‹ La métropole de demainChapitre 14 sur 20 · VOIES ET MOYENS · texte numérisé non relu

VOIES ET MOYENS

Comités et ligues. ' — Faute irréparable. — Propreté de la ville : pavages. — Emprunt de 10 à .$15,000,000. — Service hydraulique. — La construction civile. — Plantations. — Boulevards extérieurs. — Moyens de transport : grande ceinture. — Fonds d'embellissement.

Plusieurs projets d'agrandissement et d'embellissements ont été présentés au public de Montréal. Des ligues ont été même formées et il en existe encore, si je ne me trompe, qui tiennent de temps à autre des réunions, exposent leurs doléances. Chacun fait valoir son plan, — toujours le meilleur, c'est entendu, — propose un remède au mal que tout le monde admet, en appelle au bon sens du public, déplore surtout l'indifférence et l'apathie qui s'obstinent au statu quo.

Et le public ne bouge pas, il est vrai.

Le Conseil de ville n'a pas encore pris action : les comités de citoyens n'ont pas de

vie légale ; la législature n'a consacré aucun des projets soumis, n'a créé aucun des pouvoirs nécessaires d'expropriation en dehors de la Cité; aucun plan suivi n'a été arrêté qui ait solicité la sanction de l'autorité. Il n'y a pas eu entente; le travail isolé des ligues, des comités, des citoyens est resté sans effet, et nous en sommes encore à nous demander ce qu'il faut faire pour réaliser les voeux unanimes de ces citovens éclairés, qui veulent que l'on avance résolument, que l'on mette Montréal au pas des grandes cités, ses rivales d'aujourd'hui, ses supérieures de demain, si nous restons les bras croisés.

Je n'ai pas la prétention d'imposer l'ensemble des projets à exécuter, c'est à peine, si je veux soumettre les projets à étudier. La conclusion même de cet ouvrage suggère la nomination d'une commission d'études légalement instituée, au sein et en dehors du conseil municipal, chargée de préparer la législation qui réformera de fond en comble le système de notre gouvernement municipal et arrêtera le plan d'agrandissement et d'embellissements de Montréal.

Nous allons simplement, ici, exposer certains projets dans l'espoir qu'ils seront étudiés en toute conscience, discutés sans parti pris, et que, de cette discussion, surgira, adopté par la commission spéciale et le conseil, un unique projet d'ensemble qui réunira tous les suffrages.

Nous ne proposons pas de • bouleverser Montréal comme on a fait de Paris. Que l'actuel Montréal reste ce qu'il est, avec ses beautés réelles et nombreuses, avec ses difformités qu'il ne saurait racheter à moins de démolir des quartiers qui viennent d'être construits. Montréal ne remonte pas au berceau de l'âge chrétien, et si les citoyens qui en ont eu la charge depuis un quart de siècle à peine — date de son essor — n'ont pas jugé bon de l'assainir même dans ses quartiers nouveaux, de l'assujettir à des règles de propreté et d'esthétique respectées avant cette époque ; s'ils ont cru devoir laisser libre champ à l'âpre spéculation qui estime que plus il y a de lots à vendre plus il y a d'argent, que plus il y a de bouges plus il

y a de revenus, que pouvons-nous faire maintenant? Montrer la hideur de la plaie et les conséquences irréparables d'un manque de suite dans la création d'une nouvelle ville. C'est fait, n'y revenons plus, laissons le passé au passé, songeons au présent, aux nécessités d'aujourd'hui, aux possibilités de demain.

La première beauté d'une ville, c'est la propreté, et c'est celle qui nous manque le plus. Propreté des rues, des ruelles, toilette fraîche et chaque matin renouvelée des squares, des places, des jardins, lieux de repos où tout doit capter l'oeil et charmer, pendant que trop souvent ils sont le rendez-vous de toutes les saletés, canailles, vieux chiffons et débris de toute nature. Un peu de vigilance et quelques mains de plus suffiraient ici, pour tout mettre au point.

Mais ceci n'est qu'un détail en passant : la grosse question est le pavage des rues, places et squares car peut-on imaginer une ville propre si elle n'est pas en état de se laver à grande eau?

Le pavage bien fait, en blocs de bois ou de granit, en asphalte et même de macadam soigné, reçoit l'arrosage avec profit; il se nettoie sans délayer la poussière et les fumiers que les surfaces non pavées accumulent, au lieu d'aider à les chasser dans les bouches d'égout.

