J. A. BEAULIEU
Comme suite et complément de cette notice nous reproduisons les lignes émues que M. Arthur Dansereau a consacrées, dans La Presse, à la mémoire de son ami, M. Nantel.
" Un bon et grand ami laisse cette terre, l'honorable Monsieur G-. A. Nantel, notre ancien collaborateur. Nous ne pourrons jamais dire toutes les choses excellentes que nous connaissons de lui. Le sort des armes ne lui permit pas de mourir sur la tranchée, en pleine bataille. Il était, pourtant, un noble capitaine, infatigable dans la mêlée et aussi invaincu dans la défaite que les preux du moyen-âge. Dans tous les pays du monde, on trouve assez éparses les grandes figures, qui «''affirment par de la volonté, par du travail consciencieux, par une valeur intrinsèque. Monsieur Nantel a fourni la carrière d'un penseur, d'un homme d'action, d'un patriote à convictions limpides.
Monsieur JST-antel avait, tranquillement, rempli sa vie de lectures et d'études sérieuses, même dans les phases les plus tourmentées de son action politique. Il était instruit en toutes choses méthophysiques, physiques, économiques et littéraires. On était toujours étonné de le trouver si victorieusement équipé en philosophie comme en politique; car, après tout, la récréation des intellectuels, fussent-ils politiciens, porte beaucoup plus vers ] 'idéologie que sur les agréables, mais vulgaires, contingences du jour.
Cela ne veut pas dire qu'il dédaignât la plaisanterie et toutes ces minuties distinguées de la conversation qui appartiennent exclusivement à l'élite. Il était affable voisin, ineffable compagnon, intarissable causeur, pour la bonne raison que c'était un savant du meilleur calibre, auquel l'entregent politique avait arrondi tous les angles.
Comme la plupart de nos hommes publics, Monsieur Nantel partit seul du plein pied pour gravir les hauteurs Nul étudiant, nul jeune avocat ne font ici leur marque s'ils n'ont pas du travail et de la valeur. Il fut suffisamment remarqué de prime abord pour mériter d'être invité dans un grand bureau d'avocat, celui de MM. Desnoyers et Ouimet. Il se chargea du reste; car, il avait de l'ambition, surtout de l'ambition politique. Deux hommes l'avaient compris: le curé Labelle et Chapleau. Il n'était pas difficile pour eux de l'apprécier; ils le lancèrent sans crainte dans cette terrible arène politique qui secoue violemment les hommes. Il ne s'y trouva pas sur un terrain étrange et nul choc ne put l'émouvoir. Dans les triomphes comme dans les défaites, il fut toujours le chevalier sans peur et sans reproche.
Il eut plutôt l'ambition du devoir que celle du pouvoir. Quand l'honorable Monsieur Taillon, appelé à Ottawa en 1896, abandonna les rênes de Québec, le lieutenant-gouverneur, Sir Adolphe Chapleau, n'hésita pas un instant à charger N autel de former un antre cabinet.. Celui-ci ne céda pas à l'éblouissement. Il suggéra au gouverneur d'appeler l'honorable Monsieur Flynn à sa place : ce qui fut fait.
Les malheurs politiques, dans lesquels il ne fut rien, arrivèrent. Il accepta cette mauvaise fortune en soldat
courageux, et son caractère bien trempé et si élevé ne se démentit jamais. Il reprit la tunique du combat, se lança dans la publicité militante les yeux fermés, avec cet amour que, seul, un journaliste peut comprendre. Il acheta le "Monde", puis la "Minerve", y coula une petite fortune; mais, dans son espèce de détresse, il resta une des figures les plus respectées de la politique.
Il est bon de dire que Monsieur Nantel était tout d'une pièce. Très bien élevé, assez habile pour faire des concessions et usesr de courtoisie en matières légères, il ne lâcha jamais un brin de ses convictions fondamentales.
