CRITIQUES DE SINCÉRITÉ ET D EXACTITUDE
I. Conditions spéciales à chacune des deux critiques. — Sincérité, causes d'altération, procédés. — Exactitude, causes d'erreur, procédés pour les découvrir.
II. Opération commune. — Questionnaire, conditions générales de la production du document, conditions particulières de chaque opération, cas suspects. — Résultat.
La critique de sincérité et la critique d'exactitude sont logiquement des opérations nettement distinctes, puisque chacune aboutit à une espèce différente de conclusions. La critique de sincérité ne sert qu'à déterminer ce que Tauteur du document a cru ; mais elle n'atteint qu'un phénomène psychologique, la croyance de l'auteur. La critique d'exactitude fait connaître les faits extérieurs que l'auteur a observés, elle pénètre jusqu'à la réalité. Certaines espèces de travaux historiques n'ont besoin que de la critique de sincérité ; quand on a déterminé ce que l'auteur croyait, le travail est fmi ; c'est le cas de toutes les études de doctrines, qui forment une partie des sciences sociales. Il faut donc analyser successivement les conditions spéciales à ces deux critiques, de sincérité et d'exactitude.
En pratique, pour toutes les études de faits exté-
rieurs — qui forment la très grande majorité des cas — il n'est pas nécessaire de distinguer expressément entre les deux critiques. Le but pratique étant de déterminer ce qui a existé dans la réalité extérieure, il est indifférent que ce soit par manque de sincérité ou par défaut d'exactitude que l'auteur ait donné un faux renseignement ; il importe seulement de déterminer s'il Ta donné exact ou inexact et le résultat des deux critiques se confond dans une conclusion unique. Il parait donc rationnel d'étudier d'abord les conditions spéciales à chacune des deux critiques, puis de décrire l'opération commune qui, dans la pratique, les combine d'ordinaire toutes deux.
I. — On a expliqué plus haut que toute opération de critique commence par l'analyse. Le document doit être d'abord analysé, c'est-à-dire décomposé en ses affirmations. On doit séparer chacune des affirmations indépendantes contenues dans le document et l'examiner à part. On reconnaîtra une affirmation indépendante à ce signe qu'elle pourrait être vraie tandis que toutes les autres sont fausses, ou inversement; c'est la preuve qu'elle a été de la part de l'auteur le produit d'une opération indépendante qui peut avoir été correcte, tandis que toutes les autres étaient incorrectes, ou inversement. C'est sur chacune de ces
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affirmations que doit se taire séparément la criti([ue.
1*^ La critique de sincérité part de ce principe — qui est un fait d'expérience — que les hommes disent tantôt ce qu'ils croient, tantôt ce qu'ils ne croient pas; on ne doit donc pas tirer toujours la même conclusion de raffirmation d'un homme sur sa croyance, on ne doit pas opérer comme s'il avait dit nécessairement ce qu'il croyait. — Entre l'affirmation et la croyance, il n'y a pas de rapport fixe: tantôt un homme parle sincèrement, tantôt il ment. — 11 n'y a pas de signe extérieur, qui permette de distinguer ces cas l'un de l'autre ; il n'y a pas de critérium de la sincérité ; ce qu'on appelle « l'accent de sincérité », n'est que l'apparence de la conviction, et ne prouve que l'habileté ou l'effronterie. Un bon acteur, un menteur impudent, sauront, mieux que personne, donner cette impression. — 11 n'y a pas même de rapport fixe entre le caractère général d'un auteur et sa sincérité ou son manque de sincérité dans un cas particulier : tel sera sincère sur un article qui mentira sur un autre ; il ne suffit donc pas de classer les auteurs en sincères et mensongers.
Tous ces procédés sommaires de diagnostic étant écartés, il ne reste plus qu'un moyen correct : c'est d'examiner séparément chaque affirmation indépendante, c'est-à-dire chacune des opérations que l'au-
CH. SF.KiNOBOS,
teur a dû faire, et de rechercher dans quelles conditions l'auteur se trouvait, s'il est probable que ces conditions Font incliné plutôt à être sincère ou plutôt à mentir, ou si l'on ne peut rien dire de l'action qu'elles doivent avoir eue. Le travail supposera donc deux recherches : l*^ en général dans quelles conditions a opéré l'auteur pour produire l'ensemble du document ; 2° en particuHer dans quelles conditions il s'est trouvé pour chacune des opérations.
