‹ La meunière de Moulin-GalantChapitre 8 sur 12 · HENRI II, DUC DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

HENRI II, DUC DE MONTMORENCY

Né en 1^9^, amiralen 1612, chevalier du Saint-Esprit en 1619, maréchal de France en 1629, connétable en mort le

Remy remarqua que ce portrait était fait depuis peu de temps, car il reproduisait très exactement les traits du ma-

réchal. Ce qui le frappa ensuite, ce fut cette lacune : « connétable en... » Donc le duc s'attendait déjà, lorsqu'il fit faire ce portrait, à recevoir ce titre que ses ancêtres avaient porté avant lui. Mais le titre n'était pas venu, et le maréchal s'était mis à la tête des mécontents.

Le baron se rappela alors les paroles du chevalier Sylvain, et un sourire sceptique erra sur ses lèvres.

— Il avait bien raison, pensa-t-il. L'intérêt et l'ambition, voilà la base de toutes nos actions.

En ce moment le valet de chambre revint et pria les deux gentilhommes de le suivre.

Ils pénétrèrent dans une grande chambre, entièrement tendue de damas de soie vert, dont les rideaux étaient bordés de lourdes et longues franges de soie. Le lit de chêne, savamment sculpté, datait de la Renaissance, ainsi que les meubles qui l'accompagnaient. Sur la cheminée brûlaient deux candélabres en argent, garnis de cires, auprès d'une large et haute pendule en marqueterie de bois, agrémentée d'ornements en fer forgé et doré.

Le maréchal allait se mettre au lit. Il était en déshabillé de velours noir, assis devant une table sur laquelle se trouvaient du papier, une écritoire et une plume encore humide. Il venait probablement déterminer sa correspondance.

Puylaurens lui communiqua les soupçons que Remy avait conçus relativement à la présence du vicomte d'Espayrac à Essonne d'abord, puis à Paris le soir même.

Le duc pâlit affreusement.

— Mon cher ami, dit-il à Puylaurens avec un doux sourire, je ne vous crois pas. Évidemment le baron de Montbrun a cru voir, mais il a mal vu. Cependant cela serait vrai que cela ne m'étonnerait pas.

— Que dites-vous ! Et sur «quel ton tranquille le ditesvous ! dit Puylaurens.

— Vous avez été témoin, mon cher ami, de la répugnance avec laquelle j'ai accueilli parmi nous le vicomte d'Espayrac. Il m'a été pour ainsi dire imposé, sinon par

VOUS,- du moins par vos amis, qui firent de cette présenta-r tion une question d'amour-propre, et menacèrent de se retirer si je refusais d'agréer leur protégé. J'ai dû céder devant cette pression ; mais, poursuivit le duc en s'animant, je vous prends encore à témoin que je n'ai jamais fait au vicomte la moindre avance, que je ne lui ai jamais adressé la parole, si ce n'est pour les besoins de notre cause, qu'en un mot je n'ai jamais rien eu de commun avec lui, rien, rien î

Le ton sur lequel le maréchal acceptua ces dernières paroles surprit Puylaurens et Remy. Dans l'énergie avec laquelle il les prononça on devinait plus que du mépris, presque de l'horreur et du dégoût.

— Vous comprenez donc bien, poursuivit le duc avec plus de calme, que je n'aurais pas confié à un homme contre lequel je suis si prévenu une mission de la moindre importance. Que le vicomte se figure avoir entre les mains une lettre de quelque valeur, qu'il essaie de s'en servir contre nous, qu'il espère en tirer profit, je l'admets. Pour moi, je suis tranquille et je vais vous rassurer. La lettre dont il est porteur est adressée au comte de Moret, et ne contient que ces mots intelligibles pour lui seul, mais insignifiants pour les autres :

« Comment va notre armée ? »

Il est évident, continua le duc, qu'en ma qualité de maréchal de France, de. gouverneur du Languedoc, de représentant de l'autorité royale en province, je dispose d'une armée. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que j'en demande des nouvelles.

Puylaurens poussa un long soupir de soulagement.

— Alors, demanda-t-il, pourquoi avez-vous fait partir si brusquement M. d'Espayrac ?

— Parce que votre enragé compagnon voulait absolument se battre avec lui.

Remy comprit que c'était de lui qu'il s'agissait. En effet le maréchal se tourna de son côté.

— Or, mon cher baron, reprit-il, je m'intéresse à vous

bien autrement qu'au vicomte. Ce n'est pas moi qui vous empêcherai de le tuer, je vous le jure ! mais au moins faut-il que je vous aie vu à l'œuvre et que j'aie la certitude que vous le tuerez.

Puylaurens examinait attentivement le duc, tandis que celui-ci s'adressait à Remy. Aussi il devint évident pour lui que le maréchal avait également contre le vicomte un motif secret de haine. C'était avec une joie bien manifeste qu'il parlait de livrer M. d'Espayrac à Tépée du jeune baron.