On croit avoir bien fait en aspergeant à la course ou au moins au bon petit trot des chevaux les rues non pavées de Montréal ; mais d'habitude l'arrosage n'est pas suffisant, il lève en nuages noirs et fétides les immondices de la chaussée, et quand l'arrosage a passé, vous regrettez plutôt qu'on n'ait pas laissé bien tranquille, à son repos, la couche épaisse de toutes ces décompositions, qui maintenant se répandent sur les trottoirs, s'insinuent dans votre bouche, votre nez, vos oreilles et viennent s'abattre sans plus de cérémonie, dans les pièces les mieux gardées de votre habitation.

Le pavage, c'est la première condition, l'essentiel, sans laquelle il n'y a rien à faire, d'une ville bien tenue; c'est le grand problème à résoudre, surtout dans un climat rigoureux comme le nôtre, où les gelées décon-

certent les calculs les plus serrés et déjouent les combinaisons les plus approfondies des

ingénieurs.

Eien ne résiste au dégel des eaux infiltrées dans les pavages les mieux faits, dans les fondations de pierre ou de ciments les plus soigneusement posées. C'est là sans doute le principal écueil où se heurte le travail de nos ingénieurs voyers. Et c'est précisément à cause de cet obstacle particulier à notre pays que l'on doit redoubler d'attention et n'épargner rien, ni dans la composition des matériaux, ni dans la confection des travaux, si l'on veut obtenir la solidité et la permanence.

Pavage de blocs de granit dans les artères du gros camionnage trafic, de bois revêtus d'une couche de bitume ou imbibées de sulfate de fer pour les rues de promenade et sur les surfaces inclinées ; macadam, mais de ce macadam tel que le conçut son inventeur, pour les chemins de la campagne, pour nos boulevards extérieurs. Voilà, je crois, trois espèces de pavage auxquelles on s'est arrêté dans les grandes villes, de tous pays, de tous climats, après mille expériences de

résultats divers. L'essentiel en tout cela et pour nous, je le répète, qui avons à dompter la puissance de la gelée, c'est la fondation. Or, nous posons nos pavages sans nous guère préoccuper de ce facteur plus que dans les climats tempérés, beaucoup moins à coup sûr qu'à Paris où le thermomètre ne marque guère plus que 4 degrés au-dessus de zéro.

Sur 321 milles de voirie Montréal compte 47 milles de voirie pavée. C'est invraisemblable, mais c'est vrai, la statistique municipale le dit.

Combien, sur ces 47 milles privilégiés, de voirie bien faite et vraiment permanente ? Et le reste, qui n'est pas pavé, qu'est-ce donc ? Cloaque et casse-cou. Et nos ruelles? Véritables dépotoirs que la police tolère par insuffisance de la vidange, jusqu'aux mois de l'été.

Pourquoi 47 milles de pavage relativement bons, et 184 milles de chemins impassables dont rougirait n'importe quelle petite ville du moyen-âge? Pourquoi des privilégiés et des délaissés quand toutes les parties de la ville, contribuant au trésor commun, devraient recevoir des autorités les

mêmes égards et le même traitement? Pourquoi, au point de vue de la voirie, n'y a-t-il que certains quartiers que Ton puisse fréquenter, en voiture ou à pied, sans éprouver de confusion? et pourquoi faut-il rougir jusqu'aux oreilles, quand nous avons à promener des étrangers dans la partie Est qu'ha- Ibitent, en majorité, les Franco-Canadiens ? Non, vraiment cet état de choses n'est pas supportable, et il est devenu nécessaire de le faire disparaître, serait ce au prix des plus rudes sacrifices.

Combien de milles de voie publique avonsnous qui doivent recevoir l'asphalte? combien le granit, le bois ? — Quant au macadam, pour peu qu'il y ait de roulage, il n'est plus admis dans aucune ville. — Combien coûteraient les matériaux ? Combien la main d'oeuvre, à l'entreprise ou à la journée ? Quel personnel aurions-nous pour surveiller les travaux et la composition des matériaux? Serait-il suffisant en nombre et en compétence technique pour que l'on

puisse en toute quiétude lui confier la dépense à effectuer? Si un état soigné, appuyé de chiffres et d'arguments inattaquables, était présenté aux chambres de Québec, et qu'on leur demanderait d'emprunter la somme suffisante pour exécuter, croit-on que la Cité de Montréal serait refusée ? Non, $10,000,000 ou $15,000,000 d'emprunt s'il le fallait lui seriaent accordés d'emblée, parce que le Législateur se rendrait bien compte que nous ne saurions employer mieux notre argent qu'à maintenir le rang de la métropole du Canada.

