‹ La méthode historique appliquée aux sciences sociales (volume 2)Chapitre 9 sur 51 · CRITIQUES DE PROVENANCE · texte numérisé non relu

CRITIQUES DE PROVENANCE

la bibliographie, elles sont exactes en gros, il ne se fabrique plus guère, comme autrefois, de documents apocryphes.

Mais il se fait encore beaucoup de menues falsifications, d'inexactitudes volontaires, surtout dans la date exacte de publication et les noms des auteurs véritables. Comme on a rarement les moyens de les rectifier, il est sage de ne prendre ces renseignements que pour des données approximatives ; de ce qu'un livre porte la date 1901 il ne faudrait pas conclure qu'il n'a pas été publié en 1900.

On fera bien de s'informer des conditions de travail spéciales au pays, à l'époque, au genre dans lequel a travaillé l'auteur. On saura quelles espèces d'inexactitudes sont habituelles dans ce pays, à cette époque, dans ce genre et par conséquent quelles indications de provenance ont chance d'être inexacte». C'est là une notion bien vague, mais on ne peut pas préciser ; cet examen ne peut produire qu'un état de défiance vague. Mais ce soupçon, conçu au commencement du travail, accompagnera toute l'étude du document et rendra plus facile d'apercevoir dans le document [lui-même les indices précis d'un faux renseignement de provenance, qui seront les contradictions entre le contenu même du document et la date, le pays, l'auteur, indiqués en tête.

Pratiquement il ne serait pas raisonnable de procéder avec les documents contemporains comme on fait pour les textes anciens ; l'éditeur commence par lire et étudier l'ensemble du document pour trouver des contradictions et des renseignements de détail qui permettent de fixer la vraie provenance. C'est un luxe que permet l'extrême rareté des documents sur ces périodes. Mais en science sociale le travail serait trop long et on ne dispose pas d'un nombre suffisant de. spécialistes. Il faut donc que celui qui veut utiliser le document fasse lui-même sa critique de provenance. Ce travail pratiquement se réduit à un contrôle sur les affirmations inscrites en tête du document ; il suffit donc de lire avec la préoccupation de recueillir les indices de contradiction entre le contenu du document et sa provenance déclarée.

IL — La principale difficulté est de déterminer l'auteur véritable des documents officiels. Ils sont d'ordinaire anonymes, ou bien ils indiquent pour auteur le chef du service par lequel ils ont été publiés et c'est par les subalternes que le travail a été fait.

Quant aux documents statistiques on peut être sûr qu'ils sont toujours le produit d'une collaboration, puisqu'il est matériellement impossible à un homme de faire seul toutes les observations résumées dans

Page 1