Cette recherche n'aura qu'un résultat relatif et simplement probable ; elle aboutira à classer les affirmations en deux catégories : 1° suspectes de mensonge ; 2° non suspectes. Or, il se peut qu'une affirmation suspecte soit sincère et qu'une affirmation non suspecte soit mensongère. Ce ne sera donc qu'une conclusion provisoire.
Pour faire cette critique il faut savoir dans quels cas un auteur estenchn à n'être pas sincère. Ces cas, on peut les prévoir ; car ils tiennent aux conditions générales de l'esprit humain, qui sont les lois empiriques de la psychologie. On pourra donc d'avance prévoir les cas les plus ordinaires de mensonge, les motifs les plus forts d'altérations. On pourra en dresser la hste, on aura ainsi un questionnaire qu'on appliquera à chacune des affirmations indépendantes. (11 est bien entendu que cette opération devra
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devenir instinctive et finira par être très rapide.) Ce travail suffit pour faire l'histoire des doctrines sociales ; il suffit en effet, dans cet ordre d'études, de déterminer ce qu'un auteur a cru ; on ne cherche à connaître que ses opérations intellectuelles sans avoir besoin d'atteindre des faits extérieurs. Le travail se ramène à une simple analyse des œuvres. La seule difficulté en cette matière c'est de reconstituer révolution de la pensée de l'auteur, de découvrir comment chacune de ses doctrines est née et s'est transformée. La méthode consistera à étudier ses doctrines rigoureusement dans Tordre chronologique ; c'est ce que les historiens des doctrines ont souvent oubhé de faire, mais qui n'est pas très difficile.
2^ Pour la critique d'exactitude, la position de la question est analogue. C'est un fait d'expérience que les hommes affirment souvent ce qu'ils ne savent pas, — soit parce qu'ils affirment sans preuve, — soit parce qu'ils se trompent, ou en observant, ou en faisant une des nombreuses opérations intellectuelles nécessaires pour aboutir à un jugement. C'est un fait d'expérience qu'ils se trompent plus souvent encore qu'ils ne mentent, parce qu'il faut de l'attention pour ne pas se tromper, tandis qu'il suffit de se laisser aller à la nature pour ne pas mentir.
Il n'y a aucun rapport fixe entre la réalité et les
(jG la méthode HISTORIOIK APPLIOTÉF. AUX DOCUMENTS
affirmations des gens qui croient savoir : pas plus qui! n'y a de critérium de sincérité, il n'y a un critérium d'exactitude. La précision des détails — qui fait trop souvent illusion — prouve seulement la force d'imagination du narrateur, elle n'est qu'une apparence d'exactitude. — Encore moins y a-t-il un rapport fixe entre le caractère général d'un homme et son exactitude dans un cas particulier. — Il ne reste donc ici. comme en matière de sincérité, qu'un procédé relatif, c'est de rechercher dans quelles conditions l'auteur se trouvait, et de se demander si ces conditions ont dû l'inchner plutôt à être exact ou plutôt à se tromper. Il faut faire cette recherche, d'abord en général, puis en particulier pour chaque affirmation. Ici. comme en matière de sincérité, le résultat sera relatif et provisoire, on arrivera seulement à distinguer les affirmations en suspectes d'erreur et non suspectes. Mais il y aura une catégorie de plus ; les cas où l'auteur a été dans des conditions telles qu'il ne pouvait rien savoir, parce qu'il n'avait aucun moven d'atteindre le fait qu'il affirme. En ce cas on sait que son affirmation est sans valeur; c'est un résultat négatif, mais définitif.
H. — Pratiquement, quand on fait l'histoire des faits, on n'a pas intérêt à faire séparément les deux critiques
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de sincérité et d'exactitude : on n'a pas besoin de distinguer ce que l'auteur a cru, car on ne s'intéresse en rien à sa croyance ; l'auteur n'est qu'un intermédiaire pour arriver à savoir le fait extérieur qu'il peut avoir connu. Pour abréger, on a donc avantage à réunir en un seul le travail des deux critiques.