— Ainsi, acheva le duc, dans le cas môme où M. de Montbrun ne se serait pas trompé, n'ayez aucune crainte. Cependant, comme il est bon de s'assurer que le vicomte n'est pas un traître, je vais expédier à l'instant même un courrier sur la route de Toulouse.

A ces mots, le maréchal frappa sur un timbre qui était placé sur sa table. Son valet de chambre accourut.

— Faites prier François de venir prendre mes ordres, dit le duc.

Trois minutes après, celui qu'il avait fait demander se présentait, botté et éperonné.

— Tu vas monter à cheval à l'instant, ordonna le maréchal ; tu suivras la route de Toulouse, et tu ne t'arrêteras que quand tu auras nejoint le vicomte d'Espayrac. Dès que tu l'auras rattrapé, tu reviendras m'informer en quelle ville tu Tas rencontré. Il est inuttile que tu parles au vicomte. J'aime mieux qu'il ignore que je t'ai lancé à sa poursuite. M'as-tu compris ?

— Parfaitement, monseigneur.

— Va I fit le duc en lui jetant une bourse remplie d'or. François disparut comme par enchantement.

Cinq minutes après, la porte de l'hôtel tournait en grinçant sur ses gonds, et le courrier s'éloignait.

— Maintenant, dit le maréchal, je suis tout à vous, messieurs. Vous n'avez pas d'autres communications à me faire ?

— Non, monseigneur, répondit Remy qui se leva pour prendre congé.

— Pardon, fit Puylaurens en le forçant à se rasseoir, j'ai une faveur à vous demander, monsieur le maréchal.

— Parlez, fit le duc avec bienveillance.

— J'ai conduit ce soir M. de Montbrun chez une de mes amies...

— Chez Marion, je gage >

— Vous Tavez deviné, monseigneur. Nous avons rencontré chez elle une dame de vos amies, sur qui notre jeune ami a certainement produit une impression favorable, car elle a manifesté le désir de le revoir demain au cercle de la reine.

— De la reine I fit le maréchal qui devint affreusement pâle.

— Oui, monseigneur ; elle s'est même offerte à le présenter à Sa Majesté.

— Vraiment I dit le duc, qui cette fois rougissait jusqu'aux oreilles. Quelle est donc cette protectrice ?

— C'est madame la duchesse de Chevreuse.

— Ah ! très bien, fit le maréchal avec un sourire imperceptible.

— Mais, reprit Puylaurens, j'ai pensé que, pour un gentilhomme comme le baron de Montbrun, une présentation plus sérieuse serait d'un meilleur effet auprès de Sa Majesté, et j'ai songé, en l'absence de Monsieur, à vous prier de lui accorder votre précieux parrainage.

— Moi, se défendit vivement le duc, en proie à une émotion et à une agitation visibles ; mais vous '«avez bien que je vais très peu... que je ne vais même pas chez la reine.

— C'est ce dont elle se plaint, monseigneur.

— Qui vous l'a dit ? Qu'en savez-vous } interrogea le maréchal de plus en plus troublé.

— '■ Sa Majesté elle-même, monseigneur. Je l'ai entendue se plaindre de la rareté de vos visites.

— Quoi I Sa Majesté aurait été assez bonne pour s'informer...

— Il y a trois jours, monseigneur, je vous l'affirme.

— Et à qui art-elle fait part de ces regrets ?

— A moi-même, monseigneur.

« — Puylaurens, m'a-t-elle dit, est-il vrai, comme on le prétend, que M. de Montmorency soit à Paris >

» — Oui, Votre Majesté.

» — Alors, pourquoi ne vient-il pas me voir ? Est-ce parce que je ne suis rien en France, ni reine, ni épouse, ni mère ?... »

— Par exemple ! s'écria le maréchal indigné. Elle a dit cela ! Elle Ta pensé I

— Je ne crois pas qu'elle l'ait pensé, répondit Puylaurens, mais je vous répète ses propres paroles, monseigneur.

« — Je le croyais de mes amis, — et des meilleurs, — a-t-elle ajouté en appuyant sur la fin de cette phrase. »

M. de Montmorency s'était levé. Il arpentait à grands pas la vaste chambre, espérant calmer ainsi la surexcitation dont il était possédé, sans songer à Puylaurens qui l'observait d'un regard fin, ni à Remy interdit, qui jetait les yeux tour à tour sur le duc et sur son ami comme pour leur demander s'il devait comprendre.

Cependant le maréchal recouvra peu à peu son sangfroid et revint prendre la place qu'il occupait.

— Il suffit, dit-il. Je ne me pardonnerais pas de n'avoir pas satisfait à un désir si formellement exprimé. Demain soir j'irai au cercle de la reine.

— Et vous y présenterez le baron > interrogea Puylaurens.

— Pour peu que cela lui fasse envie, je m'en ferai un plaisir.

— Je ne sais en quels termes vous remercier, monseigneur, fit Remy avec effusion. En vérité, vous me comblez!

— Donc c'est promis, fit le duc. Venez me prendre demain, à huit heures, je vous attendrai.