La seule chose que nous voudrions voir rester de nos paroles émues : c'est que Nantel fut un caractère.. C'est beaucoup dire, à une époque où il y en a si peu. Doué d'une intelligence supérieure, il la consacra en tièrement à son pays, dont il était souverainement épris. On peut le ranger sans crainte parmi nos grands patriotes. Il l'avait prouvé durant son administration avant de le confirmer par les études si documentées qu'il a publiées depuis deux ans dans la "Presse" sur le problème compliqué de la colonisation.
Il avait tant de projets en vue: des conférences,, des livres, de l'action nationale ! Peut-être a-t-il lu les dernières épreuves d'un volume bien intéressant et bien conçu sur le "Montréal agrandi". 11 n'a pas pu compléter son grand travail sur l'oeuvre de la colonisation à l'aide des lettres qu'il possède du curé Labelle et de Ohapleau; espérons que des mains pieuses finiront ce qu'il considérait être la contribution finale d'un citoyen à sa patrie.
Monsieur Nantel était d'une puissance peu ordinaire dans la discussion et les conversations d'ordre élevé. Disciple de Leroy-Beaulieu et de LePlay, dont il connaissait les oeuvres par coeur, il était passé maître luimôme dans les questions sociales et économiques. Guidé par un jugement très sûr, il exposait les problèmes et les solutions avec une clarté qui faisait plaisir et qui, parfois, surprenait. La contradiction le rendait opiniâtre, comme le devient tout homme convaincu, et son argumentation devenait alors formidable. Cela ne l'empêchait pas de se dérider l'instant après et de reprendre cette tournure aimable qui faisait le bonheur de ses amis.
Frappé d'uen maladie qui ne pardonne pas, et dont il savait les conséquences, la diabète, il lutta pendant dix ans pour conserver les apparences de sa force corporelle; car ses facultés mentales restèrent toujours intactes et brillantes jusqu'à la fin. Il semblait que l'activité de son esprit s'affirmait davantage durant ses affaissements physiques : c'est cette force de volonté et d'intellect qui, de fait, prolongea sa vie de plusieurs années.
Inutile de dire que ce grand chrétien a fait une mort édifiante. Alors qu'il paraissait encore vigoureux et que personne, dans cette famille qui l'adorait, n'osait faire allusion devant lui au danger prévu, il surprit, dimanche dernier, l'une de ses enfants par cette parole lancée d'un ton insouciant : "Je m'en viens voir le soleil pour la dernière fois". Un mourant qui a eu, tout le temps, à son chevet un frère éminent comme le chanoine Nantel, une femme et des filles si bonnes et si dévouées, a trouvé sans effort cette fin du juste qu'une vie de bons combats lui avait assurée.
Il vit arriver la grande faucheuse sans la moindre émotion. Quand son ami de coeur, le Dr Sévérin Lachapelle, lui annonça la nouvelle décisive en lui passant au cou le crucifix bénit que Pie IX avait donné aux zouaves à leur départ pour le Canada, le bon malade lui répondit en souriant : "Au moins que ça aille vite, hein !" Il fut exaucé.
Introduction.
A Son Honneur LOUIS PAYETTE, Maire,
AUX CONTRIBUABLES de la Cité et de
File de Montréal
je dédie cet ouvrage.
Pitisse-t-il contribuer à l'étude et à la solution des questions municipales qui passionnent, à bon droit, l'esprit du public canadien. En un sens, on s'intéresse plus au gouvernement de la chose municipale qui agit tous les jours sons nos yeux qu'au gouvernement général du pays qui nous touche de plus loin.
J'ai voulu faire, avant tout, un livre utile et consciencieux.
La solution du problème municipal s'impose d'urgence aux autorités de l'Ile et de la Cité de Montréal; l'ajourner ou la résoudre à demi, c'est la compliquer de toutes les difficultés présentes, s'accumulant et s'enchevêtrant, chaque jour davantage, c'est de plus, charger l'avenir de lourdes responsabilités que le présent pourrait éviter, ou, au moins, atténuer dans une large mesure.
Les hommes en charge, aujourd'hui, du gouvernement de la Cité de Montréal, tenus par conséquent, de lui garder son rang de Métropole du Canada, de la faire triompher de ses rivales de l'Ontario et de l'Ouest, qui ne poursuivent qu'un but, la supplanter ; ces hommes manqueront à leur premier devoir s'ils se dérobent à leur tâche. Et cette tâche, c'est de donner à Montréal, par toutes les annexions, par tous les agrandissements, le demi million d'habitants et le territoire qu'il lui faut.
