‹ La métropole de demain [microforme]Chapitre 5 sur 26 · CITE, BANLIEUES ET CAMPAGNES · texte numérisé non relu

CITE, BANLIEUES ET CAMPAGNES

Sol, climat, cultures d'ornement. — Régime des eaux. — Les Iles. — La spéculation. — L'actuel Montréal: terminus des grandes lignes de transport. — Nécessité d’un plan d'ensemble. — Villes et villages. — Pourquoi Paris ?

Si l’on jette un coup d’oeil à vol d’oiseau ou simplement du haut de l’observatoire municipal, au sommet de notre Mont-Royal, on.

se rend aisément compte de la situation exceptionnelle qu’occupe la Métropole, baignée qu’elle est par les eaux du Saint-Laurent et entourée de toutes parts par des banlieues et des campagnes où l’industrie et le commerce se développent à grand train, tout à côté des cultures intensives et des vergers à perte de vue, qui font de l’Ile de Montréal une des régions les plus riches du Canada.

Le sol de l'Ile est chaud et friable, d’une.

fertilité étonnante ; quoique, en général, peu

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profond, il se laisse pénétrer aisément des humidités de la pluie et de l'air, pendant que le sous-sol, à fond de calcaire, ajoute de sa chaleur à celle d’un soleil tempéré: ce qui assure aux plus beaux fruits de la Province, cette saveur de lente et pleine maturité qu'on chercherait vainement aïileurs. Toute l’Ile s’adapte donc autant qu’on peut l’espérer, Sous un climat comme le nôtre, aux plantations d'ornement, à la «ulture heureuse des arbres, arbustes et plantes exotiques, aux travaux de terrasses, de lawns et ga- Zons, dont chacun peut admirer, à peine les neiges fondues, la croissance hâtive et la soyeuse opulence.

Et l’on sait que la plantation réussie d'arbres choisis parmi ce que notre flore indigène et l’acclimatation nous fournissent à la fois de plus majestueux et de plus coquet, l’élévage d’arbustes et de plantes vivaces, la culture des herbes et gazons, des fleurs vivaces et annuelles sont une des conditions essentielles à l’embellissement d’une contrée,

Où trouve-t-on, dans le Canada, une région plus favorisée que la nôtre par un climat

hospitalier, un sol et un sous-sol plus généreux que ceux de l’Ile de Montréal ?

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L’eau, en abondance, de distribution facile, par canalisation souterraine ou superficielle, constitue, n’est-ce pas ? la seconde condition d’embellissement, puisqu'elle contribue à la propreté des villes, à l’hygiène de leurs habitants, à la vie des plantations d'utilité ou d’ornement qui sont insdispensables au culte de l’esthétique.

Or, nous ne voyons aucun endroit mieux situé que l’Ile de Montréal sous ce rapport.

Ses rives sont arrosées au sud par le flenve Saint-Laurent, à l’ouest par le lac Saint- Louis et partie, par le lac des Deux-Montagnes, au nord et à l’est par la rivière des Prairies.

Des bords de la rivière des Prairies à <enx du Saint-Laurent par un système de canalisation facile, vous pouvez amener à Montréal toute l’eau d'arrosage et même toute l’eau potable qu’il lui faut. Sans <ompter que la région supérieure ou plateau

des Laurentides, alimente d'innombrables lacs, qui, tôt ou tard, pourront ou, mieux, devront fournir l’eau de source aux habitants de Montréal. Les cours du Saint-Laurent et de l'Outaouais, de plus en plus contaminés et subissant davantage chaque année la loi des grandes sécheresses, seront abandonnés pour un régime d’alimentation naturelle, et plus pure et plus hygiénique.

Que ce soit par le système très coûteux mais établi déjà, de l'élévation de l’eau au réservoir de la montagne, ou de l’adduction, moins coûteuse, des eaux de la rivière des Prairies, décharge du lac des Deux-Montagnes, Montreal est à même l’eau surabondante. Il n’a pour ainsi dire, qu’à tendre la bouche pour se désatérer et qu'à dérouler ses lances d’arosage, qu’à donner libre jeu à ses bornes-fontaines pour se laver, pour combattre les ferments de maladie qui tombent de ses innombrables cheminées ou émanent de ses fumiers délayés par le parcimonieux arrosoir municipal. Il n’à qu’à le vouloir pour nettoyer à eau courante, à ruisseaux

dégorgeants, ses trottoirs, ses rues, ses squares et ses jardins. Des déluges d’eau d'arrosage ! c’est la seconde condition de vie, de santé publique, de beauté, de fraîcheur, d'attraction par conséquent pour les étrangers. C’est à cela que Paris doit sa fortune, plus encore, peut-être, qu’à ses monuments, ses musées et les productions, pourtant mer-

veilleuses, de ses industries d’art et de mode.

Il est des coins de pays que la nature a comblés de ses dons et placés entre tous au rang des privilégiés : l’Ile de Montréal est de ceux-là. Son élévation au-dessus de l’eau est suffisante pour former un relief d’aspect pittoresque; côteaux et légères collines ne manquent pas pour donner aux villas, aux villages, aux sites des squares, des parcs et des promenades, ces perspectives dégagées que la plaine unie refuse si désespérément.

aux créations d’embellissement.