Il était en ce moment véritablement transfiguré. Une joie immense se reflétait sur son visage, à la pensée qu'Anne d'Autriche avait daigné s'occuper de lui.

Si inexpérimenté que fût Remy, tant de preuves d'un amour sans espoir ne pouvaient pas lui échapper.

Aussi, lorsqu'il se retrouva dans la rue avec Puylaurens :

— Comment ! fit-il à voix si basse, qu'à peine il fut entendu du gentilhomme, c'est la reine que le maréchal...

— Pas un mot de plus, interrompit Puylaurens en lui serrant la main. Si vous croyez avoir découvert un secret, gardez-le si profondément enfoui dans votre cœur, que votre langue ne puisse jamais le retrouver.

Minuit sonnait quand ils se séparèrent.

Remy se dirigea vers la rue de l' Arbre-Sec, en compagnie de Jacques, qu'il boudait encore, car il ne lui adressa pas la parole. Il n'était du resté pas fâché de s'isoler enfin des événements auxquels il avait pris part, pour se recueillir un instant.

Dès qu'il fut seul avec sa pensée, l'image qui se présenta à lui fut celle de Camille.

— Si j'allais demain à Moulin-Galant ?... se dit-il. Oui, mais sous quel prétexte ?. . . Comment serais-je accueilli ?. . . Non, mieux vaut attendre.

Il supposait à juste raison que le moulin de Barthez servant de rendez-vous aux amis du maréchal, il aurait prochainement l'occasion d'y retourner. Mais quand ?... Ah ! qu'il tardait à son impatience de voir luire cet heureux jour ! Pourquoi ? Jamais il n'avait éprouvé semblable sentiment I... Allait-il aimer la meunière? Ce fut sur cette effrayante découverte qu'il s'endormit.

Le lendemain, après avoir erré de nouveau dans Paris, il revint s'habiller. A huit heures moins cinq minutes, il arrivait chez le maréchal.

— Partons, fit le duc, sans lui laisser même le temps de saluer.

Remy n'avait aucune idée des mœurs de son temps.

Il était quelque peu étonné de ce que lui avait dit Puylaurens, et de ce qu'il croyait avoir découvert lui-môme. Élevé par un digne abbé du diocèse de Narbonne suivant

l62 LA MEUNIÈRE DE MOULIN-GALANT

rency et votre popularité ne vous désignent pas plus sûrement aux persécutions du cardinal qu'à ses faveurs ? Eh bien ! admettez que Ton trouve ce portrait : non seulement vous aurez brisé les derniers liens par lesquels je me rattache encore à Testime du roi, mais vous aurez risqué votre tête. Vous le voyez donc bien, monsieur le maréchal, outre qu'il faut renoncer à un sentiment que rien de ma part n'autorise ni ne justifie, il faut encore renoncer à conserver plus longtemps contre mon gré cette image stérile, qui entretient follement dans votre cœur une amitié sans issue. Croyez qu'il m'a fallu du courage, à moi femme, à moi reine, pour aborder une pareille question ; mais j'y ai été forcée, de peur que ces sourdes rumeurs, dont l'écho est venu jusqu'à moi, ne finissent par prendre une consistance qui serait ma condamnation et la vôtre.

A ce moment, Remy, qui n'avait pas quitté son poste, entendit un pas furtif et une voix déjà connue de lui.

— Ils sont là, vous dis-je, murmura la voix.

— Alors, courons chercher Sa Majesté, répondit une autre voix.

Remy se pencha. Il vit s'éloigner un gentilhomme tout habillé de velours noir. C'était M. de Laifeymas. Auprès de lui marchait rapidement un personnage vêtu d'une simarre rouge éclatante.

— Le cardinal I fit Remy épouvanté.

II se fit un mouvement de silence dans la pièce voisine. Remy fut sur le point d'en profiter pour se montrer, pour rompre, ne fût-ce que par sa présence, ce dangereux tète-à-tète. Sa timidité l'en empêcha. Pourtant c'était le seul moyen d'écarter de la reine et du maréchal le danger qui les menaçait.

Remy s'y décida enfin; mais, au même instant le duc reprenait la parole.

— Votre Majesté a douloureusement raison, dit-il d'une voix attristée. Rien de sa part n'a jamais encouragé cette amitié — pour me servir de la môme expression

qu'elle. — Le culte que j'avais pour elle était une passion sans issue, je ne l'ignore pas. C'est justement pourquoi je la caressais avec plus de charme, sinon avec plus d'ardeur. Mon pauvre cœur, depuis longtemps détaché des choses de ce monde, s'était réfugié dans cet amour comme dans un cilice. Il se complaisait dans cette douce et perpétuelle souffrance de contempler tous les jours les traits de celle qu'il aimait...

— Monsieur le maréchal ! fit la reine en se redressant fièrement.

