I. — Quelle est l'action des faits individuels sur les
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faits sociaux? On doit préciser cette question en analysant les faits sociaux. On a montré plus haut (p. 277) qu'il faut parler des phénomènes économiques non en bloc (la structure économique est une métaphore dangereuse), mais en les décrivant d'une façon empirique de façon à en apercevoir la nature réelle. De môme qu'il n'y a pas de structure économique totale qui détermine l'organisation poUtique totale d'un peuple, il n'y a pas de structure économique qui soit déterminée en bloc par quelque autre phénomène unique. Il y a dans une société une série d'habitudes économiques et d'arrangements collectifs de vie économique. C'est sur chaque habitude et chaque arrangement en particulier qu'on doit chercher quelle action exercent les faits d'une autre nature. 11 faut donc avoir présente à l'esprit la série de ces habitudes et de ces arrangements :
1*" Procédés techniques de production et de transport, division du travail par arrangement collectif entre les travailleurs de tout genre, y compris les directeurs.
2*^ Procédés pour fixer la valeur et la représenter, procédés pour faire les échanges, arrangements de commerce, monnaie et crédit.
3"* Procédés de partage et de distribution, procédés de transmission des objets et des valeurs repré-
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sentatives, régime de propriété et de contrats.
4"" Classement des membres de la société d'après leur occupation et d'après leur part dans la distribution des valeurs.
Quant à la consommation, on discute si elle doit être classée parmi les faits économiques ; c'est la théorie de l'école américaine, fondée sur l'action décisive de la consommation. En Europe l'histoire des habitudes de consommation est restée une partie de l'histoire des mœurs.
De même les phénomènes démographiques doivent être analysés, car il faut chercher séparément l'action des autres phénomènes humains sur chacun d'eux. On devrait donc distinguer : IMe chiffre total de la population ; 2^ la densité et la distribution des agglomérations ; 3*" la proportion des qualités, âges, sexes, religion, degré d'instruction ; 4"^ les mouvements de la population, natalité, mortalité, mariage, émigration ; 5"* les accidents réguliers, maladies, crimes, suicides, etc.
Pour chacun de ces phénomènes, économique ou démographique, la question se pose : Quelle action subit-il de la part des autres? Par quelle habitude ou quel arrangement intellectuel, privé, pohtique, a-t-il été produit? Par quel mécanisme, matériel ou psychique? — Quand on étudie l'évolution, c'est-à-dire
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rhistoire de ces faits, on doit se demander quel changement intellectuel, privé, politique a produit ou a influencé le changement économique ou démographique. Cet interrogatoire organisé en méthode est un préservatif contre la tendance à chercher l'explication des faits et des transformations économiques dans ces faits eux-mêmes, contre la tentation de comparer des tableaux ou des courbes statistiques pour déterminer la cause des évolutions sociales.
L'action des faits individuels sur les faits sociaux se présente sous deux formes : 1° des usages ou habitudes communes, c'est la forme la plus importante; 2° des événements uniques.
IL — Les usages communs aux individus d'un môme groupe sont soit des conceptions que tous les individus de ce groupe (ou la plupart) admettent, soit des actes qu'ils font et qu'ils renouvellent en imitant un même modèle. On peut les classer en deux : 1*^ usages intellectuels, où la partie essentielle est une conception intellectuelle, l'acte matériel étant seulement un symbole destiné à manifester la conception (croyances, arts, sciences, doctrines); 2° usages matériels oii la partie essentielle est matérielle, l'acte intellectuel ne servant qu'à diriger les actes matériels (alimentation, vêtement^ habitation, divertissements, cérémonies.
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Dans l'histoire des usages intellectuels il faut rechercher ceux qui ont uae action appréciable sur l'organisation de la vie économique ; c'est-à-dire qui peuvent modifier les actes ou les arrangements économiques (objets, produits, division du travail, voies de transport, commerce, propriété).
l^ Les croyances. On peut s'attendre a priori à ce qu'elles aient une action décisive sur toute la conduite des individus, car chaque homme arrange sa vie suivant la conception générale qu'il se fait du monde et de la place qu'il y tient.
Cette conception agit directement sur chacun de ses actes, par suite sur chacun des éléments démographiques qui dépendent de la volonté, le domicile, rémigration, la natalité, le mariage, le suicide. (On voit sans peine combien tous ces faits dépendent par exemple delarehgion.) Elle agit sur tous les faits delà vie économique qui dépendent du choix des individus membres de la société, avant tout sur l'appréciation des objets et des services, sur la valeur. C'est uniquement par suite d'une croyance que les services des prêtres ou des sorciers et les actes rituels des religions sont recherchés et payés chèrement. — Négativement cette conception agit pour restreindre la production et la distribution, en faisant considérer comme interdits des actes impurs ou des relations avec des êtres
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impurs religieusement ou moralement. Ainsi le vin, le porc, les spiritueux sont sans valeur quand la religion ou la morale les interdisent. — Indirectement elle agit en entravant les groupements économiques entre les hommes séparés par des différences de croyance, par exemple dans les castes de l'Inde. Il est donc indispensable pour l'histoire sociale de tenir compte de l'histoire de la croyance.
Les croyances prennent des formes variées. Les plus importantes sont : la rehgion, ensemble de croyances organisées sous forme de rites et de dogmes, — les doctrines philosophiques, — les préceptes moraux. Cet ensemble énorme, l'historien des faits sociaux n'aura pas besoin de le connaître en détail; il pourra se borner à chercher les faits qui peuvent avoir eu une action pratique sur la vie sociale. Il écartera donc toute la métaphysique, toute la morale théorique, toute la théologie doctrinale ; il s'en tiendra aux croyances rehgieuses, philosophiques ou morales qui portent sur le devoir pratique, et aux prescriptions rituelles (c'est-à-dire aux croyances et aux prescriptions qui règlent la conduite). Tous ces faits sont étudiés dans les histoiies spéciales, il suffira de savoir les y trouver.
La difficulté pratique sera de localiser les croyances, de savoir dans quel groupe d'hommes elles ont eu une action réelle sur la conduite; les spéciaKstes s'occu-