LE THEATRE DE PIRON XXIX
suivie : tous les deux jours, et quelquefois même, ce qui prouve jusqu'à quel point elle était goûtée du public, deux jours de suite. Cependant, et pour tirer de l'auteur, ou de la pression que M. de Maurepas avait exercée sur eux, une sorte de vengeance, les Comédiens jetèrent en travers du succès de la Métromanie, succès tout à leur avantage, la tragédie de Maximien, de M. de La Chaussée, et laissèrent entre la vingt-troisième et la vingt-quatrième représentation du chef-d'œuvre de Piron un intervalle inexplicable d'un mois entier.
La vingt -quatrième représentation, — elle est du 3 1 mars lySS, — fut la dernière, et les Comédiens étouffèrent à sa naissance ' le succès d'un chef-d'ceuvre qui devait triompher un jour des perfides conseils auxquels ib semblent avoir cédé en cette circonstance. Ils restèrent dix ans, c'est-à-dire jusqu'au mois de juillet 1748, sans remettre la Métromanie sur leur théâtre. En agissant ainsi, ils étaient, le fait perce dans leurs Registres d'assemblées, soutenus et encouragés par Voltaire, l'universel accapareur. Celui-ci n'était pas disposé à pardonner à Piron d'avoir osé se faire applaudir sur un théâtre qu'il n'était pas loin de regarder comme sa propriété personnelle , et qu'il s'imaginait n'avoir été élevé que pour donner asile à ses œuvres. C'était déjà, sans doute, un grand honneur qu'il faisait aux Comédiens, que de daigner les leur laisser représenter.
I. Dans le Mercure de mars 1738, on lit ce qui suit : « Après vingt-deux représentations de !a Métromanie, ils (les Comédiens) ont cessé de la donner, et l'ont reprise pour la dernière fois, avec un très-grand concours, le 2 1 de ce mois. »