Il s'agit de savoir si l'auteur a opéré correctement, d'abord en observant le fait, puis en rédigeant le document, s'il ne s'est pas trompé et s'il n'a pas menti. C'est le problème le plus embarrassant de toute la critique. Nous ne connaissons pas vraiment les lois psychologiques du mensonge ou de la sincérité ; même en voyant opérer devant nous un homme, nous ne pouvons assurer, à l'entendre parler, s'il ment ou s'il est sincère ; or, nous n'avons pas même vu opérer l'auteur. — D'autre part, il est vrai que nous connaissons les règles de l'observation exacte, ce sont les règles des sciences d'observation. On peut même les formuler:
1° Regarder avec une attention soutenue en pensant à un fait bien délimité, d'une espèce déterminée d'avance, en étant averti d'avance qu'il va se produire, et en n'ayaùt plus qu'à noter le moment oi^iil se produit ;
2° N'avoir aucun intérêt pratique au résultat, aucune idée préconçue sur le résultat ;
3^ Noter le fait observé aussitôt qu'on l'a aperçu, et suivant un système précis de notation.
En voyant opérer un homme nous pouvons savoir s'il opère correctement, car nous voyons s'il applique les règles. Mais l'auteur du document nous ne l'avons pas vu opérer ; nous savons seulement qu'il n'a certainement pas opéré dans les conditions d'une correction complète, que quelques-unes de ses opérations doivent avoir été incorrectes. La question se pose donc ainsi : déterminer dans quelle mesure un auteur que nous n'avons pas vu opérer a opéré correctement, et quelles sont les opérations qui ont été incorrectes. Évidemment, la réponse ne peut être pleinement satisfaisante, on ne peut espérer qu'une solution relative. (On indiquera plus tard par quels expédients on peut tirer parti de ces solutions imparfaites.)
Voici quels moyens permettent de donner du moins une réponse utilisable en pratique.
D'abord on peut réunir les renseignements généraux sur les conditions générales dans lesquelles a opéré l'auteur ; soit qu'on possède des renseignements extérieurs fournis par la critique de provenance, soit qu'on se procure ces connaissances par l'analyse intrinsèque du document. On a donc à se poser plusieurs questions : L'auteur donne-t-il des renseignements sur les conditions oii il opérait ? Sont-ils sincères ? Y a-t-il trace de la façon dont il a procédé ? Il s'agit surtout de chercher les conditions
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générales qui ont pu l'incliner à opérer incorrectement, à mentir, à affirmer légèrement, à se tromper. Il faut donc dresser un questionnaire général où seront prévus les motifs les plus puissants d'incorrection, ou par insincérité, ou par erreur. On se demandera : Quel intérêt, personnel ou collectif, l'auteur a-t-il eu à mentir ? Quels préjugés de sentiment ou de doctrine, quelles habitudes de langue, ont pu lui faire déformer la vérité? A-t-il eu les éléments de connaissances nécessaires pour son travail ? Savait-il travailler? A-t-il eu la possibilité d'observer les faits? On doit répondre pour son compte à ces questions et s'assimiler les résultats de cet examen, car il faudra les avoir constamment présents à l'esprit pendant l'opération de critique.
Mais ce questionnaire ne mène pas loin. Car il faut pouvoir faire la critique non pas en général de l'auteur, ni même en général du document, mais en particulier de chacune des opérations d'esprit qui ont produit le document. Or, en pratique, ces conditions ne sont pas directement connues. Il ne reste donc qu'à les imaginer d'après la connaissance générale que nous avons des procédés habituels de l'esprit humain et de ses déformations habituelles. Mais il faut garder nettement conscience du caractère psychologique de cette pratique, afin de
n'en jamais perdre de vue le caractère relatif et provisoire.
Sur chacune des opérations de l'auteur, représentées par une affirmation indépendante, on travaillera avec un questionnaire, qui pourra être d'abord écrit et conscient et qui bientôt deviendra instinctif.
Essayons d'abord de prévoir les cas oii il est probable que l'auteur aura manqué de sincérité. Normalement il est plus commode de dire ce qu'on croit que de mentir ; mais il suffît, pour faire dévier un homne de la ligne naturelle de sincérité, de la moindre intention de produire sur le lecteur du document une impression que la vérité ne produirait pas. Il faut donc dresser la liste des intentions possibles, elle servira de questionnaire pour examiner la sincérité de chaque affirmation. Voici une énumération des intentions qui peuvent agir sur un auteur et par conséquent qui rendent son affirmation suspecte.