— Oh 1 que mon amour ne vous offense pas, madame, répondit mélancoliquement le duc. Je vous ai dit que c'était un culte. Or, le culte a ses adorations quotidiennes. Je m'imaginais que de tels sentiments passeraient inaperçus, que je pourrais m'absorber dans ces sortes d'extases, comme le croyant qui va s'agenouiller dans une église. Je me suis trompé, je le vois. La calomnie a défloré mon amour, ou plutôt ma piété. Comment a-t-on pu lire sur mon visage, dans mes regards, un sentiment que j'étouffais avec tant de soin, que je croyais profondément enfoui dans les replis les plus secrets de mon ême ? Je ne me l'explique pas. Mais puisqu'il blesse Votre Majesté, puisqu'il choque les mesquines considérations humaines qu'elle a fait valoir et auxquelles je n'avais même pas songé, je m'efforcerai d'oublier, dussé-je en mourir, et je rendrai à la reine le portrait qu'elle me réclame, seule consolation qui restât cependant à mon désespoir.

Anne d'Autriche vit rouler une grosse larme dans les yeux du maréchal. Elle était émue, troublée.

— Monsieur le duc, fit-elle d'une voix altérée, je vous sais gré d'un dévouement si absolu, j'apprécie à sa juste valeur le sacrifice que vous me faites, et, pour vous prouver que je ne garde contre vous aucune colère, voici ma main...

A ces mots, elle tendit au maréchal sa main, sur laquelle il se précipita pour y déposer un baiser brûlant.

— A une condition, poursuivit la reine, c'est que vous

me donnerez ce portrait le plus tôt qu'il vous sera possible.

— J'y engage ma parole de gentilhomme.

— Et ce sera... quand ?

— A mon premier voyage à Paris.

— Faites-en sorte qu'il ne soit pas trop différé. Et maintenant, reprit Anne d'Autriche avec une joie manifeste, causons un peu des affaires de l'État, des vôtres. Ce changement de conversation amena une nouvelle pause.

Remy avait quitté la fenêtre pour jeter dans les salons un regard inquisiteur. Il aperçut le cardinal qui s'avançait rapidement, à côté d'un homme entièrement vêtu de noir et couvert d'un large feutre de même couleur.

— Le roi ! pensa Remy.

En ^ffet, quel autre que le roi pouvait rester couvert dans les appartements de la reine ?

Le baron sentit l'imminence du danger. Résolu de le conjurer à tout prix, bravant toutes les convenances, il fît irruption dans le boudoir de velours bleu, posa un doigt sur sa bouche comme pour recommander au maréchal de ne pas l'interrompre, et, se tenant debout et découvert devant Anne d'Autriche :

— Oui, Majesté, dit-il en forçant le son de sa voix, c'est ainsi que j'ai fait la connaissance de M. de Montmorency. Assurément je ne m'attendais pas à l'honneur insigne qui m'était réservé de me trouver face à face et presque seul avec Votre Majesté...

En même temps qu'il parlait bien haut, afin que ses paroles fussent entendues de plus loin, Remy écoutait. Un bruit de pas précipités lui fit comprendre que le cardinal et le roi entraient dans la pièce voisine.

— Aussi, continua-t-il sans s'interrompre, je ne puis que remercier humblement Votre Majesté d'avoir voulu consacrer un quart d'heure à la présentation d'un si mince gentilhomme que moi.

Remy n'avait pas encore achevé sa phrase, quand

Louis XIII, sévère et irrité, pénétra dans le boudoir. Instinctivement, le maréchal avait pressenti un danger. Il s'était donc levé, et se tenait également debout devant Anne d'Autriche.

Le roi parut un peu déconcerté.

— Eh bien 1 monsieur le cardinal, que me disiez- vous donc ? fit-il d'une voix saccadée.

Richelieu se mordait les lèvres de dépit.

— Sire, répondit-il en jetant sur Remy un regard terrible, j'affirme à Votre Majesté que je lui ai dit la vérité.

— Mais vous voyez bien que non, monsieur. La reine n'est pas seule avec le maréchal, puisque monsieur...

Il s'interrompit et dévisagea Remy, qui soutint sans frayeur apparente cet examen soupçonneux.

— Qui ètes-vous ? lui demanda Louis.

Le maréchal jugea à propos d'intervenir.

Il comprenait maintenant de quel péril Remy venait de sauver la reine et lui-même.

— Que Votre Majesté me pardonne, dit-il. Je ne m'attendais pas à l'honneur de la rencontrer ce soir au cercle de la reine : sans cela, c'est à elle avant tout que j'aurais présenté le baron Remy de Montbrun.

— De Montbrun... fit le roi en consultant ses souvenirs. Attendez donc... N'est-ce pas un baron de Montbrun qui commandait à la porte Saint- Honoré cette brillante attaque qui décida pour ainsi dire la prise de Paris par mon auguste père ?

— Lui-même, Majesté, répondit le maréchal. Aussi je vous donne son fils Remy comme le plus loyal et le plus dévoué gentilhomme que je connaisse. J'ai pour lui une affection sincère, et je suis heureux de lui rendre en présence de mon roi cet hommage mérité.

— Fort bien, monsieur le duc, dit Louis enchanté de prendre le cardinal en défaut.

A ces mots, il se tourna vers Remy.

