LES BÉNÉFICES DES INDUSTRIES DOMESTIQUES
Article l'r. — Importance sociale des industries domestiques.
Les détails présentés ci-dessus, touchant les travaux exécutés par l'ouvrier, sa femme et ses enfants, comprennent implicitement l'énumération des industries que la
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famille entreprend a son -propre compte. On a également indiqué comment la détermination des bénéfices produits par chacune de ces industries est liée intimement à celle des salaires et du revenu des propriétés. Le lecteur trouvera en outre, pour chaque monographie, dans la première partie des comptes annexés à chaque budget, de nombreux exemples de la détermination simultanée de ces éléments principaux du budget des recettes.
L'étude approfondie de quelques types d'ouvriers révèle bientôt le rôle important que jouent, dans l'économie sociale de l'Europe, Jes industries entreprises par les ouvriers, à leur propre compte. Elle prouve en outre que cette importance est encore plus grande peut-être au point de vue moral qu'au point de vue matériel. En premier lieu, ces industries constituent pour l'ouvrier ce qu'on pourrait appeler « l'apprentissage de la propriété ». Elles l'exercent à épargner le capital nécessaire à la conservalion de cette source de bénéfices. Elles lui apprennent, par conséquent, à résister, en vue d'un avantage plus ou moins éloigné, à l'excitation des appétits matériels. La famille entière est ainsi initiée à toutes les vertus qui dérivent de la prévoyance ; et elle s'élève, surtout par la sobriété, au-dessus des types inférieurs de la nature humaine. En second lieu, les industries domestiques donnent des recettes variées, qui sont pour la famille une source d'aisance et de. bien-être, indépendante des crises commerciales ou industrielles et, en général, des événements qui compromettent le salaire. Elles permettent a la partie la plus faible ou la moins valide de la famille, cala femme, aux jeunes enfants, aux vieillards, de contribuer au bienêtre commun autant que pourrait le faire l'ouvrier luimême. Elles offrent donc à un haut degré une partie des avantages qui sont propres soit aux subventions, soit aux
combinaisons modernes de l'industrie manufacturière. Elles n'ont point, d'ailleurs, comme ces dernières, l'inconvénient d'amoindrir l'indépendance de la famille et de soustraire la femme et les enfants au séjour tutélaire du foyer domestique. Enfin, ces branches d'activité développent l'intelligence et l'habileté manuelle des divers membres de la famille. Elles les habituent à combiner de petites opérations de technologie, de commerce et d'agriculture.
Article 2. — Importance relative des industries domestiques chez les six catégories d'ouvriers.
Les industries entreprises pour le compte de la famille ont une importance fort inégale, selon l'organisation sociale du pays et selon le rang que l'ouvrier occupe dans la hiérarchie du travail. On observe, d'un lieu à l'autre, des différences encore plus prononcées pour ce qui concerne la part prise à ce genre de travaux, soit par l'ouvrier, soit par les divers membres de la famille. Le cadre du budget a été tracé de telle sorte que ces diverses particularités y puissent figurer dans le plus grand détail.
En général, pour une organisation sociale donnée, le nombre et l'importance des industries domestiques augmentent à mesure que l'ouvrier s'élève plus haut dans la série des conditions qui séparent le simple ouvrierdomestique de l'ouvrier-propriétaire.
L'ouvrier-domeslique est souvent obligé, en Occident, de garder le célibat et ne peut se livrer à un travail qui ne se rattache pas directement au service du patron. Cependant, comme on l'a déjà indiqué précédemment, il existe à celte règle des exceptions qui se lient aux détails les plus caractéristiques de l'organisation sociale (IV, vu, 7). Ces exceptions se présentent surtout dans les con-
Irées où la condition d'ouvrier-domestique est essentiellement temporaire, où elle n'est qu'un stage dans lequel l'ouvrier fait l'apprentissage de sa profession et se procure, a l'aide de l'épargne, les moyens de devenir à son tour chef de ménage et de s'élever à une condition supérieure.