1^ L'auteur a eu un but pratique; il a voulu obtenir un résultat déterminé en donnant un renseignement faux; toute affirmation intéressée est suspecte. On doit donc chercher quel intérêt l'auteur a pu avoir à présenter les faits d'une certaine façon. Il faut prévoir non seulement l'intérêt personnel, mais l'intérêt collectif qui n'est pas toujours facile à démêler, intérêt de parti, de secte, de corporation, de nation. Toutes
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les déclarations collectives, tous les documents officiels rentrent dans cette catégorie.
2° L'auteur a voulu rédiger un document authentique ; et il se trouvait sur quelques points dans des conditions ide lieu, de personnes, de moment) , contraires aux règles prescrites pour rédiger ce document; il ne pouvait avouer la vérité dans le document, il a donc fallu qu'il mentît sur tous les points où il n'était pas en règle. C'est le cas de tout document authentique : d'ordinaire il est vrai dans presque toutes ses parties, et faux dans quelques-unes. La loi exige qu'un acte soit reçu par deux notaires ; le document dira : « Par devant maître un tel et son collègue )). et il n'y aura pourtant qu'un seul notaire. Si les délais prescrits par le règlement pour faire un acte sont passés, l'acte sera anti-date, c'est-à-dire pourvu d'une date fausse. Si les assistants légalement nécessaires sont absents, on les déclarera présents ; nouveau mensonge. Les règles rigides imposées à ce genre d'actes sont, non comme on le croit souvent, une garantie de sincérité, mais au contraire une chance de mensonge.
3° L'auteur a eu des sympathies ou des antipathies pour un individu, ou pour un groupe, ou pour certaines idées. Il faudra déterminer ces hommes, ces groupes, ces idées pour savoir précisément sur quelles affirmations auront agi ces sentiments de l'auteur.
Â!^ L'auteur a été entraîné par une vanité individuelle ou collective. Il faudra déterminer Fespèce de vanité, car la vanité est très variable suivant les temps, les pays, les personnes; on peut mettre sa vanité à massacrer, à piller, à tromper; et il peut arriver qu'un homme, par vanité, se vante d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Il faudra aussi reconnaître de quel groupe l'auteur se sent solidaire, et s'il est atteint de vanité nationale, corporative, ecclésiastique, etc.
5^ L'auteur a été dans l'obligation de se conformer aux idées générales de son public, par crainte du blâme ou du scandale; ce qui l'a incliné à conformer ses affirmations aux idées courantes. Il faudra démêler ces convenances obligatoires qui varient d'une époque à l'autre et qui sont une cause puissante de déformation.
6^ L'auteur avait des habitudes littéraires ; il a fait subir en partie, sans en avoir conscience, à ses affirmations une déformation dramatique, romanesque, lyrique, oratoire, pour produire plus d'impression sur ses lecteurs. Cette cause d'altération est très importante dans les documents qu'on appelle « historiques » (narratifs ou descriptifs).
7*^ L'auteur a trouvé plus court d'inventer que de se renseigner, il a menti par simple paresse. C'est le vice habituel des statistiques, et en général des docu-
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ments obtenus par réponses à un questionnaire. Vous dérangez un employé pour lui faire faire un travail qui ne rintéresse pas, il yous répondra au hasard pour se débarrasser de vous. Voilà probablement la cause d'erreur la plus active dans les sciences sociales, oii l'on opère surtout sur des documents rédigés par des fonctionnaires.
Ainsi sera dressée une liste des cas ordinaires oii le document risque d'induire en erreur par défaut de
sincérité.
Une seconde liste comprendra les cas d'erreur venant de ce que l'auteur n'a pas opéré correctement. Ici il faut d'abord distinguer les cas où l'auteur n'a pas pu opérer correctement, car, s'il ne l'a pas pu, son affirmation n'est pas seulement suspecte, elle est nulle.