— Ainsi, monsieur le baron, reprit-il, vous êtes ici depuis longtemps }

l66 LA MEUNIÈRE DE MOULIN-GALANT

. — Depuis un quart d'heure au moins, Sire.

— En effet, je vous entendais, il me semble, vous excuser d'avoir si longuement abusé de la bonté de la reine.

— Je sollicite toute l'indulgence de Votre Majesté, balbutia Remy avec un embarras parfaitement joué. Je ne savais pas que le roi fût si près de moi...

— Remettez-vous, monsieur le baron, fit Louis avec bonté. Vous n'avez manqué de respect ni à la reine ni à moi, puisque vous ignoriez que je vous entendais.

— Il est heureux pour moi, dit Anne d'Autriche avec amertume, que j'aie des témoins pour me défendre contre les insinuations perfides de M. le cardinal. De quel nouveau crime étais-je donc encore accusée ?

— Ce n'était point d'un crime, madame. Tout au plus était-ce d'une imprudence... d'une légèreté.

— Si j'ai deviné juste, dit la reine, on supposait que j'étais seule ici avec M. le maréchal. Eh bien ! où est le crime, l'imprudence, la légèreté de quelque nom que vous vouliez l'appeler ? Depuis quand une reine n'a-t-elle plus le droit de donner audience à ses sujets ? Si Votre Majesté avait en moi plus de confiance qu'elle n'en accorde à mes ennemis, de telles puérilités n'éveilleraient pas sa jalousie, ou du moins n'inquiéteraient pas sa sollicitude.

— Vous venez de prononcer là un bien vilain mot, madame, fit Richelieu d'une voix doucereuse. Votre ennemi ! moi I Vous savez bien le contraire, madame. Nul n'est plus soumis que moi à vos volontés, à vos caprices, nul ne vous aime et ne vous respecte davantage.

— Oui, interrompit Anne d'Autriche avec une ironie sanglante, j'apprécie comme elles le méritent vos preuves de respect et de sympathie, soyez tranquille. Mais, lorsque je les vois s'oublier au •point de me mettre en suspicion auprès de mon royal époux, je ne puis m'empècher de penser et de dire que vos actes sont en singulière contra* diction avec vos paroles.

— Il est vrai, madame, lui répondit Richelieu avec un sourire félin, pour aujourd'hui je n'ai pas été heureux.

— Que signifie ce « pour aujourd'hui ? » demanda la reine avec vivacité.

— Assez, de grâce ! dit le roi. Monsieur le cardinal, ajouta-t-il en se tournant vers son ministre, je vous serai obligé que vos rapports soient plus exacts.

Il offrit la main à la reine et Tentraîna.

Richelieu, furieux et humilié, jeta sur Remy un nouveau regard chargé de haine. Il né s'y méprenait point. C'était le baron de Montbrun qui avait détourné l'orage.

Par quelle habileté ou par quel hasard ? Comment s'était il trouvé là juste à point pour donner le change au roi .^ Comment ce provincial novice, ce débutant sans expérience, avait-il dérouté les finesses d'un ministre, la jalousie de Louis XIII ? Veillait-il (donc, sentinelle invisible, sur l'entretien de la reine et du maréchal ? Était-il leur complice ?

Non. Il était impossible qu'Anne d'Autriche eût choisi un confident aussi jeune, qu'elle se fût livrée en sa présence à des épanchements compromettants.

Quelle fatalité avait donc jeté Remy au milieu de cette intrigue ? Laffeymas avait pourtant bien vu la reine et le maréchal disparaître dans le boudoir ; il était sûr que personne n'y était entré derrière eux.

Le. regard dont le cardinal enveloppa le jeune baron signifiait tout cela. Il y avait du désappointement, de la colère, de la curiosité.

Remy s'en aperçut, mais ne parut pas y prendre garde ; et, pendant que le ministre courroucé s'éloignait, il le désigna des yeux en souriant à M. de Montmorency.

Il allait sortir à son tour, quand le maréchal l'arrêta et lui saisit vivement la main.

— Monsieur le baron, dit-il avec effusion, c'est désormais entre nous à la vie à la mort. Le service que vous avez rendu à la reine et à moi est de ceux que rien ne saurait récompenser. Je ne puis donc vous offrir en échange que mon inaltérable amitié ; mais par quel miracle avezvous conjuré ?!..

l68 LA MEUNIÈRE DE MOULIN-GALANT

Remy lui raconta comment il avait été le confident involontaire de cette conversation.

— Alors, reprit le duc, après ce que vous avez fait pour nous, je n'ai pas besoin de vous recommander la discrétion la plus absolue.

— Oh ! monseigneur, dit Remy d'un ton de reproche.

— Merci, fit le duc en accompagnant ce mot d'une vigoureuse étreinte.

Ensemble ils regagnèrent les appartements de la reine. Anne d'Autriche causait avec Marie de Chevreuse, qui riait aux éclats et dévisageait insolemment le cardinal. Lorsque la duchesse vit arriver Remy, elle se leva et marcha à sa rencontre. Puis lui prenant familièrement le bras, elle le poussa tout doucement dans l'embrasure d'une croisée.