Quelle raison pourrait empêcher que l'on en vienne à cette mesure nécessaire ? Aucune, dirons-nous, pourvu que les nouvelles charges ne pèsent pas uniquement sur la génération présente, mais soient équitablement distribuées, au moyen d'annuités de 50 ou 60, entre ceux qui, mieux que nous encore, jouiront des améliorations accomplies. Aucune, ajouterons-nous, pourvu qu'un plan de travaux bien mûri, bien précis, empêchant toute chance de coulage, vienne nous apporter la garantie que nous en aurons pour notre argent.

Le pavage permet l'arrosage, sans lequel il vous est bien inutile de songer aux. soins de la propreté et au bénéfice des lois de l'hygiène. Couvrez d'eau d'épaisses couches de poussière et de fumiers, vous en ferez des cloaques, vous ne ferez pas des rues de ville qui se respecte. Arrosez la surface unie d'un bon pavage, pourvu d'une inclinaison suffisante et vous chassez facilement toutes les malpropretés vers la bouche d'égout ; elles y vont presque d'elles-mêmes, entraînées par le courant et la force de gravitation. De là possibilité du lavage des rues à grande eau, coulant dans les ruisseaux de la chaussée ou sortant des lances d'arrosage à roulettes et locomobiles ou maintenus en action par les cantonniers de la rue.

Pour en arriver à ce point qui est comme le suprême desideratum d'une ville en voie d'assainissement plus encore que d'embellissement, il faut, bien entendu des sources inépuisables, des réservoirs qui ne sauraient manquer.

En sommes-nous là ?

Hélas ! non, et je me permets de craindre avec bien d'autres concitoyens que, même avec l'appoint des nouvelles prises au milieu du Saint-Laurent, nous n'ayons à souffrir longtemps de la pauvreté de notre alimentation d'eau potable et de la disette d'eau d'arrosage, qui rendrait bien vaine et bien superflue, la politique de bons: pavages que nous venons de proposer.

Ici donc, encore, il y a toute une transformation à opérer : nos réservoirs ne sont pas sufifsants et notre eau n'est pas potable. Que pourions-nous avoir à proposer pour remédier à cet état de chose encore plus menaçant pour le bien de la Cité que l'absence de ses pavages ? C'est à la commission d'études que cette angoissante question pourrait être adressée.

J'ai sous les yeux un assez fort volume, en tout petit texte du "Code des lois du Bâtiment, par M. Alcide Chaussé, chef du département" des Bâtiments à Montréal.

Si l'on jugeait de l'état d'une ville par le nombre des règlements municipaux, qui s'y

rapportent, Montréal serait sûrement la ville la mieux bâtie, la mieux protégée contre les incendies et la plus puissamment armée contre les épidémies, du monde entier. Il n'en est pas ainsi dans la réalité. Tous ces règlements sont là plus tôt pour témoigner de nos besoins que pour attester la supériorité de notre situation.

Le souci de la construction civile d'après certaines règles de l'art et de l'hygiène laisse de ses traces dans les rues de l'Ouest en général et dans les plus vieilles rues de l'Est ; ça et là, on reconnaît le bon goût des propriétaires et des architectes qui ont construit avant l'époque de la spéculation à outrance. Ailleurs, dans les quartiers nouveaux, du Nord et de l'Est, on a bâti et on bâtit encore ce qu'on veut, n'importe quelle bicoque, et comme on veut. Aucun plan d'architecte, ou aucun plan du tout, n'est exigé, pendant que dans les quartiers fashionables, les permis de construction sont accordés sur la présentation d'un plan architectural. Ce sont nos propres échevins, poussés par des électeurs férus du droit de bâtir librement, qui ont demandé cette singulière exemption

en faveur de l'Est ou des constructions valant moins de $2,000.00.

Des quartiers ont été gâtés et sont devenus des agglomérations disparates, pourvues d'autant de formes différentes qu'il y a de goût parmi les constructeurs. Les escaliers extérieurs de deux à trois étages, tellement à pic qu'on dirait des échelles, se suivent par théories sans fins, empêchent le coup d'oeil de se porter au loin; et masquent toujours un certains nombres de chambres obscures dans des logements, pourtant pas trop éclairés déjà pour se voir couper la lumière par ces hideux paravents.

