INTRODUCTION AU LIVRE DEUXIÈME
Les professions qui sont nécessaires à la subsistance des sociétés ont été longtemps réunies dans chaque famille, transmises par l'apprentissage delà vie, exercées sous la haute direction du père; et telle est encore la constitution des races prospères, simples et éparses, qui abondent en quelques contrées de l'Orient et du Nord. Il en est autrement chez les races de l'Occident qui restent prospères tout en se compliquant et en s'agglomérant (4). Même, en ce qui touche seulement la vie matérielle, les professions sont exercées par des familles distinctes; l'apprentissage en est favorisé par l'enseignement d'une science spéciale; et le contrôle en est confié à des autorités établies en dehors de la famille.
Les sciences ^professionnelles, qui ont exclusivement pour objet les intérêts relatifs au travail de la matière, ont marché vers leur amélioration d'un pas assuré : c'est ce qui est arrivé, notamment pour la métallurgie1.
4. Ainsi, par exemple, l'art do fondre les minerais d'argent n'est, au fond, que l'application de certaines lois fort délicates qui, découvertes de nos jours par la chimie, restaient jusqu'alors inconnues des savants. Cependant, lorsqu'on observe les scories de la fusion de ces minerais, maintenant obtenues sur les côtes de Murcie, en Espagne, on est tout étonné de constater que ces scories
Au contraire, les sciences, telles que la médecine, où la vérité est moins nettement indiquée par l'expérience, ont été souvent entravées dans leur perfectionnement par des erreurs reposant sur des idées préconçues.
La science des sociétés reste, jusqu'à ce jour, celle qui comporte le moins une marche régulière. Les indications de l'expérience n'y sont pas moins évidentes que dans toute autre science; mais elles sont plus masquées par les idées préconçues émanant de l'erreur et du vice, et surtout par l'impulsion fausse qu'impriment souvent aux peuples l'ignorance et l'égoïsme des gouvernants. C'est chez les races simples de l'Orient et du Nord que la pratique de la science est le moins entravée par ces obstacles. La loi morale, source de la vérité, est peu obscurcie par la complication des travaux et les difficultés de l'existence. La famille est à peine touchée par les agents de la souveraineté. Soumis à l'autorité paternelle, la seule que le Décalogue institue, les individus n'ont point à souffrir de la division d'intérêts qui existe ailleurs entre les particuliers et les gouvernants. C'est dans les petits groupes gouvernés par les pères que se peint le mieux le résultat des
ne témoignent pas d'une pratique meilleure que celles qui ont été produites, dans les mêmes lieux, il y a trente siècles, par les Phéniciens. Dans l'ordre matériel, l'homme adopte donc volontiers la pratique utile, non fondée sur la doctrine; tandis qu'il la repousse souvent dans l'ordre moral, alors même qu'elle repose sur les autorités les plus respectables.
Ces vérités, que j'aperçus, dès 1834, en analysant les scories phéniciennes, me furent confirmées en 1847 par quelques centaines d'analyses opérées sur les produits de la méthode admirable qui est appliquée dans le pays de Galles à la fusion des minerais de cuivre. Ce fut alors que je découvris l'expression des mêmes vérités dans les écrits d'un illustre Suédois : « Les arls métallurgiques ne livrent pas seulement à l'homme des produits utiles : ils sont, pour la science pure, un moyen d'expérimentation aussi fécond que la chimie, avec ses fourneaux et ses appareils... La science des fondeurs l'emporte sur beaucoup d'autres sciences, parce qu'elle ne se compose que de données certaines fournies par la pratique des ateliers. » (Swedenborg : Regnum subterraneum.)
diverses constitutions. Je vais montrer dans ce Livre que la méthode d'observation la plus apte à réformer les sociétés doit prendre pour objet l'étude des familles. Au surplus, mes concitoyens peuvent en trouver la preuve dans chaque volume des Ouvriers européens : ils souffrent plus que tout autre peuple ; et c' est aussi chez eux que la famille offre le moins de résistance à la corruption et à la tyrannie des gouvernants.