— Oh ! dit-elle gaiement, contez-moi donc cela : il parait que vous venez de jouer un tour délicieux au cardinal.

— Moi ? fit Remy de son air le plus naïf.

— Allons 1 ne prenez pas votre petit air innocent. La reine vient de me. tout raconter.

— Alors, madame, il est inutile que je recommence.

— Sans doute, mais pour être tombé si juste, vous avez donc tout vu, tout entendu ?

— Vu quoi } Entendu quoi ? demanda Remy, si sincèrement étonné en apparence que la duchesse faillit s'y laisser prendre.

Mais cette crédulité se dissipa aussitôt. Elle couvrit le jeune gentilhomme d'un regard chargé de reconnaissance et d'admiration.

— Ah ! tenez, baron, s'écria-t-elle sincèrement touchée, vous êtes adorable I

Et elle s'enfuit. Peut-être avait-elle peur d'en dire davantage.

Pendant ce temps, la reine avait organisé autour d'elle un divertissement musical, et réunissait tous les chanteurs et les chanteuses dont elle pouvait disposer.

Remy se rapprocha curieusement.

— Comment ! disait la reine, il n'y a donc pas une âme en France qui puisse me chanter cette romance d'el Coscône )

Et elle promenait autour d'elle un regard désappointé.

— Pardon, Majesté, hasarda timidement Remy subitement inspiré, je connais quelqu'un...

— Vous, monsieur le baron ! s'écria joyeusement Anne d'Autriche. Qui est-ce donc ?

— C'est la meunière de Moulin-Galant. La reine se prit à sourire.

— La meunière de Moulin-Galant ! fit-elle. Sur mon âme, voilà pour une meunière un titre tout à fait galant. Et elle chante, cette meunière ?

— Admirablement, Majesté, répondit Remy.

— Et elle a une voix passable ?

— Magnifique.

— Qui sait?... dit Anne d'Autriche avec incrédulité. Cette merveille a peut-être appris à chanter...

— Votre Majesté ne se trompe pas.

— Comment I s'écria la reine, qui ne croyait pas si bien dire, une meunière I

— J'en ai été tout aussi étonné que Votre Majesté, répondit Remy.

— Eh bien I reprit Anne d'Autriche, pour la curiosité du fait, je veux m'assurer de ce que vous avancez, monsieur le baron.

— Rien n'est plus facile, madame.

— Vous connaissez cette jeune femme ?

— C'est une jeune fille. Majesté.

— Femme ou fille, peu importe. Vous la connaissez ?

— Je l'ai à peine vue.

— Alors comment se fait-il ?...

— Le hasard m'a conduit avant-hier soir au moulin. J'y ai demandé l'hospitalité, qu'on m'a généreusement accordée, et, comme ma chambre était voisine de celle de la meunière, je l'ai entendue chanter... par hasard.

— Et pas autre chose ?

— Absolument, Majesté.

— En ce cas, vous n'avez aucune autorité pour me présenter cette jeune fille, fit la reine visiblement contrariée.

— C'est vrai, dit Remy, mais elle a l'honneur d'être connue de madame la duchesse...

— De Marie I s'écria joyeusement Anne d'Autriche. Elle se tourna vers madame de Chevreuse.

— Est-il possible ? demanda-t-elle.

— M. le baron de Montbrun a dit la vérité, répondit la duchesse. Aussi, pour peu que cela soit agréable à Votre Majesté, je ferai atteler mon carrosse dès demain et je lui amènerai Camille.

— C'est le nom de la meunière ?

— Oui, madame.

— J'accepte, ma bonne Marie, dit Anne d'Autriche avec empressement. Et, s'il était possible, dès demain soir. . .

— Ce serait peut-être un peu tôt, mais nous tâcherons, fit la duchesse.

— Alors j'y compte, ajouta la reine avec empressement.

— Pardon, Majesté, hasarda timidement une voix, mais j'ai, moi aussi, l'honneur de connaître la meunière de Moulin-Galant, et je crains bien...

Anne d'Autriche se retourna vivement et reconnut le maréchal de Montmorency.

— Que craignez-vous ? interrogea-t-elle en fronçant les sourcils.

-^ Je crains, fit le duc en baissant les yeux avec embarras^ que cette pauvre enfant ne soit bien dépaysée à la cour...

— Nous l'acclimaterons, maréchal.

-^ Songez, madame, que Camille n'a jamais quitté son village, qu'elle ignore le monde, qu'elle fera triste figure au milieu de votre magnifique entourage.

— Elle est donc laide >

— Au contraire, repartit vivement le duc, elle est fort belle.

— Alors, soyez sans inquiétude. Une jeune et jolie fille sait toujours se tirer d'affaire.

— Votre Majesté est Tindulgence môme ; je Ten remercie ; mais elle ne réfléchit pas que la fille du meunier n'a aucunes relations à Paris, qu'elle n'y possède pas un parent, pas un ami...

