‹ La méthode sociale; abrégé des Ouvriers européensChapitre 5 sur 114 · VI AVERTISSEMENT DE LA MÉTHODE SOCIALE · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT DE LA MÉTHODE SOCIALE

livre utile sur les défaillances invétérées de notre race si je faisais le récit des efforts que j'ai tentés depuis 1848 pour restaurer l'enseignement et la pratique de l'art des voyages. Dans cette partie de ma lâche, je me suis constamment heurté à deux écueils : l'absence de toute initiative individuelle ; les inconvénients d'une nouvelle organisation bureaucratique. Ma conviction à cet égard s'est surtout formée en trois occasions principales.

En mai 18/t<8, dans les circonstances que j'ai décrites (III, m, 21), mon ami Jean Reynaud, alors sous-secrétaire d'État, me chargea, avec l'autorisation de son ministre, M. Carnot, d'organiser une « école d'administration ». Dans notre pensée, cette institution devait former des hommes qui compléteraient leurs études par le système de voyages que nous avions nous-mêmes pratiqué et perfectionné en 1829 comme élèves ingénieurs des mines. En 1850, cette école fut abolie, au milieu des divisions intestines provoquées par les partis politiques. Je compris alors qu'une école de ce genre, dirigée par le gouvernement, exciterait toujours la discorde au sein des passions politiques déchaînées chez nous par les révolutions.

En 1858, l'empereur chargea MM. Rouher, Schneider et moi d'émettre un avis motivé sur un projet que lui avait suggéré son incessante sollicitude pour l'amélioration du sort des ouvriers. Je proposai de chercher les éléments de cet avis dans une enquête administrative et dans un voyage qui se résuma en une monographie de famille. En moins d'un mois, les trois conseillers arrivèrent à une conclusion unanime. L'empereur fut tellement satisfait d'un résultat aussi net et aussi prompt qu'il me proposa d'organiser près de lui un service spécial d'enquête fondé sur la méthode des Ouvriers européens. Après de mûres réflexions, je vis clairement le danger que pourrait offrir

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un jour une telle institution, sous des gouvernants qui. ne seraient pas loyalement inspirés, comme l'était l'empereur, par l'amour du peuple. Malgré l'attrait qu'une telle mission avait d'abord offert à ma préoccupation favorite, je priai l'empereur de ne point donner suite à son projet.

La fondation de la Société d'économie sociale, faite avec le haut patronage de l'Académie des sciences de Paris (xvr, 3), offrit une occasion favorable pour introduire en France l'art des voyages et pour en organiser l'enseignement. Depuis 1856, cette société a parfaitement atteint le but de son institution. Toutefois elle n'a pas eu assez de confiance en elle-même pour provoquer, par son patronage, l'enseignement désiré.

Comme je l'ai annoncé (xvn, 1 o), une école des voyages est maintenant à la disposition du public, mais elle n'est pas due à un concours d'initiatives individuelles C'est une œuvre personnelle, émanant d'un dévouement exceptionnel à la patrie et à la science. Les succès remarquables déjà obtenus par les premiers élèves démontreront les avantages de l'institution. Peu à peu les familles intelligentes voudront assurer à leurs enfants les bienfaits du nouvel enseignement. J'ai voulu hâter cet avenir eu extrayant des Ouvriers européens^ pour les réunir en un seul volume, les principaux éléments de la méthode sociale.

Dans mon plan primitif, ce volume, destiné surtout aux élèves de l'école des voyages, devait seulement reproduire la description de la méthode avec quelques autres parties du tome Ier des Ouvriers européens ; et il devait seul contenir Je Précis alphabétique des six tomes. Mais, à ce sujet, j'ai reçu deux sortes de réclamations. Les acquéreurs de la collection complète ont exprimé le vœu de ne point être privés de ce Précis. D'un autre côté, ceux qui doivent faire usage du présent volume ont demandé qu'on y insérât plusieurs documents qui dans le tome Iep accompagnent la

Vin AVERTISSEMENT DE LA MÉTHODE SOCIALE.

description de la méthode. J'ai été ainsi conduit à publier sous des noms différents deux livres presque identiques. Le présent volume n'en reste pas moins une publication fort opportune. La description de la méthode, insérée dans le tome Ier, y prend naturellement le caractère d'un procédé scientifique spécial à l'œuvre des Ouvriers européens. En fait, c'est le procédé le plus propre à mettre en lumière la constitution des sociétés où vivent les familles décrites. Publiée sous le titre donné au présent volume, la méthode reprend le caractère général que la description même lui assigne. Enfin ce volume, devenu étranger par son titre à la série des six tomes, n'a plus dans les bibliothèques, comme l'aurait son équivalent, le tome Ier, l'aspect d'un volume dépareillé.

Suivant ce même plan, la Méthode sociale devait être précédée d'une étude sur les doctrines modernes qui nient la constitution essentielle des sociétés. Le tome Ier des Ouvriers européens devait être complété par un épilogue général signalant la question sociale soulevée, en chaque pays, par le contraste qui règne entre la constitution locale et la constitution essentielle. Pour éviter une nouvelle extension des deux volumes et prévenir d'autres réclamations, j'ai décidé que ces matières feraient l'objet de deux brochures séparées qui sont en quelque sorte la synthèse des Ouvriers européens. Publiées dans le format in-1 8, ces brochures ont pour litres : la Constitution essentielle et la Question sociale.

Taris, lfr octobre 4873.

F. Le Play.

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