" Toute chambre, dit le règlement municipal, habitable d'un logement et toute chambre habitable d'un autre bâtiment devront avoir au moins une (1) fenêtre communiquant avec l'air extérieur soit sur une rue, soit sur une ruelle ou une place publique ou un passage ou une cour, ou au moyen d'un foyer de lumière dont les dimensions et la position devront être approuvées par l'Inspecteur." Nous demandons si ce règlement, entre

autres, n'est pas constamment violé, trop souvent grâce à la position des escaliers extérieurs qui gâtent tout l'apsect de nos rues et devraient être absolument supprimés, ou, encore, si on le préfère, sujets à une grosse taxe par chaque degré au-dessus du perron, ce qui ferait vite passer la mode de cette innovation, de date récente après tout, et sortie du génie fécond des spéculateurs en terrains et en construction. Au fait, ces derniers ne demanderaient pas mieux que de faire monter les gens chez eux par des échelles de bois ou de corde, si cela pouvait leur ménager cinq pieds de front par lot pour échaff auder un plus grand nombre de bicoques.

Pour se faire belle et coquette, Montréal devra donc soigner sa construction civile, ne rien abandonner aux caprices et au mauvais goût, régler les alignements comme l'apparence des façades, toujours se plaçant aux points de vue de l'hygiène et de la beauté et de la protcetion contre les incendies»

Si de l'essentiel nous passons à l'agréable, aux embellissements proprement dits, on

pourrait ajouter beaucoup à la beauté de Montréal par le soin des trottoirs, le nettoyage des devantures des magasins, des résidences bourgeoises et des grands édifices publics, l'ornementation par l'arbre, l'arbuste, les massifs de fleurs et de plantes ne laisse rien à désirer dans les quartiers supérieurs de l'Ouest pendant que, de notre côté, nous nous négligeons trop sur ce rapport et faisons montre d'une infériorité qui choque, dans la comparaison des habitations aussi bien que de leurs alentours entre l'Ouest et l'Est.

La plantation des arbres d'alignement dans certaines des rues assez larges pour qu'ils n'empêchent pas les rayons du soleil de pénétrer jusqu'à la chaussée, le développement de nos squares, et ça et là, autant que la chose peut se pratiquer sans trop de frais, l'établissement de ronds-points à l'intersection de grandes artères, voilà autant de projets à étudier.

Mais avant tout cela, il faut pourvoir à l'indispensable, il faut nous donner les choses essentielles à la vie municipale; la

voirie pavée, l'abondance des eaux, la sécurité alliée à la beauté des habitations. Bien n'empêcherait cependant qu'un budget spécial d'embellissement, proportionné à nos ressources ne fut voté et dépensé chaque année pour réaliser, étape par étape, les projets indiqués au plan définitif de Montréal.

La nature des lieux a tracé par avance les grands travaux d'embellissement de l'Ile, indiqué des points de repère, qui montrent mieux que n'importe quelle donnée topographique les travaux à exécuter.

La promenade autour de l'Ile, sur un périmètre de 75 milles serait l'une des plus belles du monde : le chemin du Tour-de-1'Ile existe déjà pour les voitures; il suffirait de l'élargir en quelques endroits, de le border d'arbres et d'y aménager dans les espaces qui offrent les plus beaux coups d'oeil des allées pour les piétons, des pistes pour les cavaliers, autos et cycles comme par tous les boulevards extérieurs de l'Ile.

Entre Sainte Anne de Bellevue et le Bout de l'Ile, traversant l'Ile dans toute sa Ion-

gueur le boulevard principal est tout naturellement indiqué. Il suivrait les chemins actuels de St Léonard, de la Côte St Michel, dans la direction du Nord au Sud Ouest jusqu'à Saint-Laurent, et de ce dernier point se dirigerait de l'Est à POuest direct pour se souder au chemin de Ste Marie et aboutir à Ste Anne même ou, un peu plus haut, sur la côte près de Senneville.