— Nous y pourvoirons, monsieur le maréchal, répliqua la reine.

— Soit ; mais est-il possible que cette enfant débute à la cour dans de pareilles conditions ? Elle n'a que son père et sa mère, la pauvre petite I Or ni son père ni sa mère ne peuvent quitter leur moulin sans compromettre gravement leurs intérêts...

— Mais, en vérité, monsieur le duc, fit Anne d'Autriche en dardant sur le maréchal son regard clair, on croirait que vous vous souciez peu que la meunière vienne auprès de moi. Ne suis-je pas pour elle une égide suffisante ?

— Je n'ai rien dit de semblable, madame, fit M. de Montmorency en courbant la tète.

— En ce cas, monsieur le maréchal, permettez-moi de me passer une fantaisie si innocente, ou je croirai que votre zèle et votre dévouement reculent devant le premier obstacle qu'ils rencontrent.

— Oh ! dit le duc sur un ton de reproche amer. Votre Majesté ne peut pas penser...

— Eh bien 1 brisons là, interrompit Anne d'Autriche avec impatience.

Et se tournant vers la duchesse :

— Marie, dit-elle, n'oublie pas ce que tu m'as promis. A ces mots, elle s'éloigna, sans daigner jeter un regard

de pitié sur le maréchal, qui s'inclinait devant elle pour dissimuler sa pâleur.

Quant à Remy, il était stupéfait. Évidemment il venait, sans le vouloir, de commettre une maladresse. Ainsi

172 lA mednierî: iœ mdulin-gal,ant

que ! avait dh la xeme, le duc aurah désiré que i:ette -proposition -n'eût pas de suites.

Le baron sapprocim du maréciial.

— Pardoimez-moi, monsieur, dit-il. J'éprouve un regret sincère de létourderie uue j'a: commise. Je serais desolt que vous m'en garxiassiez rancune. £n effet, un sot provincial comme mo: ne pouvait faire qu'une bévue...

— Mais vous vous trompez, mon am! ! se défendit Tryemem M. de Montmorency. Ce que vous avez fait es: tout naturel. A votre place/ j'aurais très probablement ap. comme vous.

— A'raimenl r demanda naïvemem l^enry . "Voib ne m er voulez pas. monsein^neur f

— Pas le moins du monde, répondit le maréciial d'ur

ELIT àé^SL^é. Je connais Bartiiez depuis fort Iongtemi>s, u m'intéresse à lui, à sa famille, à Camille par conséouen: ; voilà pourauo! je me suis permis de présenter é Sl Maiestt quelques ié^eres Dl>servation5... 1-a reine s'est méprise, comme vous, au sens et à la portée qu'elles devaient avoir : je k-rerrrette. mais voik tout.

— Ati I tam mieux ! s'écria Remy visiblement souia^jj. Je ne me serais pas paruonné d "avoir désobligé un hommî.fluquel i"a] déji; tant de reconnaissance.

— Que ce remords ne pèse point sur votre excellent cœur, fit le maréciial.

L le salua dun ^reste bienveillant, qu'il accompapi;d'un sourire, et se perdit Hans la fouie des ^entilsnommes.

Rem y k* reprarda s' éloigner. Malgré les protestât i on ^ du duc. iJ n'était pas tout à fart convaincu. I lu: avait semPk lire une certaine contrainte sur les traitî- di marrchai. Son sourire d'adieu n était pas s: franc que ce lu ou î 'épanouissait ordinarremem sur ses levées.

Auss! notre jeune iieros se creusait k téu- et st- ûemar*uait :

— Qu'est-ce que cek peut bien faire i M. di- Mnntm*-*renrv. uue k tilie ûl meunier Barthez vienne ii U: cwu-

Au contraire, s'il est sincèrement son ami, comment n'en est-il pas enchanté ?

Il fut tiré de ces réflexions par une main qui s'appuya doucement sur son épaule.

Remy fit volte-face.

— Le chevalier Sylvain ! s'écria-t-il sans dissimuler sa satisfaction.

— En personne, monsieur le baron.

— Quoi I vous êtes déjà revenu de Fontainebleau ?

— J'en suis arrivé ce matin.

— Tant mieux 1 dit Remy ; seriez-voas par hasard allé ce soir à mon hôtellerie ?

— Non, pas encore. Je n'en ai pas eu le temps.

— Tant mieux encore. Alors éloignons-nous, et causons.

— Non pas, fit le chevalier. J'ai une faveur à vous demander.

— Vous vous moquez ! se récria Remy.

— N'en croyez pas un mot, mon cher. Depuis une grande demi-heure que je vous observe, je vous vois causer tantôt avec la reine, tantôt avec le maréchal, ce qui me fait supposer d'ores et déjà que vous avez pris ou que vous allez prendre parti contre le cardinal.

— Ah ! ricana Remy avec effort.

— Je ne vous interroge pas, baron, reprit le chevalier avec vivacité, je tire une simple induction. D'ailleurs il n'est question de rien de semblable. Je viens vous adresser une requête, et encore n'est-ce pas en mon nom.

