SCÈNE XI
SYLVIE, LE MARECHAL, puis BUTARD
Dès que Gertrude est sortie, Sylvie va prendre son chapeau ; puis elle pousse un léger cri, comme si elle s'avisait soudain de quelque chose, et va pour sonner de nouveau.
LE MARÉCHAL. — Quoi ? Qu'est-ce encore?
SYLVIE. — Rien. Je rappelle Gertrude.
J'ai oublié de lui dire qu'elle doit venir me chausser, je suis en pantoufles,
LE MARÉCHAL. — Vous sortez donc ?
SYLVIE, mettant son chapeau. — Oui.
LE MARÉCHAL. OÙ alleZ-VOUS ?
SYLVIE. — Aux Tuileries.
LE MARÉCHAL. — Qiioi faire?
SYLVIE. — Je suis de service.
. .LE MARÉCHAL. — Jusqu'à quelle heure"
SYLVIE. — Toute la soirée.
LE MARÉCHAL. — Cela est contrariant.
Enfin, je vous attendrai au coin du feu.
SYLVIE. — Vous ferez mieux de vous mettre au lit. J'y couche.
LE MARÉCHAL. — Oh Cela?
SYLVIE. — Aux Tuileries.
LE MARÉCHAL. — Vous me dounez une chambre chez vous, et vous vous en allez coucher aux Tuileries !
SYLVIE. — Oui.
LE MARÉCHAL. — Ah! ça, tounerre de Dieu ! une fois pour toutes, vous moquezvous de moi?
SYLVIE. — Qui sait?
LE MARÉCHAL. — Ah! c'est aiusi?...
Ah! vous ne me connaissez pas!... Ah L nous allons voir !...
SYLVIE, effrayée. — Monsieur...
LE MARÉCHAL. — Assez ! (.4 Butard qui entre.) Te voilà, toi? Prends cette malle,. et mets-la sur la berline.
SYLVIE. — Sur la...
LE MARÉCHAL. — Oui, madame, nous partons dans l'instant même. Je ne vois pas pourquoi nous attendrions à demain.
SYLVIE. — Mais, monsieur...
LE MARÉCHAL. — Ah ! VOUS couchez aux Tuileries? Vous allez voir si vous couchez aux Tuileries !
SYLVIE. — Mais l'Impératrice...
LE MARÉCHAL. — Je m'en...
SYLVIE. — Ciel !
LE MARÉCHAL. AllcZ... allez...
SYLVIE. — Vos chevaux...
LE MARÉCHAL. — Sont assez frais pour courir encore une poste. Ne voi;s inquiétez, pas de ça. Marchez.
SYLVIE. — Mais, monsieur, je ne peux pas! Je suis nu-pieds. J'ai perdu mes pantoufles. Laissez-moi au moins prendre dee souliers.
LE MARÉCHAL, la poussant dehors. — Eh ! tonnerre de Dieu ! madame, tant pis !. Vous en achèterez à Fontainebleau !
fiCTE QUATRIÈME
La scène est à Venise, dans un palais transformé en auberçje. Au fond, itne fenêtre sur le grand canal. A droite, une porte à quatre vantaux ouverte stir une arrière-salle. Petite 2^orte à gauche. Tables servies.