Il n'est pas un citoyen, tant soit peu au fait des choses, qui n'admette que la situation n'est plus tenable, que le gâchis où nous
nous débattons va de plus en plus compromettant l'avenir de notre magnifique cité.
Un soulèvement général, peut-on dire, s'est opéré, ces dernières années, parce que le mal a atteint son plus haut degré d'acuité.
Diverses classes de citoyens peuvent s'accuser les unes les autres, mais les observateurs impartiaux savent bien que c'est le système même qu'il faut tenir pour le plus grand coupable.
t Montréal est grand, vigoureux, il s'est déeloppé avec une rapidité étonnante depuis n quart de siècle.
Les organes de sa vie municipale ont besoin, à la fois, de se dilater davantage et de se fortifier d'un régime mieux réglé et plus substantiel.
On n'habille pas un homme fait de la défroque d'un enfant. Cette défroque, d'ailleurs, est usée presqu'à la corde.
Montréal, comme toutes les grandes cités, Londres, New York, Paris, éprouve le sentiment de sa force, subit les impulsions de sa croissance ; il déborde de son enceinte, il est déjà maître de maints endroits de l'Ile, qui n'ont pu échapper à l'intensité de son expansion.
Dans l'intérêt de tous1, il est urgent de régler ce mouvement d'absorption.
De là, nécessité de s'entendre sans plus de retard avec les banlieues et les campagnes qui reconnaissent, de leur côté, les avantages de la vie en commun avec un chef de file aussi puissant que la métropole du Canada.
Quel gouvernement général conviendrait le mieux à la Cité et à File de Montréal ? quel plan d'ensemble faudrait-il suivre pour éviter les déceptions inhérentes à l'imprévoyance, et obtenir le régime de vie le mieux adapté aux institutions actuelles de la Cité et de chacune des unités municipales autonomes de l'Ile ?
La réponse à ces questions est l'objet de "La Métropole de demain".
Xous nous sommes appuyé sur l'oeuvre de Haussmann qui jouit d'un plein crédit auprès des autorités du monde. Le Paris moderne, dans ses grandes lignes, est le modèle que nous proposons de suivre.
Nous avons fait appel aussi à des citoyens haut placés dans l'estime du public montréalais, je devrais dire canadien. Sir Thomas Shaugnessy, le juge Ouimet, le Dr La-
chapelle, par les intérêts qu'ils possèdent, le milieu qu'ils fréquentent, leurs voyages dans les pays les plus avancés, les études qu'ils ont déjà présentées au public sur ce sujet, sont des autorités dont on pèsera les témoignages avant de se prononcer contre la réforme radicale de notre régime municipal.
Nous devons offrir nos très sincères remerciements aux employés de l'Hôtel de Ville qui se sont mis si généreusement à notre disposition pour nous documenter: à l'hon. L. O. David, greffier, à MM. L. Pelletier, contrôleur, Jules Crépeau, J. Ckarlebois, dessinateur.
Les ouvrages consultés sur le Département de la Seine et sur Paris sont :
L'Encyclopédie Municipale de la Ville de
Paris, publiée en 1904, avec des statistiques
sur la population qui ne remontent qu'à
Maxime Du Camp: "Paris, ses organes,
ses fonctions et sa vie" — édition de 1874.
Maurice Block : Dictionnaire de l'administration française, édition de 1898.
Andréani : Guide de l'administration française, édition 1894.
Sur nie et la Cité de Montréal : la Charte avec introduction du greffier, l'honorable L. O. David ; rapports du Trésorier et du Contrôleur.
Budget de 1909 et 1910.
Divers plans, entre autres celui de M. Jos* Eiel, A. P., de MM. Morton Philipps mais plus particulièrement les plans partiels préparés pour la "Montréal Street" par M. J. E. Vanier.
Montréal, ce 1 mai 1909.