PARIS ET MONTREAL
Depuis 25 ans. — Développements imprévus, services insuffisants. — Système vicieux. — Paris inhabitable, il y a 60.
3°.8, — Modèle aujourd'hui. — Rapprochements, — Fédération municipale,
“Il n’y a qu’un Paris”, dit-on pour exprimer l’idée de la plus belle ville du monde.
Mais, “Paris ne s’est pas fait en un jour”, dit-on encore, pour encourager dans la poursuite d’une entreprise longue et difficile, où doivent être mises en action toutes les énergies de la volonté et tou.ies les ressources de l'esprit.
Paris moderne ne remonte qu’à la seconde.
moitié du 19ième siècle ; avant, il était inhabitable ou peu s’en faut. Maxime Du Camp, écrivain bien connu Parmi nous, qui s'était
donné pour tâche l'étude de “Paris, de ses Organes, de ses fonctions et de sa vie”, nous montre Paris, en 1848, dans le même état que nous trouvons Montréal en l’an de grâce
Montréal s’est développé rapidement de- Puis la construction du Pacifique, trop rapidement pour l'amélioration de ses services Municipaux qui ne Correspondent pas à ses Progrès et ne suffisent plus aux exigences de SOn gouvernement général, mais surtout au
ù Contrôle de son administration et à la direction technique de ses grands travaux.
On ne peut Souverner une ville de 360,000 âmes comme On gouverne une ville de 80,000 habitants, Un budget de $5,100,000 mis au service d’un patronage effréné, mais inévi.
table, ne se dépense pas comme un budget de #1,500,000, alors que Montréal n’avait rien à faire avec les abus d’un suffrage où les moins intéressés des citoyens sont la majorité des électeurs, et que la multiplicité, l’âpreté des appétits Particuliers et des Trusts puissants se disputent à la fois l’ar-
gent de nos entreprises et l'usage exclusif de nos franchises municipales,
“Paris, tel qu'il était au lendemain de la “révolution, dit le célèbre académicien fran- “çais, allait devenir inhabitable; sa popula- “tion singulièrement accrue et remuée par le “mouvement incessant des chemins de fer, “dont le rayon s’étendait chaque jour davan- “tage et se reliait aux voies ferrées des na- “tions voisines, sa population étouffait dans “les ruelles putrides, étroites, enchevêtrées “où elle était forcément parquée. Tout souf- “frait de cet état de choses: l'hygiène, la sé- “curité, la rapidité des communications, et “la moralité publique qu’il devenait très dif- “ficile de surveiller. Il y avait péril en la “demeure ; il fallait renouveler Paris”...
C’est fait, au moins en très grande partie, et aujourd’hui toute ville moderne, soucieuse de beauté et d’hygiène, se sentant de l’avenir et capable de grands développements, ne saurait faire mieux que de prendre Paris pour modèle dans les grandes lignes de son administration : indépendance et efficacité de ses pouvoirs exécutifs, compétence et loyauté de son organisation technique.
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nés, les grands principes de vie municipale, qui les animent : la division amenant l’indépendance des divers pouvoirs, tout en maintenant fermes l'entente, l’harmonie nécessaires entre tous les membres du corps parcequ’ils ont besoin les uns des autres pour agir, pour se mouvoir chacun dans son sens; qu’ils leur prennent cette méthode d'étude approfondie des projets nouveaux, cet esprit de suite dans l'exécution des grands travaux, qu'aucun changement dans l’Assemblée délibérante, aucune frasque populaire ne vient interrompre: Montréal et son Ile ne marcheront pas à tâtons dans la voie de leurs brillantes destinées; ils suivront d’un pas sûr, les traces d’un modèle que l'opinion mondiale tient comme étant, dans son ensemble, le plus beau, le plus parfait, — même sous le rapport hygiénique en ses quartiers modernes, — que l’art et le goût de l'esthétique aient créé.
I] faudra sans doute des années pour faire de Montréal, même dans une mesure limitée, ce que sont Paris et sa banlieue, mais pour-
quoi, dès maintenant, Montréal n’ambitionneraïit-il pas d’être le Paris du Canada dont il est déjà la métropole ? Pourquoi, adoptant les moyens d’action de la V ille-Lumière, n’arriverait-il pas au même but, dans l’ordre matériel, au moins, par l'exécution patiente et rigoureusement fidèle du plan d’administration et d’embellissement qu’il se serait imposé ?