Imaginez une promenade de 30 milles de longueur, large, je suppose de 200 pieds, avec double chaussée pour voiture, allées et contre allées plantées d'arbres et à l'intersection des grandes voies transversales, des ronds points avec fontaines, plate-bandes, massifs d'arbustes, arbres d'ornementation isolés ou faisant groupe, etc. Le spectacle serait l'un des plus pittoresques et des plus grandioses au monde. D'autres boulevards extérieurs faisant suite, des deux côtés, à l'avenue Mont-Koyal, aux rues Sherbrooke, Ste Catherine, Notre-Dame compléteraient le réseau des boulevards courant de l'Est à l'Ouest. Du Nord au Sud de l'Ile, les boulevards allant de Ste Geneviève à Pointe- Claire, de Cartierville à l'Ouest de la Cité,

du Sault, Ahuntsic allant rejoindre par une bifurcation les rues Saint Laurent et Saint Denis, le chemin de la Côte Saint-Michel à l'ancien chemin Papineau, l'élargissement du chemin de la Kivières des Prairies et de la Pointe aux Trembles formeraient un ensemble de promenades que pourrait nous envier n'importe quel pays.

L'ouverture de ces grandes artères répandraient la vie, le mouvement dans tous les coins de l'Ile, augmenterait, dans des proportions qu'on peut imaginer, la valeur de la propriété foncière.

De chaque côté de ces boulevards s'ils étaient vraiment dignes des boulevards et avenues de Paris, de Londres et de New York, s'élèverait des résidences de luxe et s'établiraient nombre de villas spacieuses car le terrain ne manquerait pas, l'Ile n'étant pas encore bâtie sur un dixième de sa superficie.

En arrière de ces boulevards où la propriété prendrait vite une valeur qui la rendrait inabordable aux bourses modestes, se pratiqueraient des rues de moindre largeur,

mais encore recherchées par les classes moyennes, qui trouveraient là de l'espace, de Pair et du soleil, sur de grands terrains, d'un prix raisonnable et où chacun pourrait à l'aise ériger une maison assez spacieuse, confortable, avec jardinet, petit verger, parterre etc. C'est là, dans ces intérieurs modestes mais de tout confort qu'il fait bon de vivre, d'élever, forte et vigoureuse, la petite famille qui végète et s'étiole dans les coins obscurs de la mansarde urbaine. Pourquoi ménager l'air, la lumière, l'espace à ces ouvriers attachés à la peine de chaque jour, quand il serait si facile avec des moyens de transport moderne de les répandre dans nos vastes campagnes, et de les mettre à même la vie au grand air ?

On a créé de toute pièce le Bois de Boulogne, on y a mis à force d'argent, des lacs, des ruisseaux, des chûtes qu'on dirait installés là de tout temps par la main du bon Dieu. Nous avons tout cela, heureusement,

à notre portée, nous n'avons qu'à utiliser, à élargir, ce que la nature a déjà si bien ébauché pour nous.

Aux deux extrémités nous avons des chemins de fer et des tramways de pénétration qui font déjà un service rapide et commode entre Ste Anne, Lachine, St Laurent, le Sault et le Bout-de-1'Ile ; la ville même est à demi ceinturée par son service de la Montagne, les circuits d'Amher st et du Port. Pourquoi n'établirions-nous pas un service de grande ceinture tout autour de l'Ile? Des entreprises plus risquées ont été lancées au pays et couronnées d'un plein succès, Ce serait affaire d'initiative privée, mais que la Cité devrait encourager, tout e nse réservant le contrôle nécessaire pour assurer un service efficace et à bon marché, en rapport avec les ressources de la classe ouvrière et des personnes qui, travaillant à la ville, voyagent matin et soir.

Mais, me dira-t-on encore, quels sont les voies et moyens que vous proposez pour mettre ces projets à exécution ?

Les mêmes que nous proposions pour

rendre Montréal habitable, le nettoyer et l'assainir; une étude, d'abord, approfondie et complète de la situation, de l'ensemble des travaux, de leur coût, à la journée ou à l'entreprise. Une fois ce travail préliminaire consciencieusement accompli, voir s'il est possible avec les ressources ordinaires de la Cité et la part af f érante des municipalités intéressées d'affecter une somme de . . . disons $50,000 par année, pour commencer et poursuivre ces grands travaux. Si la chose est impraticable ou de nature à gêner la finance municipale, alors faire un état aussi complet de tous ces travaux d'agrandissement et d'embellissement et contracter un emprunt spécial remboursable par annuités pendant 50 ou 60 ans, ou encore un emprunt à toucher par partie, à fur et à mesure de nos besoins annuels.

L'énorme plus value que donnera à la propriété immobilière la réalisation de ces projets ou autres qui seront arrêtés par la commission spéciale, devrait être un motif suffisant pour les décider et les conduire à bonne fin.

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