Les ouvriers-journaliers se procurent souvent de grandes ressources par l'exploitation des animaux domestiques, par la culture des légumes et des fruits, par l'élaboration des matières textiles et, en général, par des industries qui n'exigent qu'un capital faible et un matériel simple. Plusieurs d'entre eux commencent môme à annexer quelques spéculations au travail principal exécuté pour le compte d'un chef d'industrie. Ainsi, par exemple, au lieu de recevoir les outils de ce dernier, comme le font encore la plupart des salariés, ils fournissent ces outils eux-mêmes. Ils trouvent dans cette combinaison un supplément de salaire qui, eu égard à la valeur intrinsèque de la fourniture, est ordinairement assez considérable. La portion de ce supplément qui excède l'intérêt et la détérioration du capital engagé est un véritable bénéfice d'industrie, qui doit être consigné dans la quatrième section du budget. Ce genre de bénéfice est commun chez les journaliers qui font avec, leurs propres faux les récoltes de foins et de céréales, ou les travaux de terrassement avec leurs pioches (VI, m, 14).
Les ouvriers-tâcherons développent, en général, plus que ne le font les journaliers, le cercle des industries entreprises au profit exclusif de la famille. Ils doivent cette supériorité à trois causes principales : ils sont plus actifs et plus intelligents; ils disposent de ressources plus étendues; ils sont plus libres de régler l'emploi de leur temps conformément à leurs convenances personnelles.
En outre, ils entreprennent sur une plus grande échelle les diverses industries agricoles et manufacturières que l'on vient de citer pour les journaliers, et ils portent également plus loin l'esprit de spéculation. Leur spécialité consiste, en effet, à introduire, dans l'emploi de leur temps et dans les procédés de leur travail principal, une multitude de combinaisons ingénieuses. Ils parviennent ainsi à exécuter, dans les mêmes conditions, plus de travail qu'un ouvrier ordinaire, et ils obtiennent, en conséquence, une rétribution plus élevée. Le supplément de salaire obtenu, dans l'unité de temps, en sus de ce qui serait attribué a un simple journalier, doit être considéré comme le bénéfice d'une industrie propre au tâcheron. Cette industrie, si on la compare à celle du journalier, offre trois avantages : elle assure un meilleur emploi du temps; elle fait naître des méthodes de travail plus parfaites et plus rapides; elle garantit le chef d'industrie contre les pertes de main-d'œuvre, en mettant à la charge du tâcheron toutes les pertes de ce genre qu'impliquent les incidents de la vie humaine. Le tâcheron entreprend souvent à son propre compte, non seulement la fourniture des outils, mais encore celle du mobilier industriel, des ateliers et des matières premières du travail (III, iv, 14 ; VI, v, 44). Moyennant un système de primes pu d'amendes établies selon la qualité des produits fabriqués, le tâcheron s'engage parfois à garantir une bonne fabrication, ou, du moins, à prendre à sa charge les risques d'une fabrication défectueuse (II, m, 14). Enfin, touchant encore de plus près à la condition de chef de métier, certains tâcherons engagent à leur propre compte des aides et surtout des apprentis (III, vu, 14). Dans la spéculation fort complexe que cet engagement comporte, le tâcheron réalise ordinairement un certain bénéfice, après avoir pourvu à toutes les
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dépenses concernant l'entretien de l'apprenti et l'achat des matières employées par ce dernier avec pins on moins d'inexpérience.
On a cru devoir séparer en deux parties distinctes les deux éléments de la rétribution accordée pour leur travail principal aux journaliers et aux tâcherons. On a consigné dans la troisième section du budget des recettes, en regard du travail accompli, la portion de cette rétribution qui n'a point le caractère d'une spéculation ou d'une industrie; en d'autres termes, le salaire que recevrait un journalier exécutant le même genre de travail en ne fournissant que son temps. D'après les considérations qui viennent d'être exposées, on a, au contraire, porté la seconde portion dans la quatrième et dernière section, en tête des diverses industries entreprises par la famille à son propre compte. Cependant, comme ces distinctions ne sont pas toujours établies dans la pratique, on a pris soin de totaliser dans chaque budget, à la suite des deux évaluations partielles, ces deux éléments de la rétribution journalière du tâcheron.
La spécialité des ouvriers qui ont, à divers degrés, les caractères de tenancier, de chef de métier ou de propriétaire, consiste à exercer à leur propre compte, ou à compte commun avec le patron, une branche principale d'industrie. Celle-ci d'ailleurs est menée de front avec les industries accessoires qui peuvent être entreprises, soit par l'ouvrier lui-même, soit par la femme et par les enfants. Ces cas rentrent identiquement dans ceux qui viennent d'être examinés. La différence principale qu'il y a lieu de signaler consiste en ce que les bénéfices d'industrie comparés aux salaires ont ici plus d'importance, et que le calcul de ces bénéfices comprend des éléments plus nombreux et plus variés (II. n, ii; IV, v, 14).