfois une troisième onde apparaît à la suite des deux autres, mais il faut, pour qu'elle ait le temps de se produire, que le cœur n'envoie pas trop vite une nouvelle quantité de sang.

Toutes les fois qu'un liquide est projeté avec vitesse à l'intérieur d'un tube élastique, il se produit des ondes de ce genre; nous en avons longuement discuté la production et la propagation. (Voyez p. 345, et Travaux du lahoratoii-e, 1875, p. 105.)

Ces ondes sont toutes centrifuges; on peut s'en assurer au moyen de l'hémodromographe de Chauveau qui, par le sens de la déviation de son aiguille, traduit le sens du mouvement du liquide à l'intérieur du vaisseau.

Du reste, la théorie indique (jue les ondes de dicrotisme ne sont point des ondes centripètes produites par la réflexion du sang contre des obstacles situés dans les vaisseaux en aval du point exploré. Une telle réflexion n'aurait pas la place de se produire, car la longueur des ondes sanguines excède celle des extrémités arté-

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rielles situées en aval de l'instrumeDl. Une expérience bien simple permet de constater la direction centrifuge des ondes du dicrotisme, elle consiste à comprimer l'artère immédiatement en aval du sphygmographe. On voit alors que le dicrotisme persiste, et même que l'amplitude en est augmentée par l'obstacle contre lequel vient se heurter l'efïbrt de la colonne sanguine. Cet obstacle qu'on vient de créer devient le lieu de réflexion des ondes ; or on ne peut pas supposer que le temps considérable qui sépare deux ondes successives soit dépensé pour un mouvement d'une aussi faible étendue.

On a donné le nom de polycrotisme aux formes du pouls qui présentent des rebondissements multiples. Ici, une distinction doit être faite.

Certaines formes de pouls présentent des rebondissements nombreux, ce qui tient, avons-nous dit, à ce que des ondes successives ont eu le temps de se produire entre deux impulsions du cœur. On observe ces formes presque dans tous les cas où les mouvements du cœur sont très-ralentis. Ainsi, chez les convalescents de maladies fébriles (fig. 281, n*^ 5), on doit donc considérer le pouls polycrote comme un signe favorable qui annonce parfois d'une manière précoce la fin des maladies.

Mais il est une autre forme de polycrotisme qui s'observe dans l'empoisonnement chronique par les sels de plomb. Cette forme, représentée figures 281 et 293, a pour caractère distinctif l'extrême acuité du premier sommet de la pulsation. J'ai quelques raisons de croire que cette forme se rattache à une brusquerie exagérée de l'impulsion ventriculaire qui chasse le sang dans les artères avec une extrême vitesse.

Enfin, les rebondissements du pouls s'observent quelquefois dans la phase d'ascension de la courbe qui s'élève pour ainsi dire en deux temps. Gela signifie que l'onde ventriculaire pénètre dans les artères d'une manière saccadée, brusquement d'abord, puis d'un mouvement ralenti à cause des résistances que le cœur rencontre pour achever sa systole. Ce type est normal pour le pouls aortique chez les grands animaux; il s'observe chez l'homme dans certains cas d'altération sénile des parois artérielles; on le rencontre enfin quelquefois dans l'insuffisance aortique accompagnée de sénilité des artères.

En Allemagne, Landois a décrit une forme de dicrotisme assez curieuse qu'on observe fréquemment dans la fièvre typhoïde; elle

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