Voici le questionnaire des conditions qui rendent l'opération correcte impossible, ou très improbable. — Quelques-unes sont déjà prévues dans le questionnaire général sur les conditions générales oii opérait l'auteur. Savait-il faire les opérations intellectuelles correctement? Savait-il abstraire, raisonner, généraliser, calculer, observer? Savait-il faire la critique, dans les cas oi^i il opérait de seconde main avec des renseignements rédigés par d'autres sur des faits qu'il n'avait pas observés lui-même ? Ou a-t-il au contraire montré une incapacité évidente en commet-
tant des erreurs fréquentes dans un de ces genres
d'opérations?
En outre pour chaque opération particulière il faut un questionnaire où sont prévues les conditions de l'opération et les chances ordinaires d'erreur. Et d'ahord : L'auteur a-t-il opéré par un travail personnel? Ou répëte-t-il l'affirmation d'un autre? A chacune de ces deux situations s'apphque une série différente de questions.
1®^ cas. L'aiiteur a opéré personnellement, il faut se demander : 1° Comment l'auteur a-t-il entrepris son travail? S'est-il mis au travail spontanément ou pour répondre à une question ? La distinction est très importante dans les sciences sociales, oîi l'on use beaucoup de l'enquête par questionnaires. On doit se demander si l'auteur ne répondait pas à une question qui lui suggérait la réponse ; ces réponses suggérées n'ont pas la même valeur qu'une déclaration spontanée.
2*^ L'auteur a-t-il opéré en faisant lui-même l'observation directe sur laréahté? Ou a-t-il dû passer par l'intermédiaire d'une opération intellectuelle. Dans ce cas on se demandera d'abord : Quelles données l'auteur pouvait-il avoir? La valeur d'une opération dépend avant tout de la valeur des données sur lesquelles elle s'est faite ; elle ne donnera aucun
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résultat utile, si elle a au point de départ des données insuffisantes. C'est donc la question capitale, on ne saurait trop le rappeler à tous ceux qui ont à utiliser des statistiques ; ils sont trop portés à oublier qu'un tableau statistique n'est pas une observation directe, et à accepter les résultats du calcul sans même chercher à s'en représenter les données. Puis on se demandera quelle opération l'auteur a faite : A-t-il dû abstraire, généraliser, calculer? Et quelles chances avait-il d'opérer incorrectement ? 11 suffît, pour répondre à ces questions, de se représenter les opérations nécessaires pour arriver à un résultat analogue à celui qui est formulé dans le document, et de prévoir les erreurs habituelles à chacune de ces opérations.
3° Si l'auteur a opéré par observation directe, n'y a-t-il pas eu entre lui et Tobjet à observer une cause d'erreur personnelle ? L'hallucination est rare et on n'a guère à la prévoir, surtout en sciences sociales. Mais l'illusion est fréquente, elle provient de l'habitude devoir les choses se passer d'une certaine façon. Si les choses viennent à se passer autrement ou si l'on est transporté dans un autre milieu, on continue à voir ce qu'on est habitué à voir. Souvent même on n'observe pas réellement, on admet d'avance sans regarder ce qu'on croit a priori df^.Yoir 'y'i produire. C'est
Taction du préjugé ; une opinion préconçue sur un fait empêche d'apercevoir ce fait tel qu'il se présente.
4° En supposant que l'auteur a vraiment observé, a-t-il été dans des conditions favorables pour observer, placé de façon à bien voir, libre de préoccupation et d'opinion préconçue? A-t-il noté son observation aussitôt et l'a-t-il notée avec précision ? Ou bien a-t-il été dans les conditions inverses et par conséquent défavorables? Ou même a-t-il été hors d'état d'observer.
2"^ cas. L'auteur n'a pas opéré personnellement, il a reproduit l'affirmation d'un autre. C'est le cas habituel, la plupart des affirmations contenues dans un document sont de seconde main, — quand elles ne sont pas de troisième. — Logiquement il faudrait remonter à la source, rechercher dans quelles conditions a opéré l'auteur primitif, celui qui a lui-même observé le fait : et il faudrait s'assurer s'il a opéré correctement. Mais en pratique on n'a presque jamais les renseignements nécessaires à cette recherche. Tout ce qu'on peut atteindre, quelquefois, c'est le procédé de transmission par lequel l'auteur du document a reçu son affirmation. On peut reconnaître si elle lui vient par voie orale ou par voie écrite. En principe la transmission orale perd toute valeur lorsqu'elle a traversé plusieurs intermédiaires ; elle devient la légende. Les