PRÉCIS HISTORIQUE CONCERNANT LA MÉTHODE
INTRODUCTION AU LIVRE TROISIÈME : LES TROIS ÉPOQUES DE L'OEUVRE ET SES RÉSULTATS.
Pour indiquer les origines de la méthode et pour en donner la description, j'ai dû parfois faire allusion à diverses circonstances qui me sont propres. J'ai montré d'abord comment mon éducation première m'avait préparé, dès ma plus tendre enfance, à la recherche de la méthode. Je n'ai pu me dispenser de dire dans quelles conditions j'ai successivement créé cette méthode, puis comment j'ai réuni le groupe d'hommes qui se dévoue maintenant à en assurer l'application. Je dois revenir sommairement, dans le présent chapitre, sur ces trois époques de ma vie, afin de compléter par ce rapprochement l'histoire de l'œuvre. Les trois paragraphes suivants, consacrés à ces trois époques, me fourniront surtout l'occasion de rendre hommage aux concours de toutes sortes qui m'ont été donnés. J'ai déjà rempli ce devoir à l'égard des quatre maîtres qui, en ouvrant mon âme à l'amour de la vérité, m'ont préparé à entreprendre et à poursuivre, sans faiblir devant les obstacles, le travail d'un demi-siècle. Dans les paragraphes 2 et 3, je vais
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maintenant trouver l'occasion de témoigner ma reconnaissance aux hommes bienveillants qui m'ont accordé leur patronage ou leurs conseils au début de l'entreprise; puis je remercierai les amis qui m'ont aidé à la mener à bonne fin.
Au surplus, ces détails sur l'histoire de mes travaux ne seront justifiés que si je démontre l'utilité de mes longues recherches aux générations qui s'élèvent. L'expérience de chaque jour m'apprend que cette démonstration est le meilleur stimulant que je puisse offrir à notre jeunesse studieuse et patriote. Cette jeunesse aperçoit le néant des discordes déchaînées, depuis 1789, par les trois faux dogmes. Elle veut surtout connaître les principes et les actes qui peuvent ramener la paix dans les esprits. Cet enseignement m'est imposé à la fois par le besoin d'union qui l'anime et par le danger des haines que propagent les politiciens de notre temps. Je terminerai donc mon troisième Livre en renvoyant le lecteur, par des précis sommaires, aux résultats déjà obtenus dans notre œuvre de paix sociale.
Mes travaux ont eu pour caractère dominant une accumulation de faits innombrables et une concentration incessante d'inductions et de conclusions. J'espère pouvoir un jour achever cette concentration dans une dernière synthèse : en attendant, je donne dans le présent volume le résumé le plus court auquel je sois arrivé jusqu'à présent.
Le point de départ de mon œuvre et le guide constant de mes inductions se trouvent dans une série d'études commencées il y a un demi-siècle et continuées aujourd'hui par mes jeunes amis dans l'Europe entière, dans les régions contiguës de l'Asie, et plus récemment dans le reste du monde. Chaque élude a pour objet une monographie
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comprenant une famille ouvrière, le lieu qu'elle habite et la constitution sociale qui la régit. J'ai procédé personnellement, d'après le plan méthodique exposé au Livre deuxième, à l'exécution de trois cents monographies. Parmi ces études, j'ai choisi cinquante-sept familles qui m'ont paru représenter mieux que les autres diverses contrées de l'Europe. Dans les documents annexés à la description de chaque famille, j'ai coordonné certains faits complémentaires extraits des monographies de la même contrée que je n'ai point publiées intégralement. Cette concentration de toute ma récolte a formé la principale matière des tomes II à YI des Ouvriers européens. Les faits relatifs aux deux régions, l'Orient et le Nord, qui étaient encore stables en 1855 ont été groupés dans les tomes II et III. Les faits plus nombreux recueillis en Occident ont été subdivisés entre les trois tomes IV, V et VI, selon qu'ils se rapportaient à des familles stables, ébranlées ou désorganisées. Chacune des cinq subdivisions, ainsi établies conformément à la constitution géographique de l'Europe et à l'état social des populations, a donné lieu à des appréciations qui ont été sans cesse coordonnées et résumées. L'appréciation des faits antérieurs à 1855 constitue l'introduction de chaque volume. L'exposé des changements survenus depuis cette époque est l'objet de l'épilogue final. Enfin, le Précis alphabétique, inséré ci-après au chapitre xv, résume encore les éléments des cinq volumes et donne au lecteur le moyen de s'y reporter directement.
La description des cinquante-sept monographies représente donc, en étendue, la majeure partie de mon oeuvre; mais elle ne correspond qu'à la moindre partie du temps que j'y ai consacré. Ce temps a été absorbé surtout par une méditation incessante, qui m'a permis d'é-
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cliapper au joug des erreurs contemporaines. Je suis arrivé peu à peu aux vérités éternelles, c'est-à-dire à celles qui ont été évidentes pour les peuples prospères de tous les temps; et j'ai pu en faire la synthèse dont les éléments sont réunis ci-dessus au Livre premier. J'ai vu la vanité de la phraséologie opposée journellement à ces vérités; et j'ai exposé dans le Vocabulaire social du chapitre XIV le langage à l'aide duquel j'essaye de les rétablir. Je ne saurais trop recommander la poursuite de ce travail aux écrivains de mon pays qui veulent conserver à la France la supériorité que l'Europe lui reconnaît encore : la possession de la langue la plus apte à exprimer simplement la vérité.
Il m'a fallu consacrer encore plus d'efforts et de temps a la partie décisive de l'œuvre : à la conquête intellectuelle des hommes capables d'en faire l'application à la réforme des sociétés. Ce travail a été longtemps ingrat; mais il devient fécond chaque jour, avec le concours d'amis dévoués au règne du bien. Je montrerai aux chapitres XVI et XVII les fruits qu'il a donnés.
En résumé, après l'histoire de la méthode, qui est l'objet spécial du présent chapitre, le lecteur pourra consulter trois groupes de résultats qui complètent utilement les autres parties de l'ouvrage. Il trouvera notamment : au chapitre xiv, le vocabulaire social, qui constitue en quelque sorte l'abrégé alphabétique de la science; au chapitre XV, le précis alphabétique des faits exposés dans l'ouvrage entier; au chapitre xvi, le précis des institutions et l'indication des résultats relatifs à l'enseignement de la méthode; enfin, au chapitre XVII, le résumé et la conclusion des Ouvriers européens.
en. xiii. — précis msToniQUE de 1829 a 1879. 399