‹ La métropole de demainChapitre 1 sur 20 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

M. Edouard Kod, parlant du dernier ouvrage de Mme Arvède Barine, disait :

" Il y a une singulière mélancolie dans la destinée " de ces livres posthumes, qui paraissent peu de temps "après que leurs auteurs nous ont quittés: ils ne sont "pas tout-à-fait ce qu'ils auraient pu être, puisqu'il y " manque le travail souvent important d'une dernière " révision ; et pourtant, ils nous apportent comme un "souvenir d'une pensée que nous avons longtemps " suivie, d'une figure qui nous fut bienveillante ou chère. " Ils voient le jour dans cette période qui suit la mort "de ceux dont les nouis ont eu de l'éclat, et qui ressemble à une sorte de long tunnel au bout duquel il " y a pour les uns la gloire, pour les autres l'oubli. On " les juge mal ou l'on en parle à peine : ils n'appar- " tiennent tout-à-fait ni aux contemporains ni à la " postérité : pour eux, l'égoïsme n'a pas cessé, la justice " ne commence pas encore. On les croirait perdus dans " ces nimbes où se confondent l'être et le non-être."

Ces lignes, publiées trois semaines après la mort de M. G.- A. Nantel, me semblèrent écrites spécialement à la mémoire de ce cher ami, tant elles rendent exactement les censées de ceux qui l'ont aimé et qui liront ici son dernier travail. Plus d'un, en parcourant ce volume, regrettera que l'auteur ne soit encore vivant pour recueillir le mérite qui s'en détache ou la gloire qui en rejaillira sur son nom

Lorsque M. Xantel fut saisi de l'effroyable maladie qui devait l'emporter, il lisait les premières épreuves de la " Métropole de Demain " qui fut l'une de ses ultimes préoccupations. Trois jours avant sa mort, soutenu malgré tout par une vaine espérance, il se plaignait de n'être pas assez bien pour aller " faire un tour " chez son imprimeur.

Il mourut le 3 juin, laissant son ouvrage inachevé. Les chapitres VIII et XIV manquaient. J'ai du les écrire entièrement, un peu sur quelques notes trouvées dans -les cartons de l'auteur, un peu sur les souvenirs de nos conversations. On n'y trouvera pas la maestria de M. X autel, mais on y verra peut-être le pieux effort d'un sentiment d'amitié que la mort même n'a pas amoindri.

Le but de M. Xantel était de montrer à la population, non-seulement de Montréal mais de toutes les municipalités de la province, les avantages esthétiques et commerciaux que l'on peut retirer de la situation topographique des villes: il voulait éveiller l'opinion. Il a résumé ce qui a été fait dans Paris; il a indiqué les moyens d'opération de Haussmann, et il a mis en relief tout ce que nous offre la position particulière de l'Ile de Montréal.

Que ceux qui s'intéressent à l'administration de notre métropole lisent bien ces pages : ils y puiseront dos idées nouvelles et des suggestions pratiques. Dans notre jeune pays, où la lutte pour l'existence dure toujours, et où les têtes dirigeantes ne prennent guère le temps d'étudier des problèmes économiques, il serait à désirer que plus d'un livre comme celui-ci fut mis en circulation.

De la compétence de l'auteur, il ne peut y avoir aucun doute. M. Nantel possédait à un haut degré ce que l'on appelle l'esprit public. Avocat, journaliste, député durant près de vingt ans, ministre de 1891 à 1897, il avait eu l'entraînement intellectuel nécessaire pour traiter sur toutes ses faces une hypothèse politique. L'expérience que lui avait donnée une si longue carrière était secondée par de fortes études et de vastes connaissances. 11 avait approfondi les oeuvres des grands économistes français. kSes goûts le portaient vers les sciences positives, les statistiques et les recherches.

Les beautés de Paris, après avoir excité son admiration, devinrent pour lui le sujet d'un examen minutieux. Il demeura trois ans dans la grande ville, se mit en rapport avec les autorités et se procura toute sorte de renseignements officiels. Après une préparation des plus sérieuses, il écrivit ce livre à l'intention de. Montréal qu'il habitait et dont il voulait servir la brillante destinée. Déjà, il y a cinq ou six ans, il avait discuté les affaires municipales dans les colonnes de la " Presse ", mais ses articles, fort goûtés dans le temps, n'avaient pas ce cachet de maîtrise que l'on trouvera dans la "Métropole de Demain". Il soumet ici un plan d'ensemble dont la réalisation définitive exige le travail de plusieurs années. La question ne manque pas d'actualité, et il faut espérer que l'ouvrage de feu M. Nantel sera bien accueilli par tous les contribuables de Montréal et de la province.

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