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DE LA RÉFORME

A toutes les époques de prospérité, les gouvernants ont eu pour mission de ramener au vrai les égarés ; et ils ont atteint ce but en donnant leur appui aux chefs légitimes de la vie privée, à ceux que le fondateur de la démocratie américaine, Thomas Jefferson, nommait « l'aristocratie naturelle » (VI, In, s). Aujourd'hui, sous la pression des erreurs qui ont déchaîné les maux dont nous souffrons, ces

\. «Qu'est-ce que la liberté sans la sagesse et sans la vertu? C'est le plus grand de tous les maux possibles; car c'est à la fois la déraison, le vice et la folie, sans limites et sans frein. »(Burke : Réflexions sur ta révolution de France, trad. sur la 3e édition; Paris (s. d.), p. 530.) — « Dans les mêmes positions, les devoirs ne sont pas les mêmes pour tous les hommes, et il est demandé davantiee à celui qui a le plus reçu. » (Esprit de M. de Bonald, par M. le docteur de Béai mont, § 148.) — « Le prince peut se redresser lui-même quand il connuit qu'il a mal fait; mais, contre son autorité, il n'y a de remède que son autorité. » (Bossuet : Politique Urée de V Écriture sainte, IV, 4.)

chefs sont, pour la plupart, devenus incapables de remplir cette partie de leur fonction. Les gouvernants ne sont pas réduits à cet état d'impuissance par indifférence, et encore moins par mauvaise volonté. Ils ne résistent point aux réformes que réclame impérieusement l'état actuel de souffrance, et ne repoussent pas les vœux qui seraient exprimés par l'opinion publique. Loin de là, ils obéissent aux convictions qui émanent de l'erreur des gouvernés. C'est d'ailleurs l'opinion dominante, mais égarée, qui est, au fond, le véritable obstacle : c'est elle qui, sous tous les régimes, désigne plus ou moins directement les gouvernants au choix des souverains ou au suffrage des peuples. En ce qui touche l'impulsion imprimée soit à la souffrance, soit à la réforme, la situation de l'Occident s'est complètement modifiée depuis un siècle. Ce changement, très marqué chez les Français, commence à prendre chez leurs voisins une allure rapide. A l'époque funeste où les autorités traditionnelles donnaient l'exemple de la corruption et ruinaient ainsi l'ascendant moral qui est leur vraie force, des novateurs imprudents usurpaient, sans profit pour la réforme, l'empire de l'opinion. J.-J. Rousseau, Diderot, Wolf, Adam Smith, Franklin, Jefferson, Turgot1 et La Fayette répondaient par la propagation

4. Turgot est un des hommes qui, par une nouveauté imprudente, ont provoqué les mesures révolutionnaires, auxquelles est due la destruciion de l'entente traditionnelle du patron et de l'ouvrier. Il est souvent loué par nos contemporains; mais il a été sévèrement jugé par les hommes de son temps.

« Il y avait en France, » dit un pamphlet intitulé Le Songe de M. de Maurepas et attribué à Monsieur (depuis le roi Louis XVIII), « un homme né avec plus de rudesse (pie de caractère, plus d'entêtement que de fermeté, d'impétuosité que de tact..., aussi étranger aux hommes qu'il n'avait jamais connus, qu'à la chose publique qu'il avait toujours mal aperçue; il s'appelait Turbot. C'était une de ces tôles demi-pensantes qui adoptaient toutes les visions, toutes les manies gigantesques. On le croyait profond, il était creux; nuit et jour, il rêvait philosophie, liberté, égalité, produit net... » (Guizot : Histoire de France racontée à mes petits enfants, t. v.J

d'erreurs coupables au vœu des nations, qui demandaient seulement le moyen de résister à l'invasion du vice. Aujourd'hui, ce sont les nations qui résistent à la restauration du vrai et du bien. Depuis un quart de siècle, je constate journellement l'indifférence ou l'hostilité des opinions dominantes vis-à-vis des historiens, des savants de notre École des Chartes et des autres classes studieuses, qui, secouant le joug des erreurs préconçues et méprisant les faux dogmes de 1789, demandent la réforme des sociétés à l'observation impartiale et contradictoire des faits sociaux. On a vu attaquer par des groupes dits conservateurs et par les anciennes noblesses l'autorité paternelle, dont le principe n'avait point été contesté jusqu'à ces derniers temps, même par les égarés et les vicieux qui se révoltaient contre elle. On a vu également, sous le second empire, un Corps législatif dévoué au gouvernement résister à l'effort fait par son président, sous l'inspiration de l'Empereur, pour restaurer, dans la loi écrite de la France, ce fondement de toute autorité humaine1. En résumé, il faut renoncer momentanément à l'espérance devoir les gouvernants remédier par leur initiative à l'état actuel de souffrance. Cette impuissance aurait persisté, môme sous les gouvernements monarchiques qu'on

I. On ne saurait trop honorer la mémoire des quarante-deux députés qui, le 3 avril 1865, eurent le courage de défendre l'autorité paternelle contre la plus dangereuse aberration de l'opinion publique. J'inscris ici leurs noms, extraits du journal officiel : — « MM. Ancel, le comte d'Arjuzon, le comte d'Aygues- « vives, Barlholoni, le prince de Beauvau (Marc), Bethmont, le comte de Boignes, « Bourlon, Bûcher de Chauvigué, le comte Cafarelli, le comte de Champagny « (Jérôme), le comte de Champagny (Napoléon), de Chiseuil, le vicomte Clary, « le baron de Ccehorn, Coulaux, de Dalmas, Dolfus (Camille), Duplan, Dupont « (Paul), Etcheverry, Geoffroy de Villeneuve, Gellibert des Seguins, Granier « de Cassagnac, le vicomte de Grouchy, le marquis d'Havrincourt, Hénon, « Kolb-Bernard, Lambrecht, le comte de Latour, Lubonis, le duc de Marmier, « Martel, Palluel, Pissart, le vicomte de Plancy, le baron de Reinach, Tabbot, « Terme, le baron de Yeauce, de Wendel. »

a voulu restaurer depuis 1871 (1,5). Sur ce point, les « conservateurs » n'auraient pas manqué de justifier le nom qu'ils se donnent avec si peu de discernement. Il faut donc chercher auprès d'autres hommes les vrais promoteurs de la réforme sociale de l'Occident.

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