ACTE IV, SCENE VIII ii
De votre propre idile, ouvrage séducteur
Où votre esprit se montre, et non pas votre cœur.
Dorante.
Ni l'un ni l'autre. Il faut qu'enfin je le confesse, Madame, et que je cède au remords qui me presse. Du moins, vous concevrez, après un tel aveu, Pourquoi tout mon bonheur me rassuroit si peu. C'est que je n'en jouis qu'à titre illégitime; C'est que tous ces écrits, source de votre estime, Vous venoient par mes soins, mais ne sont pas de moi.
LuciLE.
Ils ne sont pas de vous!
Dorante.
Non.
Le sot homme !
LUCILE
Quoi?...
Dorante.
Laissant lire, il est vrai, dans le fond de mon ame, J'inspirois le poëte en lui peignant ma flamme. Que son art, à mon gré, s'y prenoit foiblement! Et que le bel esprit est loin du sentiment! Mais cet art vous amuse ; il a fallu vous plaire. Laisser dire des riens, sentir mieux, et se taire. N'est-ce donc qu'à l'esprit que votre cœur est dû? Et ma sincérité m'auroit-elle perdu ?
LUCILE
Votre sincérité mérite qu'on vous aime.
Dorante; aussi pour vous suis-je toujours la même.
Tel est enfin l'effet de ces vers que j'ai lus :
J'étois indiféiente, et je ne le suis plus,
Et je sens que, sans vous, je le serois encore.
Dorante.
Vous ne vous plaindrez plus d'un cœur qui vous adore, Où vous établissez la paix et le bonheur, Et qui comence enfin d'en goûter la douceur!
Lisette, à Dorante.
Trêve de beaux discours! Il est tems que j'y pense. De par Monsieur, expresse et nouvelle défense De soufrir que jamais vous osiez nous parler.
Il aura sçû mon nom!
LUCILE
Ah ! tu me fais trembler!
Lisette.
Et même ici quelqu'un peut-être nous épie. Séparez-vous! Rentrez, Madame, je vous prie. Nous alons concerter un projet important.
Dorante.
Rassurez-moi d'un mot encore, en me quitant; Ou déjà mon espoir est tout prêt à s'éteindre.
Lucile.
De vos rivaux du moins vous n'avez rien à craindre. Mon père poura bien, en ce comun danger, Désaprouver mon choix, mais jamais le changer.