LA MEILLEURE HIÉRARCHIE : AU BAS, LA SÉCURITÉ; AU SOMMET, LA VERTU
Sous toutes les formes que prend la constitution des races prospères, le principe de paix et de stabilité reste invariable. La société procure à chaque individu les deux biens indispensables : la connaissance de la loi morale; la possession du pain quotidien (îv, 2), Néanmoins, alors môme que cet état de paix se conserve également sous les régimes de simplicité ou de complication, il existe des contrastes profonds dans les moyens employés et dans les résultats obtenus. Ces contrastes se manifestent surtout dans la durée de ces résultats.
Chez les races simples, chaque famille conserve en elle-même les deux éléments indispensables du bonheur. Le père enseigne la loi morale à la nombreuse famille qu'il gouverne. Il assigne à chacun la part qui lui incombe dans le travail de la communauté, et assure ainsi à tous le pain quotidien. Il a le pouvoir de repousser toutes les influences perturbatrices qui pourraient venir du dehors. Enfin le père consacre sa vie à former un digne successeur; il possède l'ascendant nécessaire pour le faire accepter par la communauté (IV, 1, 22); et c'est ainsi que les bonnes traditions de la race se perpétuent pendant une longue suite de siècles.
Chez les races compliquées et prospères, les familles conservent encore le bonheur; mais toutes n'en ont plus la source en elles-mêmes. Cette situation se développe rapidement, depuis 1830, sous l'influence des progrès matériels que l'Europe tient aujourd'hui en si haute estime. Depuis que l'ère des chemins de fer et de la houille est ouverte en Occident (VI, In. 4), la majorité des familles ne sont plus en mesure de se perpétuer en paix. Dans le cas le plus général, le père, courbé sous le poids du labeur journalier, est peu capable d'enseigner la loi morale à ses enfants. Ne possédant en propre ni son atelier de travail, ni même parfois son foyer domestique, il peut difficilement conserver près de lui un seul héritier. Il est donc peu apte à perpétuer, au sein de la génération suivante, les traditions d'ordre moral qu'il a eu le bonheur de conserver lui-même jusque-là. Dieu merci! cette haute mission est encore remplie efficacement, chez quatre races modèles de l'Europe (iv,s), par les ministres de la religion et par les principaux auxiliaires de la souveraineté. La hiérarchie de ces constitutions modèles assure à toutes les classes inférieures la sécurité du pain quotidien; mais elle ne tient élevées aux rangs supérieurs que les familles les plus soumises à Dieu et à sa loi. Toutefois les sources de vertu qui en émanent ne gardent pas, à ces hauteurs, la permanence qu'elles ont, parmi les classes moyennes, dans le cœur des pères de famille. L'observation nous apprend, d'ailleurs, pourquoi, chez les races compliquées, les garanties de paix sont moindres que chez les races simples : les riches, les lettrés ou les puissants abusent tôt ou tard de leurs avantages ; les classes dirigeantes cessent de se dévouer au bonheur de leurs protégés naturels; et la corruption des grands achève l'œuvre d'ébranlement commencée par la complication de la race (VI, In. cas).
Cil. XII. — LES FAMILLES ET LES CONSTITUTIONS SOCIALES. 3S7