‹ La méthode historiqueChapitre 45 sur 45 · V Évangile et l'Église, p. 75 as · texte numérisé non relu

V Évangile et l'Église, p. 75 as

que le fait d'un retour du corps à la vie est à prendre ou à laisser. L'historien qui est décidé à ne pas admettre le surnaturel le rejettera purement et simplement. Au lieu de dire que la foi des Apôtres a été excitée par les apparitions, il supposera bien plutôt que les apparitions sont dues à la surexcitation de leur foi.

De toute façon si la réalité objective de l'apparition est douteuse, on voit quelle peut être la réalité objective des paroles prononcées par Vapparition. Tout s'évanouit dans le clair-obscur de la foi, et le message de Pâques n'a pas de valeur propre. Nous n'en avons que plus le droit de demander à l'historien de nous expliquer le fait de la foi de l'Église, qui, lui, n'est pas une apparition dont on ne peut constater la réalité.

Jésus est mort ayant annoncé qu'il serait le Messie : les apparitions elles-mêmes n'étaient point un motif suffisant de croire à sa divinité, si ce fait était isolé de tout le reste. Quand viendra donc cette conviction que Jésus était Dieu? Avec saint Paul, avec saint Jean..., et ils entraînent toute l'Église? C'est ici que la vraie méthode historique proteste contre une solution aussi fragile. Les trois Synoptiques, avec des points de vue différents, sont d'accord pour montrer combien en Jésus la qualité de Fils de Dieu déborde l'idée messianique, au point que cette filiation ne peut être

entendue qu'au sens naturel. Leur opinion est incontestablement la foi de l'Église. Or ils ont eu des sources. Cette idée circule partout daus les Évangiles, quoique discrète, presque voilée. Il faut qu'elle soit extraite, pour ainsi dire, des paroles les plus simples et les plus authentiques de Jésus. Comment Paul, qui n'a pas connu Jésus, a-t-il pu obtenir qu'on refit son histoire en la transposant selon son idéal à lui du Christ ressuscité, et comment les premiers disciples ont-ils assisté muets à cette transformation? Nous demandons qu'on nous rende le Pétrinisme, qui marquait du moins une étape nécessaire dans cette voie; et s'il n'a pas été reconnu viable, c'est donc que le Paulinisme n'a pas existé non plus de cette façon.

Mais le moment n'est pas venu d'examiner les faits. Il s'agissait seulement de comparer des méthodes. On a voulu isoler le témoignage des évangélistes, ne voir en eux que des historiens, presque des esprits critiques ne constatant que des faits, — pour les retrouver ensuite auteurs canoniques et inspirés dont chaque parole est l'expression précise de la vérité. A cela d'autres objectent

avec raison que les évangélistes sont les témoins de la foi. Mais lorsqu'on en conclut qu'ils ne nous apprennent à peu près rien de la vie réelle de Jésus, parce qu'ils Tont écrite telle que la foi de rÉglise l'avait transformée, et qu'ils ne sont plus témoins des faits, parce qu'ils les envisagent dans leur aspect surnaturel, nous répondons que la foi de l'Église elle-même n'a pu reposer sur le néant, mais sur des faits dont la réalité objective avait été dûment constatée, et que les évangélistes, pour être témoins de la foi, ne cessent pas d'être témoins des faits.

Cette voie moyenne nous permettra, croyonsnous, d'opposer de bonnes raisons à une solution prématurée dont les conséquences seraient si graves. On affirme que Jésus ne s'est pas cru d'autre mission que celle de préparer le monde au jugement qui allait mettre fin à ses destinées, ni d'autre titre que celui de Messie prédestiné, tel que les Juifs l'attendaient. Pour M. Loisy, cela est si bien établi qu'il ne reste au catholicisme d'autre ressource que de s'harmoniser avec ce point d'histoire. Mais ce n'était certainement pas ce qu'ont pensé les Synoptiques, ni ce que pensait l'Église, ni ce que pensait saint Paul. Ce ne sont pas des combinaisons artificielles qui peuvent ébranler ce triple témoignage^

Il reste néanmoins à étudier de plus près l'idée

du royaume de Dieu et du Messianisme. Il reste à savoir si l'idée du Messie était aussi restreinte qu'on voudrait maintenant qu'elle Tait été, et si Jésus lui-même n'avait pas conscience que sa mission et sa personne dépassaient l'attente générale de son temps. C'est encore à la critique et à l'histoire que nous devrons avoir recours dans l'étude de ce difficile problème, car nous nous obstinons à ne pas les croire compromises et nous ne voulons point en désespérer.

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