‹ La méthode scientifique de l'histoire littéraireChapitre 132 sur 135 · Lettre du 7 juia · texte numérisé non relu

Lettre du 7 juia

est limitée, s'use et s'épuise par la sensation même, et cela d'autant que la sensation est plus vive et plus durable. Un centre nerveux, à force d'être sollicité à l'exclusion des autres, se fatigue, s'émousse, et le plaisir que nous trouvions d'abord dans son activité se transforme peu à peu en souffrance. Cela provoque du même coup le désir, la tentation de mettre en œuvre les autres centres nerveux restés inertes pendant ce temps-là, et c'est ainsi que nous appelons de tous nos vœux avec une énergie croissante la variété salutaire, seule capable de nous délasser et de satisfaire notre sensibilité en la stimulant sur des points où elle est fraîche et reposée.

C'est à ce besoin de changement que répondent mille choses dans la vie de tous les jours : l'institution des récréations et des vacances dans les écoles; l'habitude d'entremêler dans l'enseignement divers sujets d'études, histoire, langues, mathématiques; les brusques volte-face de la mode; le goût des voyages et des jeux; les règles de rhétorique qui recommandent à l'écrivain de réveiller l'attention par la diversité des tournures, etc.

Peut-être faut-il croire que, si nous éprouvons un si tyrannique appétit de changement, c'est que tout change à tout ins- • tant en nous et autour de nous. Est-ce que notre être physique et moral n'est pas en incessante métamorphose? Notre substance ne se renouvelle-t-elle pas plusieurs fois au cours d'une existence moyenne, si bien que le vieillard a dans son corps bien peu des éléments qui composaient les membres de l'enfant? Un seul de nous pourrait-il dire à la lettre : je suis aujourd'hui ce que j'étais hier? Chaque moment ne voit-il pas un état de conscience nouveau s'ajouter à ceux dont la série constitue notre personnalité? De même, autour de nous rien ne demeure fixe et immuable. Nous voyons le jour succéder à la nuit, l'hiver à l'été, le soleil à la pluie. L'arbre, le lac, le ciel n'ont plus le soir le même aspect que le matin. Musset frappé, après Diderot, de cette éternelle mobilité des apparences, de cette ronde fantastique où nous sommes emportés avec tout ce qui nous environne, s'écriait avec éloquence * :

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