Le Mont-Royal, d’un côté, abrupt et escarpé, avec toutes les formes d’une nature sauvage et violemment tourmentée; de l'autre côté, s’allongeant en pente douce et gracieuse, toute revêtue des essences les plus vigoureuses de la flore indigène. Ca et là, dispersés avec profusion. à l’intérieur et principalement le long de ses rivières et de ses grand: iacs, couvrant parfois des espaces étendus, des bois, de véritables forêts vierges, des bosquets de hautes futaies ou de brousses à feuillage cadues ou toujours verts, offrent des points de vue ravissants et des champs variés, tout prêts aux embellissements de l’art paysagiste. Nous possédons les premiers éléments de l’ornementation et de l’agrandissement successif sur tous les points de l’Ile, qu’il suffirait de sillonner, ici, de bons et larges chemins, là, de boulevards et d’allées, pour les livrer tout bordés d'arbres et de plantes, aux promenades populaires et aux réunions de familles en plein air. Que de “Bois”, grands et petits,

dans l’Ile de Montréal ! Il n’y aurait qu’à les délimiter, à les couper de routes et de sentiers faciles, à travers le décor préparé par la nature, pour en faire des lieux d’amusement et de santé. Que de camapgnes fraîches, abondamment arrosées et pourvues partout de retraites ombragées, pourtant à peine connues, nous pourrions convertir en sites de villages bâtis d’après les règles les plus parfaites de l’hygiène et du bien être, pleins d’espace, d’eau, d’air et de soleil, pour des milliers d'habitants ! Que de sites d’incomparables villas, de séries de villas sur tout le contour de l'Ile !

Ajoutons encore au tableau de couleurs variées que nous offre l’Ile de Montréal, l’encadrement de son fleuve majestueux, de ses deux lacs aux rivages découpés de baies et de langues de terre densément boisées, de cette rivière des Prairies qui, sortant par un canal tout étroit — facile à creuser et à élargir, — côtoie d’abord l'Ile Bizard et Ste- Geneviève, véritables nids de villégiature ;

puis les villages riverains du Saint-Laurent, Pour se dérouler tantôt en remous pares- SEUX, — paradis des canotiers — ou en rapides hérissés de barrages rocailleux — séjour de l’achigan vaillant, rendez-vous des pêcheurs intrépides — jusque au bout de l'Ile après avoir lavé les côtes du Sault fumeux et le pied des frais ilots des petits archipels de la paroisse des Prairies.

Vous trouverez semées comme des oasis dans les eaux d’émeraude du Saint-Laurent et d’opale de l'Outaouais. à l'extrême pointe orientale de l’Ile, l’île de Ste-Thérèse, de renom historique; en amont du fleuve, tout en face de Montréal, l’île Ste-Hélène, déjà parc populaire; plus haut l’île des Soeurs aux grasses cultures et aux bosquets d’érables touffus; l’île Perrot, — toute une paroisse vaste et riche — aux grands bois verdoyants, et, non loin de ses côtes rocaillenses, renommées par ses retraites fourmillantes de dorés et d’achigans, les îles Dorval dans le lac St-Louis; enfin, mentionnée ci-dessus, l’île Bizard qui sépare en deux cours ombragés et d’ur. charme exquis, l’une

des décharges du lac des Deux-Montagnes, l’autre allant, plus au nord, du côté de St- Eustache, former la rivière si hien uommée des Mille-Isles,

Voilà bien, n'est-ce pas ? tout préparé par la nature, là au moins où n’ont pas pénétré le manvais goût et l’âpreté de la spéculation, un champ ouvert aux conceptions du beau et aux efforts des créateurs qui ont souci des destinées de Montréal agrandi.

Dans ses grandes lignes extérieures, l’Ile de Montréal n’a guère été touchée par la spéculation implacable à la belle nature.

Elle n’est done pas gâtée encore, et il im-

porte, au plus tôt et au plus haut point, de la sauver des mains des vandales, qui ne guettent que des moyens d’accès facile pour commencer leurs opérations de bénéfices à tout prix et d’enlaidissement à outrance.

L’actuel Montréal, d’ailleurs, à l’exception de certains faubourgs déshonorés par les

spéculateurs en construction, est déjà une belle ville ; et dans sa partie ouest qui s'élève en amphithéâtre, elle peut soutenir la comparaison avec n’importe quelle agglomération de constructions civiles et de villas du monde: lui donner comme joyaux, sortis dans ses banlieues, toutes les riches campagnes qui l’entourent, ce serait là l’idée du Montréal agrandi et gouverné sur le plan de Paris enclavé dans le département de la Seine. :

Près d’un demi million d’habitants sont intéressés à la réalisation de ce projet ; et les citoyens les plus clairvoyants, capables de juger par leur expérience, leurs voyages d'observation et leur civisme éclairé, des possibilités de Montréal et de son Ile, s’inquiètent de l’avenir, souhaitent instamment une chose: c’est qu’on ne gâte pas ce qui est resté intact de la belle nature, qu'on répare autant que possible les erreurs du passé, qu’on améliore la Cité dans ses grandes services de voierie, d’eau, de constructions civiles et d'hygiène publique ct privée.