— Une requête 1 Décidément vous raillez, mon ami.

— Pas le moins du monde.

— De la part de qui, alors?

— D'une demoiselle à qui je vais vous présenter, si vous le voulez bien.

— Si cela peut vous obliger, je me laisserai faire, accorda Remy surpris ; car, ajouta-t-il, je ne puis croire de votre part à une mystification.

— Et vous faîtes bien, dit Sylvain.

 ces mots, il prit la main du baron, et le conduisit dans un angle du salon, devant un fauteuil au milieu duquel trônait une femme âgée de soixante ans environ, mais sur le visage de qui s'épanouit un sourire affable du plus loin qu'elle aperçut les deux gentilshommes.

— J'ai l'honneur de présenter à mademoiselle de Pressac le baron de Montbrun, dit le chevalier.

Remy s'inclina courtoisement ; mais, en se relevant, il glissa ces quelques mots à l'oreille de Sylvain :

— Soixante ans ! mon cher. J'avais raison, c'était bien une mystification.

Le chevalier ne parut pas avoir entendu, car il ne sourcilla pas, et continua :

— Et j'ai l'honneur de présenter à monsieur le baron mademoiselle Elisabeth de Gfandpré, nièce de mademoiselle de Pressac.

Remy vit alors, assise sur un tabouret, à côté de sa tante, une délicieuse jeune fille, aux cheveux noirs comme l'ébène, qui le regardait avec deux grands yeux bleus limpides et un peu étonnés. Un maintien modeste, un corps souple, gracieux, bien formé, des extrémités aristocratiques, voilà ce qui frappa le baron du premier coup d'oeil. Il salua de nouveau et, cette fois, avec moins de raideur.

— Ah I je comprends, dit-il au chevalier.

— C'est mademoiselle Elisabeth de Grandpré, fît imperturbablement Sylvain, qui va vous demander elle-même la grâce qu'elle sollicite.

— Mademoiselle! s'écria Remy; mais que peut-elle attendre d'un inconnu, d'un provincial tel que moi ?

— Beaucoup, monsieur dit Elisabeth.

— Alors, parlez, mademoiselle. Si c'est possible, c'est déjà fait; si ce n'est pas possible, je tâcherai de le faire tout de même.

— Oh! monsieur, rien ne vous est plus facile, répliqua la jeune fille d'une voix câline. Je vous ai vu causer tout à l'heure avec la reine devant qui vous avez prononcé le nom d'une de mes amies intimes...

— Qui? fit Remy surpris. La meunière de Moulin-Galant >

— Camille, oui, monsieur.

— Eh bien > interrogea curieusement Remy.

— Eh bien, monsieur le baron, Sa Majesté a manifesté le désir de faire venir Camille auprès d'elle.

— C'est la vérité, mademoiselle.

— De son côté, poursuivit Elisabeth, M. de Montmorency qui est un ami de Camille, a fait observer que la chère enfant n'avait à Paris ni parents ni amis...

— Et il s'est trompé, voulez-vous dire?

— Précisément, monsieur. Aussi, la faveur que je me permets de briguer auprès de vous serait de demander à la reine que Camille demeurât avec moi, chez ma tante, la vicomtesse de Pressac.

— Je le lui demanderai, mademoiselle, promit le baron. Ensuite ?

— Mais, monsieur, c'est tout... balbutia Elisabeth confuse.

— Pardon, fit la vicomtesse de Pre.ssac, ce n'est pas tout.

— Je suis à vos ordres, mademoiselle, dit galamment Remy.

— J'oserai donc prier monsieur le baron de Montbrun de vouloir bien nous honorer de ses visites pendant son séjour à Paris. Il rencontrera parfois le chevalier Sylvain, ce qui le dédommagera des ennuyeux commérages de deux femmes comme Elisabeth et moi.

— Comment! s'écria Remy transporté, mademoiselle la vicomtesse me fait l'honneur... et il me sera permis de voir Camille, de l'entretenir ?

— Ainsi que ma nièce Lisbeth, ouï, monsieur, répondit mademoiselle de Pressac; car, si vous tenez de votre père, je vous considère déjà comme un digne et loyal gentilhomme, incapable de toute mauvaise action.

— Mon père! fit le baron, interdit. Vous avez connu mon père, mademoiselle ?

— Et votre, mère, monsieur Remy. Je me flatte même d'avoir compté au nombre de leurs meilleurs amis.

— Oh ! alors, mademoiselle, vous me parlerez d'eux, n'est-ce pas? Vous me le promettez?

— Sans doute, mais hâtez-vous, baron, fit la vicomtesse; il me semble que la reine va se retirer.

— En effet, Anne d'Autriche se levait de son siège, et faisait à la duchesse ses dernières recommandations.

Remy eut le courage, dont il ne se serait pas cru capable, de l'approcher, et lui présenta la requête d'Elisabeth de Grandpré.

— Monsieur de Montbrun, dit la reine à voix basse et avec le plus gracieux sourire, vous savez bien que je n'ai rien à vous refuser.

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