Placé à la tête de la navigation &e l’Atlan-

tique, entrepôt naturel du commerce du Golfe et du fleuve Saint-Laurent et des Grands-Lacs, centre d’attraction et terminus de toutes les grandes lignes ferrées de l'Ouest et de plusieurs des Etats-Unis du Nord, doté d’un back-county incomparable où se déroule la chaîne des Laurentides, basse Suisse du Canada, Montréal est déjà le New-York de notre pays; et New-York, agrandi de Brooklyn, de Staten Island, de Jersey City et de tous ses grands faubourgs, est resté, malgré toutes les rivalités et tous les engouements de l’Ouest, la métropole incontestée et incontestable des Etats-Unis.

Montréal, baignant ses pieds dans les flots du Saint-Laurent, s'appuyant sur le roc de son mont vraiment royal, nourri par la terre prodigue de son Ile qui lui sert de champ presque illimité d’allongement ; Montréal n’a qu’à le vouloir pour garder sa situation, l’assurer contre les éventualités fâcheuses de l'avenir, l’agrandir de toutes façons et l’embellir de toutes les beautés de la nature et de l’art,

Il ne parait y avoir qu'un moyen pour atteindre ce résultat entrevu par les meil.

leurs esprits: la fédération municipale de tous les intérêts généraux de l'Ile et de la Cité; et l'exécution, — sous une direction unique, éveillée, Progressive mais prudente, et d’une économie rigoureuse, d’un plan général, accepté par tous les intéressées, —des grands travaux d'utilité et d’embellissements publics, qui refera, si possible, ce qui est gâté, préservera ce qui ne l’est pas et tirera tout le parti qu'une nature généreuse et un art jaloux peuvent lui procurer,

Loin de nous et de qui que ce soit, l’idée d'accaparement de tous les pouvoirs par la Cité, et d’effacement pour les unités rurales de l’Ile, puisqu'il Y aurait autonomie pour chaque municipalité dans la conduite de ses affaires locales.

Mais Montréal serait comme le coeur du nouvel organisme, qui profiterait dans chacun de ses membres du souffle de vie qu’il en recevrait. Chaque coin de l'Ile participerait au progrès de la Cité et s’enrichirait

mnt,

de toute la fortune, de toute la plus value que réaliserait la puissante entité urbaine que deviendrait la Métropole de demain.

Les conclusions pratiques de ce travail peuvent s'appliquer — toutes proportions gardées — à nos cités, à nos villes, à certains de nos vilages même, où hélas ! on a trop laissé à l’abandon, au négligé, au débraillé quoi ! Cités, villes et villages se trouveraient si bien de se réfectionner, de se développer, dans leurs parties nouvelles au moins d’après un plan d'ensemble homologué par l'autorité provinciale, si, d’ailleurs, celle-ci était assistée d’un personnel technique de valeur suffisante, L'idée n’est pas nouvelle. On la retrouve en pleine application depuis des siècles en Europe, depuis des années aux Etats-Unis; de là tant de belles villes, grandes et petites, À côté desquelles, nous font pitié, à nous-mêmes, ces assemblages irréguliers de maisons, et ces enchevêtrements de rues pratiqués sans esprit de suite et sous l'inspiration des inté-

rêts personnels et des exigences du moment.

Les vues d’ensemble et l’intérêt public devraient pourtant dominer en cette matière.

La plus value lente, peut-être, mais assurée, donnée aux propriétés, la protection des villes et des villages contre les incendies, aussi communs que désastreux dans notre pays; les sages prescriptions de l'hygiène :

tout recommande impérieusement le tracé par des hommes compétents, et l'exécution d’un plan sérieusement mûri, son homologation et la création d’un organisme tech- . nique chargé de sa mise à exécution.

Pour mettre chacun mieux à même d’étudier ce qui devrait être fait à Montréalagrandi, Ile et Cité, nous exposerons d’abord ce qui s’est fait dans le département de la Seine et à Paris en particulier.

Pourquoi Paris plutôt qu’une des villes américaines connues pour leur belle ordonnance générale et l'efficacité de leurs services publics ?

C’est que Paris, dans son ensemble, —

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même au point de vue hygiénique, — est cité par l'opinion éclairée comme le modèle des villes modernes. Nous le prenons comme type unique, afin de ne pas embrouiller les choses, et parceque, depuis la seconde moitié du 19ème siècle, la voie qu’il a suivie, d’un pas ferme et assuré, sans guère de tâtonnement, est si simple, si rationnelle, que nous pouvons l’offrir à l’imitation de toutes les administrations municipales, depuis les plus vastes jusque aux plus modestes, aux villes d'hier et aux villages naissants.

Nous consacrons, d’ailleurs, un long chapitre à Londres, la métropole commerciale du monde, mais si vaste, si énorme qu’elle ne peut servir à notre dessein d'offrir un modèle à Montréal agrandi de son Ile,

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